jeudi 27 novembre 2014

Petit hiatus.

Je consacre enfin quelques minutes à ce blog pour déposer cette notice : vous l'avez remarqué, ce blog n'est plus mis à jour depuis fin août. J'ai essayé de lire et de poster au moins deux-trois articles chaque mois, le fait est que je suis en dernière année de licence et que je suis bondée de travail (et plus le semestre avance, plus le corps enseignant nous rajoutent du travail supplémentaire, je les soupçonne de penser que les étudiants ne doivent vivre que d'études et d'eau fraîche), si bien que le temps que je me consacre, je le consacre soit à travailler, soit à procrastiner sur tumblr. Je ne peux plus écrire, je ne peux pas lire pour le plaisir aussi souvent que je le voudrais, je ne peux pas mettre ce blog à jour. 

Donc, hiatus jusqu'aux vacances de noël où j'essayerai de rattraper mon retard en postant ce que je voulais poster en septembre, octobre et novembre (car oui, j'avais fait une liste des livres à lire pour tel mois) et de passer enfin sur vos blogs, donc ne vous étonnez pas de me revoir après des mois de silence et de voir en décembre une flopée d'articles postés à des dates antérieures, c'est normal. J'espère tout simplement que mon absence de mises à jour ici n'aura pas été vain et que mon travail à la fac portera ses fruits (encore deux semaines de cours, une semaine de partiel et ensuite LIBERTÉÉÉÉ!! NOËËËËËL!!), ensuite j'aurais tout le temps qu'il faudra pour venir ici et visiter vos blogs. En attendant, je remercie ceux qui continuent à passer sur mon blog.


mercredi 26 novembre 2014

Le chevalier lettré : Savoir et conduite de l'aristocratie au XIIe et XIIIe siècles - Martin Aurell.


L'auteur :

Né en 1958, Martin Aurell est un auteur français, d'origine espagnole, primé par l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Historien, il s'est spécialisé dans le Moyen-âge puisqu'il l'enseigne depuis 1994 à l'université de Poitiers. Il dirige également la revue Les Cahiers de civilisation médiévale depuis 2000 et appartient au Centre d'études supérieures de civilisation médiévale depuis 1995. Érudit, il est membre de l’Institut universitaire de France, titulaire de nombreux diplômes (il fut d'ailleurs l'élève de Georges Duby, grand historien français spécialisé dans le Moyen-âge), et l'auteur de nombreux ouvrages autour de la période médiévale et sur les légendes arthuriennes.

Emprunt bibliothèque fac.



Quatrième de couverture :

La rencontre du chevalier et du savoir au XIIe siècle peut sembler paradoxale. Pourtant, elle se mêle inextricablement à la renaissance intellectuelle de cette période, mouvement décisif pour l'histoire de l'Occident. 

Le chevalier n'évolue pas seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans les cours de plus en plus cultivées et raffinées : son intérêt pour les classiques latins et la lecture, voire sa propre poésie, le prouvent. Il patronne les jongleurs et discute de littérature avec les clercs qui, au passage, essaient de réformer sa conduite, souvent brutale. Au fur et à mesure que leur culture livresque se développe, les chevaliers apprennent à réprimer leur propre violence à la guerre et s’initient à la courtoisie. À table, les contenances sont désormais de mise, tout comme la préciosité du langage, l’élégance des vêtements ou la mesure des gestes. La fréquentation des femmes, parfois doctes et tenant salon, devient plus galante.

Une révolution mentale est ainsi en œuvre chez ces élites laïques qui, au contact du clergé savant, mettent de plus en plus leurs armes au service du bien commun. Ce savoir-vivre relève-t-il d’un masque machiavélique ou bien cette maîtrise de soi est-elle le signe d’une modernité avant l’heure ?

Mon avis :

Lors de mon cinquième semestre à la fac, j'ai eu l'occasion d'avoir des cours sur le Moyen-âge (rien de plus normal, me direz-vous, d'étudier le moyen-âge en licence d'histoire). La particularité de ces cours de ce semestre est qu'au lieu de se centrer sur les grands faits politiques et militaires de la période, nous nous sommes intéressés à l'aspect plus culturel du Moyen-âge. À l'occasion de ces cours, j'ai été amenée à choisir et lire un livre en rapport avec le sujet pour faire après une fiche de lecture.

J'ai choisi Le chevalier lettré qui m'attirait par sa couverture mais aussi son sujet. Ce livre est en fait une vaste étude sur la noblesse du XIIe au XIIIe siècle et plus particulièrement les rapports de cette noblesse à la culture, à l'érudition, et, dans une moindre mesure, ses rapports avec le clergé (les hommes d’Église en gros).

