dimanche 22 mars 2015

Le Juste Milieu - Annabel Lyon

L'auteur :  Née en 1971, Annabel Lyon est une romancière canadienne, auteur de deux recueils de fictions, de romans pour adulte ainsi que deux romans historiques : Le Juste Milieu et Aristote mon père.

Quatrième de couverture :

Aristote était un être de chair et de sang, et Alexandre le Grand, un adolescent plein de doutes et d'arrogance. Lorsqu'en 342 avant Jésus-Christ, le philosophe devient précepteur du futur roi de Macédoine, la relation qui s'établit est aussi singulière et enrichissante pour l'un que pour l'autre. Par ses démonstrations très concrètes sur une table de dissection, comme par ses réflexions éthiques et métaphysiques, Aristote transmet à son jeune élève la notion de «juste milieu», point d'équilibre entre deux extrêmes, si difficile à atteindre. De son côté, le fougeux Alexandre, qui désire déjà ardemment «ouvrir la gueule pour avaler le monde entier», offre des perspectives au maître peu aventureux que son père lui a choisi.

Des cahutes enfumées aux chambres du palais, Annabel Lyon lève le voile sur deux hommes illustres dont l'admiration réciproque et l'intelligence ont transformé le monde. Au fil de dialogues incisifs et souvent très crus, elle explore avec finesse et jubilation des thèmes aussi universels que la transmission du savoir, les rapports filiaux, les conflits de génération, les jeux de pouvoir.

Mon avis :

Livre repéré chez Parthenia, et choisi parce que 1) mordue d'histoire depuis des années et de 2) parce qu'Alexandre le Grand est un personnage historique qui m'intéresse de plus en plus; ainsi pour ces raisons, j'avais décidé d'y jeter un œil.

Cette histoire se centre et est cependant narrée par Aristote que sur le grand conquérant, et nous raconte principalement les sept années qu'il a passé à la cour de Macédoine pour transmettre son savoir à Alexandre, l'héritier du roi Philippe II de Macédoine, et ses camarades, mais il nous raconte aussi l'enseignement et les soins prodigués à Philippe Arrhidée, le demi-frère d'Alexandre, qu'une maladie rend mentalement retardé et exclu de la succession (étant l'aîné d'Alexandre) et laissé à la surveillance de son garde-malade, qui ne sait pas toujours comment s'y prendre avec lui. Nous avons donc affaire ici à une biographie romancée d'Aristote !

Étant attachée au personnage historique d'Alexandre le Grand, j'avais crains de ne pas trop m'attacher à Aristote et à Philippe Arrhidée. Heureusement, mes craintes n'étaient pas fondées car j'ai beaucoup apprécié suivre l'histoire du point de vue d'Aristote et de découvrir un peu plus ce grand philosophe = son enfance, son apprentissage de la médecine par son père médecin, puis ses "études" sous l'égide d'un philosophe un peu étrange, son mariage, sa vie vécue à la cour de Macédoine où il est davantage perçu comme un Athénien que comme un Macédonien (ce qui fait qu'il est vu comme un étranger et qu'on ne porte pas toujours sur lui un regard bienveillant), son approche pour apprivoiser Philippe Arrhidée, le faire progresser et lui enseigner des choses et ce, malgré son handicap, malgré les préjugés des autres sur lui. Nous assistons aussi à sa rencontre avec le futur Alexandre le Grand, les leçons qu'il lui donne, aussi bien sur la biologie que sur la littérature car Aristote est plus qu'un philosophe, c'est un véritable toutche-à-tout qui s'intéresse à de nombreux domaines et observe et analyse ce qui l'entoure. Donc si ce livre vous intéresse mais que vous craignez de voir quelques débordements sur la philosophie, ne craignez rien : Aristote philosophe n'est qu'un aspect de son personnage. On découvre plus chez lui que le philosophe, et d'ailleurs l'auteur met en avant le pluralisme de ses travaux, preuve qu'il s'intéresse à tout ! Et elle s'intéresse davantage sur le point humain du personnage.

Enseignement d'Alexandre par Aristote, d'après Charles Laplante.

