samedi 28 avril 2018

Napoléon, Joséphine et les autres - Isabelle Bricard.


L'auteur : Isabelle Bricard, née en 1954, est une historienne française, auteur de nombreux ouvrages tels que Saintes ou pouliches, l’éducation des filles au XIXe siècle (1985), Moi Léon, fils de l’Empereur (1988), Les Dynasties régnantes d’Europe (2000), Napoléon, Joséphine et les autres (2009), ou encore La Mort des grands hommes (2013).

Quatrième de couverture :

Rien d'humain ne battait sous son épaisse armure... a prétendu Lamartine en parlant de Napoléon.

Lamartine se trompait ! 

L'homme de guerre invincible qui déplaçait les frontières, taillait dans la chair des nations, faisait et défaisait les dynasties, l'administrateur infatigable, le législateur inspiré avait un amour qui battait sous sa redingote grise. Il y a chez Napoléon une faculté d'aimer aussi singulière que l'est chez lui la faculté de penser et d'agir, et qui en fait un mari et un amant aussi étonnant que le soldat ou l'homme d'Etat. 

Désirée, Pauline, Georgina, Antoinette, Adèle, Éléonore, Marie, Marie-Louise, pour ne parler que des plus marquantes... Femmes d'un soir, d'un mois, ou beaucoup plus, coups de sang ou véritables attachements, intrigantes ou - beaucoup plus rarement - désintéressées, conquêtes généralement faciles, elles jalonnent la vie amoureuse de Napoléon comme les victoires militaires jalonnent ses campagnes. 

Napoléon et l'amour... Un sujet moins frivole qu'il n'y paraît car on peut se demander si la misogynie affichée par le "petit caporal", cette misogynie qui transpire dans bien des articles du Code civil, n'est pas le prix payé par toutes les femmes pour les mensonges, les infidélités et l'incorrigible coquetterie d'une seule : "l'incomparable Joséphine".

Mon avis :

On ne présente plus Napoléon Bonaparte qui, de par son vécu qui ressemble à une incroyable épopée, a atteint l'immortalité dans l'Histoire et les mémoires. Cependant, on connaît de Napoléon davantage le chef militaire et l'empereur. Et si Napoléon a beaucoup fait la guerre, il a aussi fait l'amour et c'est ce que l'auteur nous propose de découvrir dans cet ouvrage.

Napoléon amoureux ! On pense tout de suite à un nom : Joséphine de Beauharnais, qui est quasiment indissociable de Napoléon. L'auteur nous propose de (re)découvrir l'histoire de ce couple et, de ce fait, corrige certaines idées reçues : non, ce ne fut pas un coup de foudre de la part de Napoléon, et il s'agissait avant tout d'un mariage d'intérêt (ou le futur marié arriva deux heures en retard !) entre les deux époux. Joséphine n'est pas d'ailleurs le véritable nom de la dame puisqu'elle se nomme Marie-Joseph-Rose et c'est Napoléon qui la baptisa Joséphine. Une habitude qui n'est pas nouvelle pour ce Corse qui changeait parfois le nom de ses conquêtes, afin de ne pas utiliser un nom tant de fois prononcé par les anciens amants de la dame concernée.


Napoléon et Joséphine.
Mais alors, est-ce que Napoléon et Joséphine, qu'on présente comme étant une grande histoire d'amour est un mensonge ? Oui et non. Napoléon a profondément aimé sa Joséphine, et celle-ci a beaucoup d'affection pour celle qu'elle a toujours nommé "Bonaparte". La tragédie de ces deux tourtereaux est qu'ils n'ont pas vraiment été amoureux en même temps. La belle a beaucoup trompé Napoléon pendant les premières années du mariage, notamment lorsque monsieur était en campagne en Egypte ou en Italie alors qu'il ne pensait qu'à elle. Bientôt, et après plusieurs menaces de divorce, ils restent ensemble et c'est Napoléon qui se met à tromper plusieurs fois sa belle qui en devient vite jalouse et n'hésita pas à faire des crises de larmes afin d'émouvoir son époux. Pour garder son époux auprès d'elle, à défaut de pouvoir lui faire un enfant, elle n'hésite pas à sacrifier sa fille, Hortense, en la mariant à l'un des frères de Napoléon afin de donner un héritier à Napoléon, à travers Hortense.