L'image que l'on se fait des chevaliers et des nobles au Moyen-âge est souvent celle du guerrier combattant, chevauchant, festoyant, ou encore celle du chevalier courtois. Je ne dirais pas que cette image est 100 % fausse, loin de là. Cependant, on imagine très mal cette catégorie de la société médiévale entretenir des rapports étroits avec le savoir. On imagine davantage les hommes d’Église et les femmes de l'aristocratie s'instruire, lire et écrire. Cependant, le chevalier ou noble du Moyen-âge n'était pas totalement étranger à la culture et au savoir, mais cet aspect de l'aristocratie est plutôt méconnue (comme je l'ai dit, on l'imagine plus festoyer et faire la guerre). C'est donc l'objectif de l'auteur de nous montrer que l'opposition entre l'aristocrate du Moyen-âge et la culture a le mérite d'être nuancé. De même, on a tendance à opposer l'homme d’Église, instruit, au chevalier, illettré et guerroyant. Les réalités culturelles sont plus complexes.



Image d'un troubadour,
chargé d'animer fête/banquet
en racontant une histoire
ou avec des chansons romantiques
ou des messages politiques.
L’œuvre de Martin Aurell est assez épaisse. Il s'agit d'une vaste étude qui se construit un peu de façon méthodique  : il ouvre son ouvrage avec une introduction de quelques pages, qui explique le contexte historique et culturel, avant d'entrer dans le vif du sujet. Son étude se compose de trois grandes parties, chacune contenant des espèces de sous-parties. Petit rappel du contexte historique de l'époque d'abord, avant d'entrer dans le vif du sujet : le Moyen-âge connaît aux XIIe et XIIIe siècle une Renaissance avant la Renaissance, c'est-à-dire que cette époque connaît une période de réformes et de renouveau de la société. Les villes grandissent, le commerce se développe, la royauté (qui était alors souvent en conflit avec l'aristocratie pour le contrôle des terres et de la politique) s'affirme et met en place une administration et une justice fortes. L’Église se range aux côtés de cette royauté et, à son tour, met en place des réformes culturelles et spirituelles chez le clergé, histoire de renforcer les exigences morales et spirituelles. De plus, la culture et le savoir se diffusent mieux, la lecture et l'écriture se répandent davantage, surtout chez l'aristocratie. Dès l'introduction, l'auteur nous présente une nouvelle vision du Moyen-âge, une époque qu'on a trop souvent considéré comme obscur, où les gens étaient incultes, sales, ils mourraient tous de la peste, on brûlait des gens pour un rien, ils faisaient souvent la guerre... or, non. L'auteur nous présente un Moyen-âge flamboyant et une aristocratie qui sait aussi bien manier la plume et l'épée, une noblesse de l'esprit, de la culture et du prestige qu'elle en tire.

Martin Aurell pose ses premiers arguments dans sa première partie, Chevalerie et « clergie » où il commence à nous présenter les premiers rapports entre l'aristocratie et le savoir, à partir du Xe siècle. Le noble à cette époque n'est pas un érudit, sauf s'il entre dans les ordres. Le clerc, en effet, est l'image même de l'érudit et il prouve son appartenance au clergé par son savoir. Le noble atteint rarement le niveau de connaissance du clerc, surtout le chevalier qui doit s'entraîner à la guerre, combattre, chevaucher... ça laisse très peu de place à l'érudition. Ce qui ne veut pas dire qu'on n'éduquait pas les nobles, loin de là. Connaître le latin, savoir lire, écrire et compter faisaient partie de l'essentiel et les jeunes étaient souvent instruits par des hommes d’Église, à la maison ou dans des écoles (qui étaient à l'époque mises en place par des hommes du clergé). Certains nobles manifestaient aussi un intérêt pour les lettres, se font collectionneurs de livres, font circuler des livres. Cependant, si l'aristocratie est éduquée dès l'enfance, les nobles (ou les laïcs, comme on les appelle aussi) ne cherchaient pas vraiment à aller plus loin dans leurs études (sauf pour ceux se destinant à entrer dans les ordres), l'éducation guerrière étant plus importante. Il existait une proportion de laïcs lettrés qu'on appelait des « demi-lettrés », le savoir se retrouvait davantage chez les clercs, mais la donne change progressivement...



Marie de France, une des rares auteurs féminins
connues de l'époque.
La seconde partie « Chevalerie et la création littéraire » montre que, dès le XIIe-XIIIe s, on voit apparaître une irruption subite de chevaliers lettrés et de dames savantes suite à cette « Renaissance avant la Renaissance ». Une vie culturelle s'organise dans les cours et châteaux qui se font lieux de rencontres littéraires et de concentration du savoir. Les livres sont véhiculés par l'écriture ou la voix (troubadours ou jongleurs animant des fêtes ou banquets à travers des chansons de gestes, des histoires d'amour courtois ou des messages politiques). Ces aristocrates se mettent aussi à écrire, généralement dans leur langue maternelle plus qu'en latin (le latin étant la langue des clercs) et la production littéraire est diverse : littérature de croisade, romans du Graal, poèmes sur l'amour ou la guerre, des chroniques, des mémoires ou encore des hagiographies (biographie sur un(e) Saint(e))