Cependant, Aristote a aussi ses difficultés avec Alexandre. Élève brillant, il est pourtant difficile à discipliner car arrogant, plein de fougue, parfois colérique et pourri gâté, avec un goût pour le sang et le morbide un tantinet inquiétant [spoiler] comme cette fameuse scène où Alexandre remplace une fausse tête par une vraie fraîchement décapitée lors d'une représentation au théâtre... et manque de donner des arrêts cardiaques aux acteurs ! [/spoilers] (qui inquiète même Héphaïstion, alors le plus proche compagnon d'Alexandre. Ah Héphaïstion, j'ai une tendresse toute particulière pour lui. Dieu sait que, dans le roman comme dans l'Histoire avec un grand H, ça n'a pas du être évident d'être le conseiller et plus proche compagnon d'Alexandre. Pourtant, je n'ai pu m'empêcher de trouver Alexandre assez caricaturé dans son rôle de prince héritier, même si je sais qu'il avait son caractère. D'ailleurs, si on ne le voit que peu dans ce roman, on peut tout de même noter son attachement à Alexandre, et le fait que le tempérament et les goûts de celui-ci le dépassent parfois). Aristote se donne alors comme mission d'éduquer le jeune chenapan et d'essayer de calmer ses ardeurs, ses envie de gloire, tout en l'incitant à trouver le juste milieu, le point d'équilibre.

Le juste milieu est d'ailleurs un point sur lequel l'auteur revient souvent et d'une certaine manière : tout au long du roman, nous avons affaire à des extrêmes (notamment les extrêmes que sont Philippe II, roi guerrier qui ne conçoit pas la philosophie, et Aristote, philosophe et médecin qui ne veut pas de guerre. Et pourtant ces deux personnages sont amis; ou encore entre Alexandre qui est beau, charismatique et intelligent tandis qu'on dit son frère laid, mentalement retardé, idiot), l'équilibre entre deux extrêmes (que ce soit deux comportements, deux personnages, deux choses). Ce livre a un côté sociologue dans ce sens, et aussi dans le fait où Aristote analyse et s'interroge sur l'âme, les rapports humains, l'évolution de la pensée, le comportement humain, le fonctionnement de la société, etc.

Buste d'Aristote
J'ai beaucoup aimé suivre Aristote qui se révèle être un personnage attachant, que l'auteur nous fait découvrir de son enfance jusqu'au moment où il enseigne aux deux princes. J'aurais cependant aimé que l'auteur s'étende un peu plus sur la relation entre Platon et Aristote, qui se sont très bien entendus jusqu'à ce que leurs points de vues divergent. J'aurais aimé découvrir plus que leur première rencontre – moment que j'attendais le plus et que j'ai beaucoup pris plaisir à lire – comme le développement de leur relation, on sentait déjà tout l'intérêt que Platon commençait à porter à Aristote lorsqu'ils se sont rencontrés ! Dans les flash-back, on pouvait deviner que ses camarades à l'Académie jalousaient presque Aristote à cause de l'attirance (intellectuelle mais peut-être presque amoureuse) que Platon éprouvait à son égard. Ainsi, cela aurait été intéressant que l'auteur développe un peu plus... Il y a une certaine complexité dans leur relation, on ne sait pas jusqu'à quel degré elle a été. 

De même que certains personnages du roman pensent qu'Aristote est attiré par Alexandre, sans qu'elle l'ait été. Le roman nous peint diverses relations complexes et c'est un aspect que j'ai aimé découvrir : relation entre le maître et l'élève, relation entre mari et femme (Aristote et son épouse donc, oscillant entre tendresse et devoir), entre maître et esclaves (il éprouve de l'attachement pour eux, ils font quasiment partie de la famille) mais ces relations ne se centrent pas que sur Aristote car le roman évoque les rapports princes/serviteurs, mère/fils (la tendresse infinie qu'Olympias voue à son fils, Alexandre). L'auteur évoque aussi, à travers Aristote, les différences culturelles, politiques et autres entre la Grèce (Athènes) et la Macédoine. Deux lieux qu'a connu Aristote mais où il ne trouve sa place. En Macédoine, il est vu comme un grec, un étranger et, lorsque les relations deviennent tendues et conflictuelles entre Philippe  II et les cités de Grèce, les Macédoniens se méfient bien vite d'Aristote, vu alors comme un ennemi. Aristote compare d'ailleurs souvent la Grèce à la Macédoine qu'il trouve plus... barbare.