Pourtant, même s'il n'y a pas eu de coup de foudre, s'ils restent l'une des histoires d'amour les plus célèbres de l'Histoire, ce n'est pas pour rien ! Il y a une réelle affection entre les deux, une complicité entre deux personnes qui ont longtemps vécu ensemble et qui se connaissent très bien, une tendresse que même les infidélités de Napoléon et leur divorce ne feront mourir. Divorce qui n'a d'ailleurs jamais été souhaité par les époux, mais que Napoléon a du forcer pour avoir un héritier à la dynastie impériale qu'il a voulu créer, les Napoléonides. Malgré le divorce, ils continueront à se voir et à penser à l'autre. J'ai beaucoup apprécié redécouvrir l'histoire de ce couple célèbre et redécouvrir également les tempéraments et habitudes des deux époux. Comment Napoléon pouvait être joueur avec son épouse, comment il était souvent exaspéré de cette femme trop dépensière à qui il payait les dettes, comment il appréciait sincèrement les enfants de Joséphine, comme s'ils étaient les siens, comment Joséphine connaissait son Bonaparte et savait bien le manipuler émotionnellement, car oui, une des faiblesses de Napoléon étaient les larmes de Joséphine, et elle le savait très bien ! Il y a eu beaucoup de tendresse entre eux, et c'était vraiment touchant à découvrir.

L'auteur nous parle également des autres femmes dans la vie de Napoléon, ses compagnes avant Joséphine, ses
Désirée Clary, ancienne compagne de
Napoléon, devenue par la suite reine consort
de Suède et de Norvège.
nombreuses maîtresses, les plus célèbres et les moins connues. La plus connue d'entre elles reste Marie Walewska, celle que l'on surnomme "la femme polonaise de Napoléon", avec qui elle a eu des rapports ambigus. Elle l'a avant tout approché dans l'espoir qu'il sauve son pays de sa situation d'alors, il tombe sous son charme, lui fait des avances qu'elle refuse, on lui mets la pression pour qu'elle tombe dans ses bras, il aurait abusé d'elle mais elle s'éprend à son tour de lui (vous comprenez pourquoi le terme "ambigu") et lui donne même un enfant.


Il est également impossible de parler de Napoléon sans évoquer sa seconde épouse, Marie-Louise d'Autriche, petite nièce de la défunte reine Marie-Antoinette. Si le conquérant semble amoureux pendant un temps, et aura toujours de la tendresse envers elle (même à son exil à Sainte-Hélène, alors que sa femme l'a abandonné et s'est mariée avec un autre), il s'ennuie avec elle. Elle lui a donné un héritier qui le combla, mais le jeune Napoléon II n'a jamais régné... Et ce n'est pas la belle Autrichienne qui resta dans les mémoires et le cœur des Français... et de Napoléon, mais bien Joséphine qui a rempli à merveille son rôle d'Impératrice car, à l'inverse de son époux, le monde, ça lui connaît et elle sait recevoir.

J'ai beaucoup apprécié la lecture de cet ouvrage qui s'est révélé être très instructif, d'autant plus que le sujet s'est révélé être intéressant car il nous permet de découvrir Napoléon sous un autre angle : la romance. C'est également bien écrit, l'écriture est fluide et agréable, et on a presque l'impression de lire un roman ! J'aurais cependant souhaité que certains éléments soient plus approfondis, plus travaillés comme le quotidien de Napoléon et Marie-Louise en tant qu'époux, que les sentiments de Marie Walewska soient davantage expliqués car leurs rapports étaient vraiment ambigus et j'aurais voulu que l'auteur explique un peu le pourquoi de l'amour et du dévouement de la comtesse Polonaise à l'égard de Napoléon. J'aurais également voulu davantage de détails sur la vie de Napoléon et Joséphine, notamment au début de leur mariage. Outre ces points, je n'ai pas grand chose à ajouter, et je ne veux pas trop m'étaler. Comme disait Napoléon lui-même : "Quel roman de ma vie !".



Napoléon, Marie-Louise et leur fils.

Extrait : 

Pour se remettre de cette terrible quinzaine, le couple impérial reste quelques jours à Marracq, avant de remonter vers Paris. Une vraie lune de miel ! Le couple se promène sur la plage ; Napoléon, qui est d'excellente humeur, se baigne et se livre avec Joséphine à des gamineries de jeune marié. Il la poursuit sur le rivage, la pousse à l'eau, lui chipe ses chaussures qu'il jette à la mer, l'obligeant à remonter déchaussée en voiture pour mieux voir ses jolis pieds qu'il adore. Joséphine se remet à sourire et se croit revenue au temps béni du Consulat. "Je suis près de l'Empereur, écrit-elle à son fils, chaque jour semble le rendre plus aimable et plus parfait pour moi." De son côté, elle est aux petits soins pour son époux, et comme il raffole du parmesan, elle prie Eugène de lui en envoyer de Milan, et du meilleur !

Chapitre XI. Prélude au divorce.


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