Martin Aurell illustre ses propos par de nombreux exemples, qui peuvent être parfois un peu lourds tant ils sont nombreux, néanmoins il évoque régulièrement les mêmes auteurs. Ainsi les mêmes noms réapparaissent régulièrement (Dante, Abélard, Salisbury, Barri, etc) et on est pas trop dépaysé. Ses exemples sont aussi variés : il ne se contente pas de s'intéresser qu'à la France car il « visite » d'autres pays de l'Europe (Italie, Allemagne, Angleterre) même s'il se centre beaucoup sur la France et l'Angleterre. Il utilise aussi très souvent en titre d'exemple des ouvrages de la littérature arthurienne, ainsi que des personnages de la légende arthurienne (Arthur, Yvain, Lancelot, Guenièvre, etc), ce qui témoigne à la fois de l'intérêt de l'auteur pour ce sujet mais aussi de l'importance des légendes arthuriennes dans la société médiévale.

À noter aussi que l'auteur ne s'intéresse pas qu'aux Messieurs de cette époque car les femmes ont aussi fait entendre leur voix dans ce mouvement de savoir et de création littéraire. L'auteur consacre en effet quelques pages sur l'éducation des filles de la noblesse, le sujet de la femme lectrice (la femme de la noblesse étant souvent associée au livre, notamment dans l'iconographie médiévale, que ce soit le livre de prières ou des romans ou poèmes d'amours), mais aussi de la femme auteur qui écrivaient en entretenant une large correspondance ou en écrivant des romans. L'exemple le plus connu de la femme écrivain à cette époque est sans conteste Marie de France. Cependant, on dispose de peu de documentation sur ces femmes écrivains, donc leur nombre est assez minime par rapport à leurs congénères masculins. Cependant, on note la progression entre la première et seconde partie. Dans la première partie, le laïc n'est pas hautement cultivé, sauf s'il se destine au clergé. Dans la seconde partie, on est aux XII-XIIIes, le savoir s'est largement diffusé au sein de la noblesse et les aristocrates élargissent leur érudition bien au-delà des connaissances de leurs ancêtres. Même des chevaliers se font écrivains !




- à gauche, image d'un psautier (livre de prières) représentant trois clercs en pleine étude ;
à droite, représentation du poète Reinmar von Zweter, assis au centre de la scène, 
avec un garçon copiant sur des tablettes de cire et une fille sur un rouleau de parchemin -

La troisième et dernière partie « « Clergie » et civilisation des mœurs chevaleresques » parle davantage du savoir et de la culture comme moyens pour le clerc d'encadrer et réformer la noblesse. La rendre plus courtoise et moins rustre, pour la simple et bonne raison que la monarchie fait encore face à des  chevaliers brigands et insoumis au roi. Alliée de la monarchie, le rôle de l'Église n'est donc plus seulement de recopier des ouvrages et de se préoccuper du salut des âmes, mais aussi de pacifier cette aristocratie et de la transformer en noblesse chargée de défendre et protéger l’Église et le royaume, et de la rendre ainsi plus obéissante au Roi. Pour cela, le clerc tente – par le savoir et les lettres – d'influencer les mœurs et conduites de la noblesse. Il peut mettre en garde – à travers des sermons ou ouvrages – des travers de l'aristocratie (abus de la chasse, tournois et jeux où la violence bat son plein), le clerc prône le modèle que le chevalier doit adopter (guerroyer pour la paix, la justice, etc), il encourage à la dévotion, à la charité, à l'amour du prochain, il intervient dans les institutions de la noblesse (comme la cérémonie de l'adoubement)... C'est là que la courtoisie devient un mode de conduite à adopter car c'est la capacité de bien agir et de bien parler. De nombreux ouvrages et manuels sur la civilité et le savoir-vivre ont été écrits à cette époque (bien agir, bien s'habiller, bien se conduire), ce qui était intéressant à découvrir. Par l'amour courtois, la courtoisie, le noble se perfectionne et se démarque des autres classes (en montrant notamment qu'il a de la classe, qu'il est patient alors qu'il fait la cour à une dame, contrairement aux gens du peuple qui, selon les nobles, s'accouplent à même le sol)


Voilà. Tout ça pour dire que cette étude est un ouvrage intéressant à feuilleter. Il y a beaucoup à lire, parfois les arguments de l'auteur nous assomme d'exemples et on en perd parfois la fil, on peut avoir du mal à voir la fin mais ça reste intéressant à lire, surtout si la société médiévale est un sujet qui vous intéresse. Malgré les petits défauts, cette étude est bien construite, bien documentée, illustrée même, et montre bien que la notion de chevalier cultivé n'est pas contradictoire. L'aristocratie n'est pas que combattante, elle peut être cultivée et participer à la production littéraire.


Ce billet est une participation au :



vendredi 10 octobre 2014

Murena (T.7 à 9) - Jean Dufaux et Philippe Delaby.


