mardi 8 juillet 2014

Journal d'Hirondelle - Amélie Nothomb.



Du même auteur :


Mercure.


Emprunt médiathèque.




Quatrième de couverture :

C'est une histoire d'amour dont les épisodes ont été mélangés par un fou.

Mon avis :

Dernier Amélie Nothomb lu en date. Je m'attendais à une lecture dont mon avis se résumerait à « bien mais sans plus » comme ce fut le cas concernant les derniers romans que j'avais lu d'elle, mais au final, ce fut une excellente découverte ! Il y avait longtemps que je ne m'étais plus éclatée à lire un Amélie Nothomb, ce roman fut une bonne surprise et j'ai regretté d'avoir vu la fin venir...

Mais, comme tous les romans d'Amélie Nothomb, ils sont courts mais permettent de passer une lecture plutôt agréable dans l'ensemble, quoique rapide (quoique, parfois ça a du bon, et c'est devenu une de ses marques de fabrique : une histoire courte qui se lit vite et sans se casser la tête) j'aurais aimé passé plus de temps avec le narrateur bien que je comprenne le choix de l'auteur de ne pas trop s'attarder sur lui et son histoire et de terminer son histoire de cette façon. Il faut dire que le narrateur, Urbain, est un personnage particulier. Après avoir vécu un immense chagrin d'amour, il a décidé et est devenu totalement insensible, du jour au lendemain ses sens refusent de fonctionner. Il ne ressent aucun goût lorsqu'il mange, la musique qu'il entend le laisse de marbre (sauf, étrangement, Radiohead, l'auteur y fait souvent référence dans son roman) son odorat ne réagit plus face à un parfum (d'ailleurs, il y a une scène plutôt cocasse et amusante dans laquelle il se rend dans une parfumerie de luxe et va essayer de sentir tous les parfums de chacun de leurs produits. Les vendeurs pensent avoir là un acheteur exigeant... et soupirent d'une immense frustration quand Urbain s'en va, après avoir essayé tous leurs produits, sans rien acheter, tandis qu'Urbain nous raconte que ce n'est tout de même pas de sa faute si leurs parfums sont aussi chers !)

Ainsi, dépourvu de sens, Urbain accepte sans hésiter le travail de tueur à gage qu'on lui propose, un travail pour lequel il se révèle particulièrement doué puisqu'il est dans l'incapacité d'éprouver de la pitié ou du remord et que peu lui importe quel genre de personne il assassine. Au contraire, l'instant même où il tue est l'unique moment où il ressent quelque chose... quelque chose apparenté à un plaisir malsain et addictif... c'est comme s'il ne retrouvait un peu de sensibilité qu'au moment où il tue. Puis, tout bascule le jour où on lui demande d'assassiner un ministre et sa famille. Son regard d'assassin va croiser celui de la fille du ministre...

N'allez pourtant pas croire qu'il s'agit là d'une histoire d'amour ! Enfin, d'une certaine façon, c'en est une car l'assassin ressent des choses qu'il n'avait jamais ressentie auparavant, concernant cette jeune fille sans nom qu'il a surnommé Hirondelle, mais il n'y a pas vraiment de romance au sens où on l'entend. De toute façon, chez Amélie Nothomb, s'il y a une romance, on sait que ce n'est pas une romance du genre viens-qu'on-sorte-ensemble-on-se-fait-un-ciné-on-s'embrasse-et-qu'est-ce-que-tu-penses-des-bébés-mon-cœur-? Alors disons qu'Hirondelle a marqué d'une certaine façon le narrateur au point où il y aura quelques répercussions chez sa personne.

Ce que j'ai trouvé étonnant dans ce livre, c'est la sympathique qu'on peut se prendre chez le narrateur. Il m'a rappelé d'une certaine façon Toby O'Dare, le personnage principal des Chansons du Séraphin, et qui est, dans le premier tome, un tueur à gage au sang froid, cultivé, qui parle bien, qui est efficace, et attachant d'une certaine manière. En revanche, Urbain est quand même plus sordide que Toby, et c'est étrange cette façon de se prendre de sympathie avec Urbain lorsqu'il nous raconte, avec froideur, comment il élimine les gens, comment faire pour ne pas les défigurer, comment faire pour ne pas les louper, et le plaisir malsain qu'il en tire. Pourtant, on s'attache au personnage, on a peur pour lui quand sa tâche se révèle risquée, on a envie qu'il s'en sorte quand il est poursuivit... non, non, cela ne veut pas dire que je suis timbrée, ça veut dire que j'aime l'originalité.


Car, comme la plupart des romans de l'auteur, celui-ci est original, décalé de la réalité, il peut cependant paraître étrange et choquant chez d'autres. Cependant, j'ai beaucoup aimé ce roman, et la chute m'a surprise, la fin était comme prématurée, j'aurais aimé connaître plus du personnage, mais ce fut une bonne lecture.

- Where I End and You Begin, de Radiohead, une des chansons 
que le narrateur écoute souvent dans le roman -

Extrait :

Youri gagnait plus que moi. Il exécutait pourtant moins de clients.

- C'est normal, j'ai plus de responsabilités que toi. Je connais le visage du chef et j'ai les coordonnées de chaque exécutant.
- Moralité : si on t'attrape, nous sommes tous cuits.
- Non, j'ai une capsule de cyanure dans une molaire.
- Qui nous garantit que tu t'en serviras ?
- Si je ne m'en sers pas, c'est le chef en personne qui me liquidera. Ses méthodes ne m'attirent pas.
- Si c'est un tel tueur, pourquoi délègue-t-il à ce point ?
- Parce que c'est un artiste. Deux balles dans la tête, c'est en dessous de sa dignité. Il faut toujours qu'il se fasse remarquer, qu'il raffine, qu'il invente. À terme, ce manque de discrétion serait dangereux.
Cette impression d'appartenir à une société secrète me fascinait.
- Ta capsule, tu n'as pas peur de la mordre par erreur ?
- Les caramels me sont interdits, répondit-il avec une sobriété qui me subjugua.

Je pensais qu'il méritait son salaire.

Ce billet est une participation au :


1 commentaire: