mardi 20 septembre 2011

Mercure - Amélie Nothomb.

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Emprunt médiathèque
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Quatrième de couverture :

Une île. Un vieil homme et une jeune fille y vivent à l'abri de tout reflet. Une infirmière survient pour soigner la jeune fille. Tandis que des relations de plus en plus confiantes se nouent entre elles, l'infirmière découvre les élèments d'un mystère et d'un drame qui tiennent à l'étrange loi que le vieil homme fait régner sur l'île.


Mon avis :

Je continue sur ma lançée Amélie Nothomb, ce titre m'a été conseillé par Matilda en commentaire et je la remercie chaudement car ce fut une bonne lecture très intéressante, je ne risque pas de m'arrêter en bon chemin avec l'écrivain, je continuerai à la lire c'est certain, pour le moment je n'ai pas encore été déçue.

Cette histoire se situe dans les années 1920, en 1923 pour être exacte, et une infirmière nommée Françoise Chavaigne se prépare à son nouveau travail qui est celui de s'occuper de quelques heures durant l'après-midi d'un vieil homme - Omer Loncours, ancien capitaine de la marine - qui vit reclu dans son île de Cherbourg, à Mortes-Frontières. Un travail bien payé avec les conditions de ne pas poser de question au Capitaine et aussi l'obligation d'être fouillée à chacune de ses arrivées. Cela n'inquiète pas Françoise qui accepte de se plier à ces conditions, seulement une fois arrivée à destination, le Capitaine lui apprend que ce n'est pas lui qui a besoin d'être soigné mais sa jeune pupille de 23 ans, Hazel, que le Capitaine garde enfermée jalousement loin du monde, dans sa chambre. Si Françoise ne comprend pas tout de suite l'étrange lien qui lit le Capitaine et Hazel, elle finira vite par comprendre au fur et à mesure de ses conversations avec sa patiente et après quelques recherchers sur ce vieil homme, et se fixera comme but de sauver la jeune Hazel, si elle le peut...

Y'a pas à dire, l'auteur sait comment narrer à sa manière les histoires les plus étranges. On reconnaît bien dans ce livre le style de l'auteur avec comme d'habitude, la dominance du dialogue sur la narration, car les dialogues sont la force du roman, ils font avançer le récit, avec peu de mots compliqués, ce qui nous rend la lecture plus aisée. Ce livre se lit bien et vite, je l'ai terminé en quelques heures à peine. Une lecture simple, rapide mais originale et surprenante après avoir avalé un classique de la littérature (à retrouver dans le prochain article). Ce livre nous offre un trio de personnages tout aussi intéressants les uns que les autres, le tout dans une sorte de huis-clos, des dialogues intéressants et de nombreuses références littéraires dont Le Comte de Monte Christo d'Alexandre Dumas, Carmilla de Sheridan le Fanu ou encore La Chartreuse de Parme de Stendhal (bien que d'autres auteurs comme Bram Stoker, Flaubert, Victor Hugo, Baudelaire, et encore bien d'autres sont mentionnés... ainsi qu'une mystérieuse Amélia Northumb. Clin d'oeil de l'auteur ?), bref des références littéraires comme je les aime ! Hazel et Françoise ont beaucoup de conversations sur la littérature alors que Hazel conseille des classiques de la littérature à Françoise. Car au fur et à mesure qu'on avançe, Hazel et Françoise se rapprochent, il n'y a plus seulement le lien entre le médecin et la patiente mais aussi le lien de deux amies, deux soeurs, sans doute la seule présence féminine qu'Hazel ait jamais eu depuis sa 'captivité' et on voit bien que Françoise est prête à tout pour sauver sa patiente, même à prendre des risques.