Quatrième de couverture :

Néron en a rêvé. Lucius Murena l'a fait : incendier Rome. Pourtant, en expiation de sa faute, le jeune patricien tentera de sauver un maximum de vies humaines. Chacun, nantis et plébéiens, cherche une issue. Tandis que certains se jettent dans le Tibre, d'autres atteindront non sans mal le Champ de Mars. Le quartier du Transtibérin est épargné par les flammes. C'est là que vivent Pierre et les chrétiens. Plus homme que dieu, l'empereur est en proie au doute. Mais si Rome dévastée attise la cupidité des uns, elle révèle aussi quelques belles âmes.

Emprunt médiathèque.



Mon avis :

C'est l'occasion de croiser de nombreux personnages, certains historiques (Néron, Suétone, Sénèque, Saint Pierre, etc), d'autres fictifs comme Murena. Murena n'a certes pas un rôle plus important que les autres, néanmoins c'est par lui qu'avance l'intrigue. D'ailleurs, même s'il n'est pas le personnage le plus attractif de cette série (selon moi), ça fait plaisir de voir que ce garçon devient plus charismatique et présent car c'est quand même son histoire qu'on raconte !

Une histoire bien menée, bien documentée. Pour se plonger dans la Rome telle qu'elle était il y a des siècles, les auteurs ont su, de par leurs nombreuses recherches, respecter la vérité historique autant que possible. Peut-être que ça ne touche que moi et mon esprit d'historienne, mais je peux rester un long moment à admirer les rues, les bâtiments, les vêtements, les objets et les paysages tels qu'ils auraient pu être dans la Rome antique.

Les tomes huit et neuf ont l'occasion de nous présenter l'événement qui a marqué l'Histoire à cette époque : l'incendie de Rome, qu'on associe à Néron. Tout d'abord évoqué de façon subtile au tome sept par des allusions innocentes (sur la tendance de Rome à « s'enflammer », que ça « sent la poudre ! », ainsi que la fascination de Néron pour le feu) Pour ces panels, les auteurs ont choisi plusieurs tons rouges pour rappeler le feu, puis des couleurs plus ternes pour symboliser les cendres, et le calme après la tempête. Ce sont des scènes assez prenantes, surtout au niveau du comportement des Romains face au danger. Certains vont sauver des vies, pour d'autres ce sera « Chacun pour soi » ou « Sauve qui peut ! ». Une fois l'incendie terminée, les citoyens se relèvent et ils sont furieux. Cet incendie n'est pas le fruit du hasard, c'est un incendie criminel, et il faut trouver un coupable, mais qui ? Ces Chrétiens sont bien gênants, à prêcher un dieu qu'on ne voit pas. Et si on leur faisait porter le chapeau ? Ainsi débutent les persécutions contre les Chrétiens... Et c'est d'ailleurs dans le tome neuf que Saint Pierre, l'apôtre, a un rôle central...

Un graphisme réaliste et réussi. Attention néanmoins, pour les plus sensibles, pour certains tomes, il y a des scènes de nu, de sexe ou de violence plutôt choquants (je pense à cette scène où un Romain viole une Vestale sous ordre de son supérieur. Vestale qui, si je me souviens bien, se suicide après avec un poignard), donc prudence. Cette série, aussi riche et intéressante soit-elle au niveau de l'intrigue et dans l'aspect historique, ne peut être mise dans n'importe quelles mains.


À l'instar des tomes précédents, un glossaire final pour justifier les sources utilisées par les auteurs et pour approfondir en quelques lignes quelques anecdotes historiques. Des tomes intéressants donc, dans la forme comme dans le contenu, et qui laissent deviner dans quelle direction se dirige la série. Pour le moment, aucun tome dix ne semble prévu ceci dit... donc, il n'y a plus qu'à attendre !

Ce billet est une participation au :

mardi 30 septembre 2014

V pour Vendetta - Alan Moore et David Lloyd.

Les auteurs : Alan Moore, né le 18 novembre 1953, est un écrivain et un scénariste de bande-dessinée britannique, notamment connu pour les comics Watchmen, V pour Vendetta et From Hell. David Lloyd, né en 1950, est un dessinateur de bande-dessinée anglais.

Quatrième de couverture :

Dans les années 1980, une guerre mondiale éclate ; l'Europe, l'Afrique et les États-Unis d'Amérique sont réduits en cendres par des armes nucléaires. La Grande Bretagne est épargnée par les bombardements mais pas par le chaos et les inondations issues des dérèglements climatiques. Dans cette société anglaise post-apocalyptique, un parti fasciste, Norsefire, prend en main le pouvoir et tente de rétablir le pays après avoir procédé à une épuration ethnique, politique et sociale sans pitié.

En 1997, au moment où le parti semble avoir la situation sous contrôle, un anarchiste commence une campagne pour ébranler tous les symboles du pouvoir. Cet anarchiste qui se fait appeler « V » porte un masque représentant le visage de Guy Fawkes, le plus célèbre membre de la conspiration des poudres. Lors de sa première action d'éclat, le dynamitage du Palais de Westminster, V sauve Evey, une jeune fille de 16 ans qui risquait d'être violée puis exécutée pour prostitution.

Emprunt médiathèque.

