mardi 30 septembre 2014

V pour Vendetta - Alan Moore et David Lloyd.

Les auteurs : Alan Moore, né le 18 novembre 1953, est un écrivain et un scénariste de bande-dessinée britannique, notamment connu pour les comics Watchmen, V pour Vendetta et From Hell. David Lloyd, né en 1950, est un dessinateur de bande-dessinée anglais.

Quatrième de couverture :

Dans les années 1980, une guerre mondiale éclate ; l'Europe, l'Afrique et les États-Unis d'Amérique sont réduits en cendres par des armes nucléaires. La Grande Bretagne est épargnée par les bombardements mais pas par le chaos et les inondations issues des dérèglements climatiques. Dans cette société anglaise post-apocalyptique, un parti fasciste, Norsefire, prend en main le pouvoir et tente de rétablir le pays après avoir procédé à une épuration ethnique, politique et sociale sans pitié.

En 1997, au moment où le parti semble avoir la situation sous contrôle, un anarchiste commence une campagne pour ébranler tous les symboles du pouvoir. Cet anarchiste qui se fait appeler « V » porte un masque représentant le visage de Guy Fawkes, le plus célèbre membre de la conspiration des poudres. Lors de sa première action d'éclat, le dynamitage du Palais de Westminster, V sauve Evey, une jeune fille de 16 ans qui risquait d'être violée puis exécutée pour prostitution.

Emprunt médiathèque.

Mon avis :

Nous sommes à Londres, en novembre 1997. Un conflit nucléaire mondial a rayé de la carte l'Europe, l'Afrique et les Etats-Unis. La Grande-Bretagne, quant à elle, est devenue un état totalitaire depuis une quinzaine d'année. Le parti à la tête du pouvoir a effectué une grande purification dès son arrivée au pouvoir et tout est contrôlé, y compris l'accès au plaisir, à la culture et au divertissement. Dans ce contexte sombre, V, un anarchiste, souhaite ébranler le pouvoir et redonner espoir au peuple de lui redonner sa liberté. Quoi de mieux que d'attaquer les emblèmes du gouvernement ?


On ne présente plus V pour Vendetta, on connaîtra davantage le film que la bande-dessinée. C'est d'ailleurs parce que je connais et aime le film que j'ai tenté la lecture de la bande-dessinée. Cependant, malgré quelques similitudes, on peut noter des différences entre les deux, ce qui n'empêche pas le plaisir de la lecture ! Je dirais même que connaître le film m'a permis de mieux suivre l'intrigue car elle est dense, il y a beaucoup de personnages, beaucoup d'aller et venues.

Peut-être est-ce parce que je n'ai plus de souvenirs précis du film, outre les scènes marquantes, mais la société dépeinte dans cette oeuvre me paraît plus sombre, plus inquiétante. Tout est contrôlé en permanence, les marginaux (homosexuels, étrangers, opposants politiques) sont emprisonnés et éliminés. La guerre et l'Etat ont mis fin aux libertés et aux plaisirs. Cet Etat se présente sous plusieurs formes : la Voix qui parle au peuple et le tient sous le joug de la peur, la Main qui fait régner ordre et discipline, la Bouche qui représente les médias (sous monopole de l'Etat), l’Œil qui surveille les agissements de tous, l'Oreille qui tend ses antennes et est à l'affût de tout, le Nez qui est la police scientifique et enfin la Tête où se base le commandement du pays.

C'est dans ce contexte sombre qu'apparaît le personnage le plus emblématique de l'univers de V pour Vendetta : un homme masqué nommé V, qui souhaite mettre à mal cette société et le gouvernement et éveiller les consciences. Cet espèce d'anti-héros est un sauveur peu conventionnel car violent et moralisateur mais c'est aussi un personnage attachant et marquant, au charisme formidable et amateur de Shakespeare qui a pris la jeune Evey sous son aile. J'ai beaucoup aimé la reconstitution du passé de V ainsi que l'exploration de sa psychologie, cela nous permet de comprendre ce qui l'a poussé à en arriver là. C'est vraiment le personnage emblématique, surtout avec son casque de Guy Fawkes (qui est, si vous l'ignorez, un noble du XVIIe siècle célèbre pour avoir voulu tuer le roi d'Angleterre et faire sauter le Parlement). Comme dans le film, son identité est gardée secrète mais je n'ai pas trouvé cela frustrant. L'identité de V, c'est comme le nom du Docteur dans Doctor Who, une certaine partie de nous est curieuse mais l'autre partie sait très bien qu'apprendre ce secret, de percer ce mystère risque d'être encore plus décevant que la révélation elle-même du secret. Puis, de cette façon, V peut être personne et n'importe qui à la fois, cela lui permet d'être un symbole.

