mercredi 18 avril 2018

François-Joseph et Sissi : Le devoir et la rébellion - Jean des Cars.


L'auteur :

Jean des Cars, né le 24 avril 1943, est un journaliste, écrivain et historien français. Il se spécialise notamment sur les grandes familles royales européennes, telles les Habsbourg, les Winsdor, les Grimaldi ou encore les Romanov, auxquelles il a consacré de nombreux ouvrages.

Quatrième de couverture :

Pour l'éternité, ils constituent un couple légendaire parmi les plus célèbres de l'histoire. Pour le meilleur et pour le pire, entre quelques joies et d'innombrables tragédies, toutes ancrées dans la mémoire européenne, préludes à la fin d'un monde, celui d'avant 1914, « le monde d'hier » de Stefan Zweig.

Étayé sur une nouvelle approche documentaire, cet ouvrage se propose de relater la vie de ce couple imprévu, donc romanesque. Cette union fut un des grands romans du Gotha de la seconde moitié du XIXe siècle. Quelle fut leur vie, publique et privée ? Comment fonctionnait cette monarchie conjugale, double elle aussi ? Dans quels domaines furent-ils d'accord ? Savaient-ils la vérité sur la mort de leur seul fils et héritier à Mayerling ? Et cette question simple mais essentielle : se sont-ils réellement aimés à défaut d'être heureux ?

De l'union à la cohabitation, des crises à l'entente cordiale, de l'amusement à l'agacement, de l'exaspération à la colère, cette biographie croisée présente le destin exceptionnel de deux têtes couronnées devenues des mythes de leur vivant. Celui du « dernier monarque de la vieille école », amoureux définitif de son épouse fuyante, assassinée par un anarchiste ignorant que sa victime était bien plus révolutionnaire que lui et qu'elle espérait cette délivrance. Une mort qui bouleversa les peuples et dévasta son inconsolable mari. C'est la rencontre d'un homme de devoir et d'une femme en rébellion.

Mon avis :


La Saint Valentin est déjà passée depuis deux mois, ce qui ne m'empêche pas de vous présenter aujourd'hui l'un de mes couples historiques préférés à travers le dernier ouvrage que j'ai lu : Sissi et François-Joseph. Couple mythique, et souvent fantasmé, il n'a jamais cessé (et plus particulièrement Sissi) de passionner particuliers comme historien.nes

Jean des Cars nous propose, dans cet ouvrage, une sorte de double portrait afin de nous faire découvrir l'histoire de ce couple mythique mais aussi l'histoire et la personnalité des deux époux On a tendance à les présenter soit comme un couple heureux (aidé par les nombreuses adaptations à l'écran et notamment les célèbres films avec Romy Schneider, que j'adore), soit comme un couple heureux au départ mais qui a vite tourné vers les désillusions et la tragédie. La réalité se révèle être plus nuancée que cela.

Commençons d'abord par le commencement ! Jean des Cars nous plante le décor et les protagonistes à travers les premières rencontres entre Sissi et François-Joseph. Jeune empereur très en vu en Europe, Vienne et l'archiduchesse Sophie, mère de l'empereur, cherchent à le marier. Après plusieurs rencontres n'ayant pas abouti, Sophie se tourne du côté de sa famille et choisi la jeune Hélène, fille aînée de sa sœur, Ludovica, duchesse en Bavière. Une rencontre est organisée par les deux mamans dans la ville de Bad Ischl. Cependant, ce n'est pas sur Hélène que François-Joseph jette son dévolu, mais sur Sissi, sa jeune sœur à peine âgée de 15 ans, contre toute attente. Malgré son jeune âge, elle charme l'empereur par son caractère naturel et enjoué. Pour l'empereur c'est décidé : ce sera Sissi sa femme, n'en déplaise à sa mère l'archiduchesse, tout à fait contre cette union, d'autant plus que, contrairement à Hélène, Sissi n'a jamais été préparée pour devenir impératrice.