Mon avis :

Nous sommes à Londres, en novembre 1997. Un conflit nucléaire mondial a rayé de la carte l'Europe, l'Afrique et les Etats-Unis. La Grande-Bretagne, quant à elle, est devenue un état totalitaire depuis une quinzaine d'année. Le parti à la tête du pouvoir a effectué une grande purification dès son arrivée au pouvoir et tout est contrôlé, y compris l'accès au plaisir, à la culture et au divertissement. Dans ce contexte sombre, V, un anarchiste, souhaite ébranler le pouvoir et redonner espoir au peuple de lui redonner sa liberté. Quoi de mieux que d'attaquer les emblèmes du gouvernement ?


On ne présente plus V pour Vendetta, on connaîtra davantage le film que la bande-dessinée. C'est d'ailleurs parce que je connais et aime le film que j'ai tenté la lecture de la bande-dessinée. Cependant, malgré quelques similitudes, on peut noter des différences entre les deux, ce qui n'empêche pas le plaisir de la lecture ! Je dirais même que connaître le film m'a permis de mieux suivre l'intrigue car elle est dense, il y a beaucoup de personnages, beaucoup d'aller et venues.

Peut-être est-ce parce que je n'ai plus de souvenirs précis du film, outre les scènes marquantes, mais la société dépeinte dans cette oeuvre me paraît plus sombre, plus inquiétante. Tout est contrôlé en permanence, les marginaux (homosexuels, étrangers, opposants politiques) sont emprisonnés et éliminés. La guerre et l'Etat ont mis fin aux libertés et aux plaisirs. Cet Etat se présente sous plusieurs formes : la Voix qui parle au peuple et le tient sous le joug de la peur, la Main qui fait régner ordre et discipline, la Bouche qui représente les médias (sous monopole de l'Etat), l’Œil qui surveille les agissements de tous, l'Oreille qui tend ses antennes et est à l'affût de tout, le Nez qui est la police scientifique et enfin la Tête où se base le commandement du pays.

C'est dans ce contexte sombre qu'apparaît le personnage le plus emblématique de l'univers de V pour Vendetta : un homme masqué nommé V, qui souhaite mettre à mal cette société et le gouvernement et éveiller les consciences. Cet espèce d'anti-héros est un sauveur peu conventionnel car violent et moralisateur mais c'est aussi un personnage attachant et marquant, au charisme formidable et amateur de Shakespeare qui a pris la jeune Evey sous son aile. J'ai beaucoup aimé la reconstitution du passé de V ainsi que l'exploration de sa psychologie, cela nous permet de comprendre ce qui l'a poussé à en arriver là. C'est vraiment le personnage emblématique, surtout avec son casque de Guy Fawkes (qui est, si vous l'ignorez, un noble du XVIIe siècle célèbre pour avoir voulu tuer le roi d'Angleterre et faire sauter le Parlement). Comme dans le film, son identité est gardée secrète mais je n'ai pas trouvé cela frustrant. L'identité de V, c'est comme le nom du Docteur dans Doctor Who, une certaine partie de nous est curieuse mais l'autre partie sait très bien qu'apprendre ce secret, de percer ce mystère risque d'être encore plus décevant que la révélation elle-même du secret. Puis, de cette façon, V peut être personne et n'importe qui à la fois, cela lui permet d'être un symbole.

Image tirée du film


J'ai beaucoup aimé aussi sa relation avec Evey, jeune fille de 16 ans, qu'il a sauvé de policiers qui voulaient la violer. Evey peut paraître naïve et niaise aux yeux de certains lecteurs, mais elle a été écrite au départ pour représenter le peuple britannique : innocent mais inconscient, car endormi, elle n'a pas réellement conscience de l'horreur de la société dans laquelle elle vit, elle ne se rend pas compte de tout ce qui se trame, et le retour à la réalité sera brutal. Avec V, Evey va peu à peu ouvrir les yeux sur le monde qui l'entoure et, à son tour, vouloir se rebeller et commencer à se libérer. Outre ces deux personnages, on suit d'autres personnages, dont des personnes du gouvernement à la recherche de V qu'ils considèrent comme étant un terroriste. On jongle de l'un à l'autre.

Un seul petit bémol : le graphisme et les couleurs (qui semblent délavées) peuvent rebuter, j'ai eu moi-même du mal au départ mais en m'accrochant à l'histoire, j'ai fini par m'y faire. Le fait est que V pour Vendetta est une histoire terrible (dans le bon sens), et qu'il ne faut pas se laisser rebuter par les graphismes et les couleurs parce que l'histoire en vaut la peine ! D'autant plus que tout n'est pas à jeter dans le graphisme. Les couleurs peuvent être sombres et ombrées, ce qui se marie très bien au récit car il donne une ambiance sombre, une atmosphère inquiétante. Petit avertissement aussi : il faut aimer lire (beaucoup). V pour Vendetta est une bande-dessinée, certes, mais une grande place est laissée au texte, donc petite mise en gare à ceux qui aiment les bandes-dessinées légères.