Image tirée du film


J'ai beaucoup aimé aussi sa relation avec Evey, jeune fille de 16 ans, qu'il a sauvé de policiers qui voulaient la violer. Evey peut paraître naïve et niaise aux yeux de certains lecteurs, mais elle a été écrite au départ pour représenter le peuple britannique : innocent mais inconscient, car endormi, elle n'a pas réellement conscience de l'horreur de la société dans laquelle elle vit, elle ne se rend pas compte de tout ce qui se trame, et le retour à la réalité sera brutal. Avec V, Evey va peu à peu ouvrir les yeux sur le monde qui l'entoure et, à son tour, vouloir se rebeller et commencer à se libérer. Outre ces deux personnages, on suit d'autres personnages, dont des personnes du gouvernement à la recherche de V qu'ils considèrent comme étant un terroriste. On jongle de l'un à l'autre.

Un seul petit bémol : le graphisme et les couleurs (qui semblent délavées) peuvent rebuter, j'ai eu moi-même du mal au départ mais en m'accrochant à l'histoire, j'ai fini par m'y faire. Le fait est que V pour Vendetta est une histoire terrible (dans le bon sens), et qu'il ne faut pas se laisser rebuter par les graphismes et les couleurs parce que l'histoire en vaut la peine ! D'autant plus que tout n'est pas à jeter dans le graphisme. Les couleurs peuvent être sombres et ombrées, ce qui se marie très bien au récit car il donne une ambiance sombre, une atmosphère inquiétante. Petit avertissement aussi : il faut aimer lire (beaucoup). V pour Vendetta est une bande-dessinée, certes, mais une grande place est laissée au texte, donc petite mise en gare à ceux qui aiment les bandes-dessinées légères.

Je pourrais continuer à dire beaucoup sur cette BD, mais ma critique risque d'être un peu trop redondante avec les nombreuses critiques qui existent sur cette oeuvre, et les mots ne suffisent pas pour décrire l'impression que m'a laissé V pour Vendetta. Si je devais seulement résumer la bande-dessinée en quelques mots : profond, sombre et puissant.

lundi 29 septembre 2014

La Maison de Soie - Anthony Horowitz.

L'auteur : Né le 5 avril 1955, Anthony Horowitz est un écrivain anglais, auteur de romans policiers pour la jeunesse ainsi que de pastiches holmesiens tels que La Maison de Soie ou Moriarty. Il est également scénariste à la télévision anglaise pour des feuilletons policiers (notamment des adaptations des aventures d'Hercule Poirot ou celles de l'inspecteur Barnaby).

Quatrième de couverture :

Un an après la mort de Sherlock Holmes, Watson entreprend de consigner l’une des enquêtes les plus noires qu’il a menées avec le célèbre détective... Londres, novembre 1890. Edmund Carstairs, marchand d’art, craint pour sa vie. Faute de preuves, Holmes ne peut qu’attendre. Le lendemain, ce n’est pourtant pas d’un meurtre, mais d’un vol dont Carstairs est la victime. Holmes l’avait prévu. Ce qu’il ne pouvait imaginer, en revanche, c’est qu’en confiant à Ross, l’un des Irréguliers de Baker Street, la charge de monter la garde, il l’envoyait en fait à la mort. Et qu’avec ce meurtre horrible, c’était ce que Londres a de plus sordide qui se révélait aux deux enquêteurs... « La partie reprend. » Et cette fois, Holmes et Watson n’en sortiront peut-être pas indemnes.

Mon avis :

Ce n'est plus un secret pour personne (du moins ceux qui suivent ce blog, d'ailleurs je tiens à remercier et féliciter ceux encore présent malgré mes nombreuses absences et le peu de mises à jour. Si vous êtes encore là, sachez que je ne vous lâcherai pas de sitôt !), je suis un peu holmesienne dans l'âme car Sherlock Holmes est l'un de mes grands amours littéraires, et ce billet ne sera pas le dernier que je ferais sur les aventures du détective et de son docteur et chroniqueurs. Pourtant je suis relativement méfiante des pastiches, j'ai toujours peur qu'ils dénaturent l'univers et les personnages (surtout Watson, bien souvent maltraité et écrit comme un gros bouffon idiot). Ainsi, lorsque La Maison de Soie est sorti, je ne me suis pas jetée dessus. Déjà lorsqu'on voit les critiques qui présentent l'auteur comme étant le digne héritier de Sir Arthur Conan Doyle, cela me donnait plus envie de reculer qu'autre chose. C'était comme comparer Stephenie Meyer à JK Rowling, quand on sait que les deux auteurs et œuvres respectives n'ont rien en commun. Au final, j'ai quand même tenté la lecture un moment où j'étais d'humeur à lire du Holmes. 