Ce livre est aussi une occasion de découvrir un peu plus l'Antiquité : la médecine antique, le théâtre grec, la célèbre Académie de Platon, la philosophie grecque, jusqu'à la politique guerrière de Philippe II. Sans être assommante, l'auteur nous apprend des choses sur la vie d'Aristote, l'histoire de la Macédoine, de la Grèce, la cour de Macédoine, les stratégies politiques et militaires. Néanmoins, ce n'est pas un roman purement historique, l'auteur a crée des personnages et altéré la réalité historique pour les besoins de son récit (elle invente un voyage, supprime un personnage), pour certains éléments, je pense qu'elle s'est plus basée sur des spéculations que sur des réalités historiques.

Le style d'écriture est plutôt agréable, assez contemporain par rapport à l'époque qu'il décrit, on pourra également être gêné par la présence de mots vulgaires, notamment venant de la bouche d'Aristote lui-même (d'un côté, les Macédoniens sont présentés comme vulgaires, rustres, grossiers, par contraste aux Grecs, plus raffinés, plus sophistiqués) mais c'est le rare reproche que j'ai pour ce livre car le style est sensible, intelligent et que, dans l'ensemble, cette lecture fut agréable et intéressante. L'auteur a su recréer avec intelligence l'époque, les personnages historiques ainsi que leurs rapports.

Ce billet est une participation aux :



vendredi 6 mars 2015

Entretien avec un vampire : L'histoire de Claudia - Anne Rice et Ashley-Marie Witter.

Du même auteur :

Les chansons du Séraphin (T.1) L'heure de l'ange.
- Les chansons du Séraphin (T.2) L'épreuve de l'ange.





Quatrième de couverture :


Vampire, elle n’aurait jamais dû le devenir. Son existence est une abomination pour les créatures de la nuit. Elle chemine entre les ombres d’un monde pour toujours hors de sa portée, prédateur pris au piège dans le corps d’une enfant. À la fois, orpheline, victime et monstre… Voici l’histoire de Claudia.


Mon avis :


À force d'attendre le troisième tome des Chansons du Séraphin, j'en viens presque à oublier mon grand amour... ce qui m'a fait découvrir l'auteur et son univers, La Chronique des Vampires et tout particulièrement Entretien avec un vampire. Les aspects de cette histoire ont été narrés par plusieurs personnages, notamment ceux qui apparaissent dans l'histoire : Louis bien-sûr, mais aussi Lestat son maître-vampire, ou encore Armand. Il ne restait plus que Claudia.

Lestat and Louis : Still a better love story
than Twilight and 50 Shades of Grey.
Claudia. La fille-vampire de Louis et Lestat, que Lestat a vampirisé parce que Louis allait le quitter... vu comme ça, on dirait presque l'histoire d'une fille qui décide de devenir enceinte pour que son petit-ami ne la quitte pas. Mine de rien, on peut considérer ces deux-là comme le premier couple vampire homosexuel à avoir élevé un enfant vampire ! Même si le résultat n'a pas été concluant, si on a lu le livre, ou vu le film, mais qu'importe ! Personnage d'un seul tome, Claudia reste cependant un personnage marquant : à la fois énigmatique, fascinant et terrifiant, qui peut être cruelle comme elle peut être fragile, vulnérable. C'est une vampire, en cet aspect elle est redoutable, affamée, cruelle, qui joue avec ses victimes et ose même se rebeller contre son maître vampire. Mais c'est aussi une femme éternellement coincée dans le corps d'une petite fille, qui sera toujours considérée ainsi à cause de sa petite taille et son apparence de poupée [spoilers] il me semble d'ailleurs, plus je relis Entretien avec un vampire, que Claudia aime Louis d'un amour plus que familial, qu'elle l'aime vraiment, elle l'appelle après tout son amant, son ange ténébreux. Mais Louis ne la voit que comme sa fille, il l'a élevé ainsi avec Lestat, et ça déchire Claudia de voir Louis s'éloigner d'elle lorsqu'ils sont à Paris et que Louis est envoûté par les charmes d'Armand [/spoilers]