Je pourrais continuer à dire beaucoup sur cette BD, mais ma critique risque d'être un peu trop redondante avec les nombreuses critiques qui existent sur cette oeuvre, et les mots ne suffisent pas pour décrire l'impression que m'a laissé V pour Vendetta. Si je devais seulement résumer la bande-dessinée en quelques mots : profond, sombre et puissant.

lundi 29 septembre 2014

La Maison de Soie - Anthony Horowitz.

L'auteur : Né le 5 avril 1955, Anthony Horowitz est un écrivain anglais, auteur de romans policiers pour la jeunesse ainsi que de pastiches holmesiens tels que La Maison de Soie ou Moriarty. Il est également scénariste à la télévision anglaise pour des feuilletons policiers (notamment des adaptations des aventures d'Hercule Poirot ou celles de l'inspecteur Barnaby).

Quatrième de couverture :

Un an après la mort de Sherlock Holmes, Watson entreprend de consigner l’une des enquêtes les plus noires qu’il a menées avec le célèbre détective... Londres, novembre 1890. Edmund Carstairs, marchand d’art, craint pour sa vie. Faute de preuves, Holmes ne peut qu’attendre. Le lendemain, ce n’est pourtant pas d’un meurtre, mais d’un vol dont Carstairs est la victime. Holmes l’avait prévu. Ce qu’il ne pouvait imaginer, en revanche, c’est qu’en confiant à Ross, l’un des Irréguliers de Baker Street, la charge de monter la garde, il l’envoyait en fait à la mort. Et qu’avec ce meurtre horrible, c’était ce que Londres a de plus sordide qui se révélait aux deux enquêteurs... « La partie reprend. » Et cette fois, Holmes et Watson n’en sortiront peut-être pas indemnes.

Mon avis :

Ce n'est plus un secret pour personne (du moins ceux qui suivent ce blog, d'ailleurs je tiens à remercier et féliciter ceux encore présent malgré mes nombreuses absences et le peu de mises à jour. Si vous êtes encore là, sachez que je ne vous lâcherai pas de sitôt !), je suis un peu holmesienne dans l'âme car Sherlock Holmes est l'un de mes grands amours littéraires, et ce billet ne sera pas le dernier que je ferais sur les aventures du détective et de son docteur et chroniqueurs. Pourtant je suis relativement méfiante des pastiches, j'ai toujours peur qu'ils dénaturent l'univers et les personnages (surtout Watson, bien souvent maltraité et écrit comme un gros bouffon idiot). Ainsi, lorsque La Maison de Soie est sorti, je ne me suis pas jetée dessus. Déjà lorsqu'on voit les critiques qui présentent l'auteur comme étant le digne héritier de Sir Arthur Conan Doyle, cela me donnait plus envie de reculer qu'autre chose. C'était comme comparer Stephenie Meyer à JK Rowling, quand on sait que les deux auteurs et œuvres respectives n'ont rien en commun. Au final, j'ai quand même tenté la lecture un moment où j'étais d'humeur à lire du Holmes. 

Verdict ? Plutôt agréablement surprise car l'auteur a voulu se faire le plus fidèle possible au canon holmesien pour nous pondre une intrigue plutôt intéressante et intrigante ! Une enquête intéressante qui flirte avec le danger, glauque, morbide et intelligente. On reste axé sur la logique, la psychologie et la science de la déduction. Bien que glauque, cette enquête n'est pas vraiment violente et gore, et l'horreur réside davantage dans le comportement des coupables, de leur psychologie. Nous avons une intrigue prenante, même si j'avais deviné quelques lignes, j'ai été dans le brouillard jusqu'aux révélations finales. Une intrigue à la hauteur donc !

Parlons un peu des personnages ! On reconnaît bien notre Holmes : ses méthodes de déduction, ses déguisements, son caractère parfois froid et abject, sa façon de doucement corriger Watson quand il fait une fausse déduction, et ses autres traits de caractère qui font de lui un personnage complexe et attachant. J'ai été aussi agréablement surprise de voir un bon Watson : celui qui n'est pas une lumière mais un faiseur de lumière, celui qui ne manque pas de courage et de volonté, le gentleman, celui qui suivrait toujours Holmes car cette aventure est narrée par Watson, et dévoilée par ce dernier des années après les faits, dans laquelle on peut deviner son amitié pour Holmes, comment il relate ses manies et ses habitudes. Le personnage de Watson et l'amitié entre les deux personnages sont ainsi plutôt bien respectées, pour mon plus grand plaisir.




 

Autres couvertures (en versions française et anglophone) qui ont été réalisées pour le roman


Respect du canon holmesien donc ! L'histoire reste raisonnable : des méchants conventionnels, pas de grosses révélation, pas d'intrigue violente, on voit bien que l'auteur n'a pas voulu prendre de risques. Il y a quand même de quoi satisfaire les fans avec les références et clins d’œil au canon, comme par exemple l'évocation de plusieurs nouvelles et romans de Doyle, l'utilisation d'ingrédients déjà vus dans le canon mais qui restent bien sympathique à (re)découvrir comme Holmes et ses déguisements qui parviennent à berner Watson, des petites apparitions de Mycroft, Lestrade qui admire Holmes, la présence des Irréguliers de Baker Street...