Verdict ? Plutôt agréablement surprise car l'auteur a voulu se faire le plus fidèle possible au canon holmesien pour nous pondre une intrigue plutôt intéressante et intrigante ! Une enquête intéressante qui flirte avec le danger, glauque, morbide et intelligente. On reste axé sur la logique, la psychologie et la science de la déduction. Bien que glauque, cette enquête n'est pas vraiment violente et gore, et l'horreur réside davantage dans le comportement des coupables, de leur psychologie. Nous avons une intrigue prenante, même si j'avais deviné quelques lignes, j'ai été dans le brouillard jusqu'aux révélations finales. Une intrigue à la hauteur donc !

Parlons un peu des personnages ! On reconnaît bien notre Holmes : ses méthodes de déduction, ses déguisements, son caractère parfois froid et abject, sa façon de doucement corriger Watson quand il fait une fausse déduction, et ses autres traits de caractère qui font de lui un personnage complexe et attachant. J'ai été aussi agréablement surprise de voir un bon Watson : celui qui n'est pas une lumière mais un faiseur de lumière, celui qui ne manque pas de courage et de volonté, le gentleman, celui qui suivrait toujours Holmes car cette aventure est narrée par Watson, et dévoilée par ce dernier des années après les faits, dans laquelle on peut deviner son amitié pour Holmes, comment il relate ses manies et ses habitudes. Le personnage de Watson et l'amitié entre les deux personnages sont ainsi plutôt bien respectées, pour mon plus grand plaisir.




 

Autres couvertures (en versions française et anglophone) qui ont été réalisées pour le roman


Respect du canon holmesien donc ! L'histoire reste raisonnable : des méchants conventionnels, pas de grosses révélation, pas d'intrigue violente, on voit bien que l'auteur n'a pas voulu prendre de risques. Il y a quand même de quoi satisfaire les fans avec les références et clins d’œil au canon, comme par exemple l'évocation de plusieurs nouvelles et romans de Doyle, l'utilisation d'ingrédients déjà vus dans le canon mais qui restent bien sympathique à (re)découvrir comme Holmes et ses déguisements qui parviennent à berner Watson, des petites apparitions de Mycroft, Lestrade qui admire Holmes, la présence des Irréguliers de Baker Street...

Nous avons cependant des bons rebondissements, une enquête intéressante, des scènes amusantes ou prenantes : la visite de Mycroft et la conversation entre les deux frères qui préfèrent utiliser la science de la déduction plutôt qu'un banal "comment vas-tu ? quelles nouvelles ?", ou ma préférée : la rencontre entre Watson et un certain professeur de mathématique [spoiler] le Napoléon du crime, Moriarty, qui avoue lire et apprécier les récits des aventures de Sherlock Holmes racontées par notre bon docteur. Vous aussi vous imaginez Moriarty attendre avec impatience qu'une nouvelle aventure sorte dans le Strand, et la lire attentivement, un peu comme un fanboy ? Je ne sais pas vous, mais j'adore l'image ! ]

Cette histoire est un bel hommage à Doyle, et au canon holmesien. Il y a respect de l'oeuvre avec une petite emprunte de modernité. On est plongé dans le Londres du XIXe siècle, entre les parties sombres de Londres et les côtés riches des bourgeois, où sont dépeint les états d'esprit, les endroits, les relations entre les personnages. C'est plutôt agréable à lire et c'est dynamique.

Extrait :

- Mon cher Sherlock, s'exclama Mycroft quand il entra en se dandinant. Comment vas-tu ? Tu as perdu un peu de poids, récemment, je remarque. Mais je suis content de te voir redevenu le même qu'avant.
- T'es-tu remis de ta grippe ?
- Elle n'était pas forte du tout. J'ai apprécié ta monographie sur les tatouages. Écrite la nuit, évidemment. As-tu souffert d'insomnie ?
- L'été a été désagréablement chaud. Tu ne m'avais pas dit que tu avais acheté un perroquet.
- Pas acheté, Sherlock, emprunté. Docteur Watson, c'est un plaisir. Même si cela fait presque une semaine que vous n'avez pas vu votre épouse, je gage qu'elle va bien... Tu reviens tout juste du Gloucesteshire.
- Et toi, de France.
- Mrs. Hudson s'est absentée ?
- Elle est rentrée la semaine dernière. Tu as une nouvelle cuisinière ?
- La précédente a démissionné.
- À cause du perroquet.
- Elle a toujours eu un pied levé pour partir.
Cet échange se produisit à une telle vitesse que j'eus l'impression d'assister à une partie de tennis, sans tourner sans cesse la tête tantôt vers l'un, tantôt vers l'autre. Mycroft nous invita à prendre le canapé et installa sa propre masse sur une chaise longue.

IX. L'avertissement.