jeudi 15 août 2013

Robert des noms propres - Amélie Nothomb.



Du même auteur :



Emprunt médiathèque.






Quatrième de couverture :

Pour un écrivain, il n'est pas de plus grande tentation que d'écrire la biographie de son assassin. Robert des noms propres : un titre de dictionnaire pour évoquer tous les noms qu'aura dits ma meurtrière avant de prononcer ma sentence. C'est la vie de celle qui me donne la mort.

Mon avis :

Je continue petit à petit mon avancée dans la bibliographie d'Amélie Nothomb. Cette fois-ci, j'attaque avec Robert des noms propres (je dois avouer que l'auteur a le don de nous sortir des titres originaux), un livre qui m'a tenté par son résumé, pensant vaguement que ça ressemblerait un peu à Cosmétique de l'ennemi où une personne rencontre son assassin qui lui livre un long récit avant de l'assassiner. En découvrant l'histoire, je ne m'attendais certainement pas à ça, mais finalement, même si ce n'est pas mon Amélie Nothomb préféré, j'ai passé un bon moment.

Plectrude est pareille à son nom : hors du commun. Déjà, de par son prénom ; par les circonstances de sa venue au monde et par ses grands yeux d'un regard pénétrant, beau et inquiétant. "Elle a le regard d'une danseuse" s'extasie-t-on. Eh bien, danseuse Plectrude sera. Née dans des conditions loin de la normale, Plectrude vit avec une mère qui l’idolâtre, un père qui ne sait pas dire non aux caprices de sa femme, et deux sœurs aînées tout ce qu'il y a de plus normales. Détestée à l'école où elle est considérée comme un cancre mais vénérée dans ses cours de danse où on lui prédit une magnifique carrière de danseuse, Plectrude vit pour cet art qui est devenu sa seule et unique passion. Peu lui importe l'école, les amies et même la nourriture, elle vivra pour la danse et sa vie sera semblable à un ballet dont elle est l'héroïne tragique, car la vie est comme un théâtre...

Tout le long du roman, je n'ai pas pu m'empêcher de penser au film Black Swan. Le livre et le film sont bien différents mais possèdent quelques similitudes comme le thème de la danse ou l'autodestruction de l'héroïne, une danseuse née qui ne vit que pour la danse, ou encore la rigueur imposée et la perfection recherchée à tout prix dans ce domaine vu comme féerique, idéal, majestueux mais qui est dur et impitoyable, la mère qui vit par procuration à travers les rêves de sa fille qui furent les siens avant... mais ce roman ne se termine pas de la même façon que Black Swan, il s'en éloigne même. Mais je ne peux m'empêcher de penser si, dans les grandes écoles ou les opéras, cet univers est aussi dur, froid et impitoyable que l'apprentissage de danse des Rats de l'Opéra est décrit dans le roman ; ou est-ce que c'est exagéré, pour rendre le roman encore plus fou, psychiatrique et dérangeant ? Mais ce n'est pas la jeune Plectrude qui est la plus dérangeante, elle est davantage une victime, victime de la beauté, victime de la danse et victime de sa mère, elle qui rêvait d'être l'héroïne tragique d'une pièce, c'est assez ironique ! Non, le plus délirant, au sens médical du terme, et dérangeant, c'est l'apprentissage des danseuses de l'opéra et le comportement insensé de la mère, Clémence, qui s'extasie devant tout ce que fait sa fille et rayonne même quand celle-ci devient quasiment anorexique pour continuer à danser. 

Je trouve, comme dans d'autres romans de l'auteur, de l'étrangeté, du dérangeant, quelques références culturelles ainsi que l'ironie dans certains passages, de l'ironie et de l'humour noir. Comme dit précédemment, je ne m'attendais pas du tout à ce genre d'histoire, sûrement pas avec un tel résumé. L'avantage est que l'histoire est courte et prenante et que Plectrude, personnage qu'on suit de sa naissance jusqu'à son arrivée à l'âge adulte, est un personnage atypique, dérangeant mais fascinant, dont la vie est faite de petits et grands drames, qui a vécu pour la danse et la beauté avant d'être brisée par elles. Ce qui donne l'occasion à l'auteur de pointer du doigts certains thèmes comme l'anorexie, la dépression, l'éducation... sur le ton de la dérision. C'est décalé, dérangeant mais toujours satirique.

Sans avoir été transportée, j'ai trouvé cette lecture sympathique, bien que déroutante, comme souvent chez un roman d'Amélie Nothomb. Ne serait-ce qu'avec Plectrude, à peine gamine, qui a des pensées si adultes, si étranges pour un enfant, la scène dans la neige est un exemple mais c'est aussi ce côté étrange qui attire, qui rend unique ce que fait l'auteur. Bien que j'ai trouvé la fin de ce roman plutôt précipitée, j'ai bien aimé et en comptant ce titre, ça fait au moins huit livres de l'auteur que j'ai lu et apprécié, est-ce que je deviendrais une adepte d'Amélie Nothomb ? Je pense que oui, mais je n'ai pas encore tout découvert de ses romans, donc la réponse est en attente...

Extrait :

Pendant ce temps, les autres enfants jouaient ensemble : la plupart se connaissaient déjà depuis l'école maternelle. Ils se racontaient des choses. Plectrude se demanda ce qu'ils pouvaient bien se dire.

Elle se rapprocha pour écouter. C'était un bruissement ininterrompu, produit par un grand nombre de voix, qu'elle ne parvenait pas à attribuer à leurs propriétaires : il y était question de la maîtresse, des vacances, d'une certaine Magali, d'élastiques, et donne-moi un Malabar, et Magali c'est ma copine, mais tais-toi t'es trop bête, maaaaiheuuuu, t'as pas des Carambar, pourquoi je ne suis pas dans la classe de Magali, arrête, on jouera plus avec toi, je le dirai à la maîtresse, ouh la rapporteuse, d'abord t'avais qu'à pas me pousser, Magali elle m'aime plus que toi, et puis tes chaussures elles sont moches, arrêteuh, les filles c'est bêtes, je suis content de ne pas être dans ta classe, et Magali...

Plectrude s'en fut, épouvantée.

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