François-Joseph et Sissi, à l'époque des fiançailles.

C'est ainsi que commence l'une des plus grandes histoires d'amour de l'Histoire. Jean des Cars poursuit ensuite avec les épisodes suivants : les préparations du mariage, l'arrivée à Vienne et le mariage. Fini le temps des rêves pour Sissi qui subit une désillusion brutale. Enfant de la nature et éprise de liberté, elle n'a pas été élevée avec les étiquettes de la Cour et n'arrivera jamais à s'habituer à la cour de Vienne et son code très strict, où elle ne peut décider de rien et où tout est décidé pour elle. Une cour où elle bute sans cesse sur les interdits (elle ne peut, par exemple, pas aller voir son mari sans se faire annoncer et y être autorisée), dans laquelle elle se sentira comme un oiseau en cage et qu'elle cherche à fuir à tout prix. Pour fuir cette cour qui l'empoisonne et les relations houleuses avec sa belle-mère, l'archiduchesse Sophie qui trouve tous les défauts à cette bru qu'elle n'a pas voulu, Sissi voyage à travers l'Europe : Grèce, France, Italie, Angleterre, Hongrie… Tout sauf Vienne qui l'accuse de ses nombreux voyages et plaint l'empereur, souvent laissé seul.

L'auteur nous présente également les grossesses de Sissi qui donnera quatre enfants, dont trois survivront à l'âge adulte, à l'Autriche dont un héritier disparu tragiquement à Mayerling. Des enfants dont elle n'a pas eu le droit de s'occuper, outre son dernier enfant. Nous faisons également une plongée dans la seconde moitié du XIXe siècle : une Autriche dans la tourmente qui perd peu à peu de son influence en Europe au profit d'une Allemagne grandissante, ses relations diplomatiques avec l'Empire de Napoléon III, l'Allemagne de Bismarck, la Hongrie qui – grâce à la médiation de Sissi – sera annexée à l'Autriche et fera couronner le couple roi et reine de Hongrie. Puis, les guerres italiennes, les relations tendues avec la Hongrie, la famille des Habsbourg et celle de Sissi avec ses bonheurs et surtout ses malheurs à travers les défaites militaires et les pertes de membres de la famille.

À travers l'histoire du couple, l'auteur met aussi en évidence deux caractères différents : d'un côté, nous avons François-Joseph. Un homme simple, de devoir et de convention, qui aime sa routine et, de ce fait, déteste l'ordre et l'imprévu, qui prend son devoir d'empereur très au sérieux et qui se jette corps et âme dans ce travail, souvent tiraillé entre sa mère et sa femme qui exigent des choses différentes de lui. De l'autre côté, nous avons Sissi qui, à l'opposé, est un esprit mélancolique et imprévisible, mais en même temps inventif, instinctif, sensible, extravagante, très en avance sur son temps, le désordre et les voyages sont son univers.


Couronnement de Sissi et François-Joseph
en Hongrie.
Ce sont donc deux caractères opposés et l'on peut alors se demander comment la rebelle Sissi a pu charmer à ce point le sérieux et ordonné François-Joseph et comment elle en est tombée amoureuse. Cependant, là où dans certains couples on dit « Qui se rassemble s'assemble », ici c'est l'adage « Les contraires s'attirent » qui s'applique. L'auteur nous montre, et illustre à travers de nombreuses anecdotes, comment mari et femme ont aussi leurs points communs qui les rapprochent, comment Sissi peut être jalouse et comment François-Joseph s'inquiète où inonde sa belle de mots tendres. Malgré ces caractères incompatibles, ils se comprennent pourtant, avec un certain décalage parfois il est vrai. Le paradoxe est qu'ils ne peuvent vivre constamment ensemble (du moins du côté de Sissi), mais ils ne peuvent vivre l'un sans l'autre comme en témoignent leurs nombreuses lettres expédiées chaque jour lorsque l'un est absent de l'autre et qui suffiraient au fonctionnement d'un service postal.