Nous avons cependant des bons rebondissements, une enquête intéressante, des scènes amusantes ou prenantes : la visite de Mycroft et la conversation entre les deux frères qui préfèrent utiliser la science de la déduction plutôt qu'un banal "comment vas-tu ? quelles nouvelles ?", ou ma préférée : la rencontre entre Watson et un certain professeur de mathématique [spoiler] le Napoléon du crime, Moriarty, qui avoue lire et apprécier les récits des aventures de Sherlock Holmes racontées par notre bon docteur. Vous aussi vous imaginez Moriarty attendre avec impatience qu'une nouvelle aventure sorte dans le Strand, et la lire attentivement, un peu comme un fanboy ? Je ne sais pas vous, mais j'adore l'image ! ]

Cette histoire est un bel hommage à Doyle, et au canon holmesien. Il y a respect de l'oeuvre avec une petite emprunte de modernité. On est plongé dans le Londres du XIXe siècle, entre les parties sombres de Londres et les côtés riches des bourgeois, où sont dépeint les états d'esprit, les endroits, les relations entre les personnages. C'est plutôt agréable à lire et c'est dynamique.

Extrait :

- Mon cher Sherlock, s'exclama Mycroft quand il entra en se dandinant. Comment vas-tu ? Tu as perdu un peu de poids, récemment, je remarque. Mais je suis content de te voir redevenu le même qu'avant.
- T'es-tu remis de ta grippe ?
- Elle n'était pas forte du tout. J'ai apprécié ta monographie sur les tatouages. Écrite la nuit, évidemment. As-tu souffert d'insomnie ?
- L'été a été désagréablement chaud. Tu ne m'avais pas dit que tu avais acheté un perroquet.
- Pas acheté, Sherlock, emprunté. Docteur Watson, c'est un plaisir. Même si cela fait presque une semaine que vous n'avez pas vu votre épouse, je gage qu'elle va bien... Tu reviens tout juste du Gloucesteshire.
- Et toi, de France.
- Mrs. Hudson s'est absentée ?
- Elle est rentrée la semaine dernière. Tu as une nouvelle cuisinière ?
- La précédente a démissionné.
- À cause du perroquet.
- Elle a toujours eu un pied levé pour partir.
Cet échange se produisit à une telle vitesse que j'eus l'impression d'assister à une partie de tennis, sans tourner sans cesse la tête tantôt vers l'un, tantôt vers l'autre. Mycroft nous invita à prendre le canapé et installa sa propre masse sur une chaise longue.

IX. L'avertissement.

dimanche 31 août 2014

Sommaire : Films



[ 1 ... 10 ]

- 10e Royaume, le. (The 10th Kingdom)

A ]

- Agora.
Alexandre / Alexandre Revisited. (Alexander)
- Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne, les. (The Adventures of Tintin: The Secret of the Unicorn)

B ]

- Black Swan.

C ]

Château ambulant, le. (Howl's moving castle)
Cinq Légendes, les. (Rise of the Guardians)

D ]

Dame en noir, la. (The Woman in Black)
Dans l'ombre de Mary : La promesse de Mary Poppins. (Saving Mr. Banks)
- Dark Shadows.
Discours d'un roi, (le). (The King's Speech)

E ]

- / -

F ]

- / -

G ]

Grande Illusion, la.
- Good Morning England. (The Boat that Rocked)

H ]

- / -

I ]

- Inglourious Basterds.

J ]

- Joyeux Noël.

K ]

- / -

L]

- / -

M ]

- Maléfique. (Maleficent)
- Melancholia.
- Mon voisin Totoro. (My neighbor Totoro)

N ]

- / -

O ]

- / -

P ]

- Poulet aux prunes.

Q ]

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R ]

- Rebelle. (Brave)
- Reine des neiges, la. (Frozen)
- Rite, le. (The Rite)

S ]

- Seigneur des anneaux : La communauté de l'anneau, le. (The Lord of the Rings: The Fellowship of the Ring)

T ]

- Tête en friche, la. (My Afternoons with Margueritte)
- Traversée du temps, la.

U ]

- Un monstre à Paris.

V ]

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W ]

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X ]

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Y ]

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Z ]

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lundi 25 août 2014

Antigone - Jean Anouilh.


L'auteur :


Jean Anouilh (23 juin 1910 - 03 octobre 1987), est un écrivain et dramaturge français. Vivant et écrivant pour le théâtre, il est l'auteur d'une oeuvre théâtrale abondante, mais parmi ses œuvres, la plus connue reste Antigone, réécriture moderne de la pièce de Sophocle, écrite pendant l'Occupation allemande, et qui connu un succès, mais aussi une polémique, dès sa sortie.



Emprunt médiathèque.






Quatrième de couverture :

"L' Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l'ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre."