On découvre une jeune enfant devenue immortelle, ainsi que son évolution. Elle grandit mentalement mais pas physiquement. Plus le temps passe et plus elle cherche à comprendre sa nature de vampire mais ni Lestat ni Louis ne répondent à ses questions. L'un parce qu'il n'a pas envie de dévoiler les secrets des vampires, et l'autre parce qu'il ignore lui-même les réponses à des questions qu'il s'est déjà posé. Son évolution se fait rapidement. Son amour pour Louis évolue... en même temps que sa haine pour Lestat. On passe quelques pages avec elle, lors de ses premières années de vampire, alors qu'elle a encore l'esprit d'une enfant avant de la découvrir femme.

Personnage marquant mais qui disparaît trop vite, ce manga est une occasion pour nous d'explorer l'histoire de son point de vue, de découvrir sa personnalité, ses pensées, son ressentit, de voir l'histoire à travers elle. Cependant, ce manga ne fait que retracer ce que nous avons vu de l'histoire par Louis, alors que je m'attendais à voir des scènes imaginées par les auteurs, en apprendre davantage sur Claudia, voir des choses non relatées par Louis, avoir droit à des scènes inédites mais celles-ci ne sont pas très nombreuses. Oh, c'est une adaptation fidèle d'Entretien avec un vampire, centrée sur Claudia, mais elle n'apporte pas grand chose de plus à l'histoire d'origine.

Cependant, on voit aborder le ressenti de la femme vampire, ses motivations, ce qu'elle a ressenti lorsqu'elle a vu Louis, Louis qu'elle aime par dessus tout, s'éloigner d'elle, sa haine d'Armand qui tente de lui voler Louis. Peu à peu, la Claudia cruelle et capricieuse s'efface au fil de l'histoire pour laisser apparaître une Claudia vulnérable, fragile, qui ne se sent pas complète car son corps n'est pas à l'image de ce qu'elle est réellement, qu'elle ne peut faire tout ce qu'elle désire dans ce petit corps qui la handicape, et qu'elle est vouée à être toujours dépendante de quelqu'un pour exister, qui ne connaîtra jamais d'amour romantique et passionnel. C'est une Claudia touchante, amère, pleine de rage que l'on apprend à connaître.

Visuellement, c'est très beau ! L'ouvrage en lui-même est un bel objet et la mise en page est superbe. Les illustrations sont très belles. J'avais déjà été très attirée par le graphisme et la beauté de la couverture. Le papier fait un peu style vieux parchemin, vieux papier, avec quelques touches de couleur (comme le rouge, pour le sang, un peu de couleurs sombres aussi), ce qui colle très bien avec l'ambiance et l'époque je trouve, j'ai beaucoup aimé le design de Claudia dont le visage rappelle celui d'une poupée. Ceux de Louis et Lestat sont très réussis eux-aussi, ils ressemblent à peu près à l'image que je me fais d'eux (sauf que j'imagine Louis avec des cheveux plus longs car il a les cheveux longs, sauf vers la fin du T.2 où ses cheveux étaient coupés courts, quel sacrilège !)

Je pense que c'est un livre à découvrir pour les fans d'Anne Rice, et surtout de sa saga sur les vampires. Pour ceux ne connaissant pas l'univers, cela ne risque pas d'être un problème au niveau de la compréhension, mais d'un certain côté, peut-être que ça risque d'être un peu confus si on ne connaît pas déjà un peu la matière, les grands mots de l'histoire. Je pense qu'il faut au moins connaître un peu l'univers, histoire d'avoir les éléments pour bien comprendre, sinon l'histoire pourrait paraître fade ou confuse.

J'ai très apprécié la lecture de ce roman graphique, il m'a permis de me replonger avec plaisir dans l'histoire des vampires d'Anne Rice et me donne même l'envie de relire Entretien avec un vampire pour retrouver les personnages et replonger dans l'histoire.