J'ai beaucoup apprécié découvrir tout cela lors de ma lecture, car malgré les idées reçues : Sissi et François-Joseph ont continué à s'aimer et ce, jusqu'à la fin. J'ai beaucoup apprécié que l'auteur rétablisse la vérité sur des clichés ou des idées reçues, et qu'il nous présente un couple qui s'est aimé du premier jour jusqu'au dernier. Malgré les caractères opposés et malgré les fuites de Sissi loin de Vienne, c'est l'histoire d'un couple qui s'est soutenu et qui est resté soudé face au malheur, qui s'est souvent entraidé (notamment par la médiation de Sissi pour la situation en Hongrie. Elle a été fortement aimée des Hongrois, à l'inverse des Autrichiens qui voyaient en elle une mauvaise impératrice, mère et épouse du fait de ses nombreux voyages).

J'ai aussi apprécié le fait que, contrairement à de nombreux documentaires (livres ou films) sur Sissi, Jean des Cars n'ait pas cherché à idéaliser Sissi, à nous la présenter comme une femme merveilleuse dénuée de défauts car, comme chacun, Sissi avait ses qualités et ses défauts, ce qui fait d'elle un personnage intéressant et haut en couleur. Ce fut également agréable de découvrir un peu mieux François-Joseph, sur lequel peu de gens s'attardent, souvent laissé dans l'ombre de sa femme. On découvre l'histoire et la personnalité d'un homme fou amoureux de sa femme qu'il a pourtant du mal à comprendre, et qui est resté digne et fort même lorsque la tragédie frappait son empire ou sa famille. Ce fut un réel plaisir que de (re)découvrir l'histoire et la personnalité de ces deux personnages, et à quel point ils s'aimaient, malgré tout. Jean des Cars m'a à la fois rappelé et fait découvrir de nouvelles raisons pour me montrer à quel point je trouve ce couple terriblement attachant et fascinant.

En lui-même, le livre est un bel objet. Si l'épaisseur peut faire peur au premier abord, le style de l'auteur est très agréable à lire et cela se lit comme un roman. Cela aide que la plupart des chapitres sont courts, ce qui rend la lecture aisée et confortable. Ce documentaire est aussi agrémenté de nombreuses photographies, peintures et gravures, dont plusieurs m'étaient inconnues, ce qui apporte un petit plus très agréable et nous permettent d'associer un événement ou des personnages à une image.

Sissi, François-Joseph et leurs enfants : ici Gisèle et Rodolphe,
d'après une photographie de 1862.

Extrait :

On lui vole sa lune de miel, mise sous surveillance, et seuls leurs appartements permettent au couple de se retrouver. Mais ce travailleur acharné qu'est l'empereur se couche tôt… Aussi, puisqu'elle ne le voit pas assez, Sissi a l'idée de l'accompagner à Vienne. Par ruse, un matin, elle se glisse dans l'équipage, et François-Joseph, ému et amusé, ne s'y oppose pas. Funeste ambition ! L'archiduchesse foudroie sa nièce : se prendrait-elle pour l'épouse d'un commerçant, d'un bourgeois, voire d'un petit fonctionnaire ? Oublie-t-elle déjà qu'elle est l'impératrice consort et que son statut implique des devoirs, des usages, des traditions ?

Chapitre 3 – Une lune de miel sous surveillance.


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3 commentaires:

  1. Merci pour ton avis, j'ai apprécié de découvrir un peu plus ces personnages. :)

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    Réponses
    1. Tu veux dire que tu l'as lu ou mon avis t'a permis de découvrir les personnages ;) ?

      En tout cas, si tu veux lire cet ouvrage un jour, je te le conseille ! Il est assez épais, mais le style de l'auteur fait que ça se lit comme un roman !

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