J'ai beaucoup aimé l'intrigue : une infirmière qui découvre une jeune femme enfermée depuis des années dans sa chambre, choyée, adorée et séquestrée par le Capitaine, cet homme fou amoureux de la beauté qui met tout en oeuvre pour garder Hazel auprès de lui, cette jeune fille orpheline trouvée dans un champs de bataille. C'est une relation malsaine, dérangeante, l'amour du vieillard est sincère, il aime vraiment Hazel, il lui raconte ses récits de voyages, les pays qu'il a visité, il la vénère, la désire mais ça reste malsain dans le sens où [ il la considère comme sa fille, ce qui ne l'empêche pas de coucher avec elle ; Hazel lui rappelle aussi une autre jeune femme nommée Adèle qui présentait de nombreux points communs avec Hazel et le Capitaine a reproduit le même schéma avec Hazel et Adèle, celle-ci s'étant suicidée ] et parfois Hazel est malade d'être enfermée, d'être désirée par ce vieil homme qui lui rend parfois visite dans son lit, elle se sent tellement mieux auprès de Françoise qui devient vite sa confidente mais en même temps, il y a chez Hazel ce qu'on appelle le syndrôme de Stockholm [ elle lui en veut pour bien des choses mais au final, elle dit aimer son hôte, dit qu'il a tout fait pour elle et ne désire pas sa mort ] et Françoise, n'ayant pas été dans la situation de sa protégée, ne comprends pas et ressent ce que doit à peu près ressentir le lecteur : du dégoût envers le Capitaine et le désir de voir s'en sortir Françoise et Hazel, de voir Hazel retrouver la liberté. Bien que je dois avouer que, de tous les antagonistes des livres de Nothomb que j'ai lu jusqu'à présent (ce qui est peu xD), le Capitaine m'a émue d'une certaine manière plutôt étrange, j'ai ressenti pour lui pitié et dégoût.

Ce que j'ai surtout aimé dans le roman, ce sont les deux fins que l'auteur nous propose. Je ne saurais dire laquelle je préfère car les deux sont cohérentes et intéressantes, bien qu'une légèrement plus machiavélique que l'autre, j'ai beaucoup aimé la perspective de l'auteur de nous donner deux fins possibles, j'appréçie vraiment l'initiative [ et de toute façon, les deux fins sont des happy ending pour Hazel et Françoise ]. J'admire aussi le titre de l'oeuvre qui nous offre trois interprétations : le mercure dans les thermomètres qui sert à prendre la température, le mercure qui sert à donner un reflet comme dans les miroirs, ou encore Mercure (ou Hermès dans la mythologie grecque) de la mythologie romaine qui est le dieu des médecins et aussi un dieu messager, ce que Françoise représente dans le roman : elle soigne et elle est, à un moment, la messagère indirecte du Capitaine envers Hazel. Vous comprendrez plus en lisant le roman. D'ailleurs, puisque je parle de miroir, c'était bien trouvé l'astuce du Capitaine pour garder Hazel, dans ce huis-clos dénué de tout miroir, soit disant pour épargner à sa pupille de se regarder dans un miroir car le bombardement dont elle a été victime l'aurait défigurée atrocement [ alors que c'était une ruse du Capitaine : Hazel n'a eu aucun dommage physique des bombardements et elle avait gardé sa beauté renversante, le Capitaine lui ayant fait croire qu'elle a été défigurée en lui présentant un miroir déformé, qui projette de fausses illusions ] si c'est pas machiavélique, ça...

Un roman bien glauque et machiavélique, nous apportant des dialogues intéressants, des références littéraires et de nombreux sujets de conversations amenant à des réflexions, sans compter les personnages haut en couleur ! Rien que Françoise et ses petites réflexions piquantes ou son attachement pour Hazel. Bref, bref, une très bonne lecture ! Courte mais passionnante que je recommande vivement !

Extrait :

Au fumoir, le vieil homme buvait du calvados qui lui brûlait la gorge. "Pourquoi est-il impossible de faire du bien à quelqu'un sans lui faire du mal ? Pourquoi est-il impossible d'aimer quelqu'un sans le détruire ? Pourvu que l'infirmière ne comprenne pas... J'espère que je ne devrai pas éliminer cette Mlle Chavaigne. Elle m'a l'air très bien.".

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