Mon avis :

C'est compliqué de parler d'un livre qu'on a lu en une après-midi, surtout qu'Antigone m'a laissé une impression étrange tout au long de ma lecture. Acclamée par de nombreux lecteurs sur la blogosphère, sans avoir aimé ou détesté, j'ai trouvé cette lecture à la fois étrange mais intéressante.

Antigone est la fille incestueuse qu’Œdipe a eu avec sa mère, Jocaste. À la mort d'Œdipe, ses fils – Etéocle et Polynice – se sont disputés le trône du père jusqu'à s’entretuer. Etéocle fut porté en héros à Thèbes tandis que Polynice est considéré comme le frère disgracieux, le traître, ainsi le corps est laissé à l'abandon, condamné à pourrir à la vue de tous, tandis qu'on offre des funérailles nationales à Etéocle. Toute personne qui tente d'approcher et d'enterrer le corps est condamnée à être emmurée vivante. C'est très significatif car dans la Grèce antique, il fallait réserver au défunt des funérailles pour honorer son corps et assurer son voyage dans l'au-delà. Tout personne non enterrée avec les rites ne pouvait trouver la paix, et cela condamne son âme à errer pendant l'éternité.

Antigone est un personnage étrange, elle se démarque des autres héroïnes mythiques. Elle n'est franchement pas jolie, elle est petite, maigre, peu coquette, elle ne parvient pas à vivre en paix. Même lorsque son oncle essaye de la sauver d'une mort certaine, de la condamnation, elle ne peut se résoudre à vivre une vie simple. Pour elle, la vie doit être intense, violente, passionnée. Comme le dit son oncle, Créon, elle ressemble à son père, Œdipe, de ce côté-là. Ils ne peuvent se contenter de vivre une vie simple car la vie est faite de passions. Au départ, elle brave les interdits pour enterrer son frère dignement, mais plus tard elle avoue qu'il s'agira moins pour son frère, car au final elle n'était pas si proche que ça de ses frères, mais plus parce qu'elle tient à faire jusqu'au bout ce qu'elle a décidé de faire, elle tient à le faire pour elle, parce qu'elle en a décidé ainsi. C'est une rebelle assez obstinée qui causera bien du soucis à son oncle qui essayera maintes fois de la sauver. C'est un personnage têtu, tenace, qui n'a pas peur d'affronter la mort. Elle assume et défend jusqu'au bout ses idées. 

Elle a souvent évoqué en mois admiration mais souvent perplexité ! Elle défend ses idées jusqu'au bout, se dit prête à recommencer sans cesse ses tentatives d'enterrer son frère, mais avoue ne pas avoir été si proche que ça de lui, qu'elle regrette aussi son fiancé, Hémon (fils de Créon), et l'enfant qu'ils n'auront jamais. Alors que son oncle essaye de la sauver, elle enfonce le clou. Même si c'est un acte de résistance, de volonté de garder son libre-arbitre là où les autres essayent de forger son jugement, sa manière de penser, il y a quand même un certain égoïsme dans cette bravoure, cette rébellion face à Créon pour son frère décédé. Elle regrette le futur qu'elle n'aura jamais, une vie heureuse avec Hémon, mais tient à mourir pour ses actes. Beaucoup de lecteurs ont écrit avoir détesté le personnage de Créon, moi au contraire je trouve qu'il a offert toutes les issues possibles à Antigone pour la sauver, et qu'il m'a paru être un personnage intéressant. Il est une figure de vieil homme épuisé et usé par les exigences de la vie, un homme trop bon pour être un tyran (même si à la fin, il n'a d'autres choix que de condamner Antigone, de toute façon ce n'est pas une surprise, la fin est annoncée dès le début), et j'ai beaucoup aimé ses dialogues avec Antigone qui ont dynamisé la pièce.

Outre le personnage d'Antigone, cette pièce est très moderne et pas seulement dans la façon dont elle a été écrite. Cette histoire est une reprise du mythe d'Antigone, cependant il y a des éléments qui me font demander si la pièce ne se situe pas dans le monde moderne puisque des personnages parlent de carte postale ou de prendre un café... est-ce un mythe grec transposé dans un univers plus contemporain ? Sans compter les thèmes modernes comme les idéaux et l'importance qu'on accorde à ces idéaux, au point de s'y consacrer, de se sacrifier, cela m'a amené à me demander dans quel contexte cette pièce a été écrite car il est clair que le contexte historique a joué son importance dans l'écriture de cette pièce. J'ai appris plus tard que cette pièce date de 1942, soit en pleine occupation allemande, une période durant laquelle la Résistance s'affirme et les déportations massives de juifs également. Ce qui expliquerait donc les réflexions qu'on peut trouver dans l’œuvre sur les idéaux, la société, la vie, la mort et qu'Antigone, en elle-même, est considérée comme une figure de la Résistance car elle tient beaucoup à ses idéaux et s'y accroche jusqu'à la mort... car mine de rien, cette œuvre apporte quelques réflexions qui donnent à réfléchir ! C'est assez moderne, et pourtant le côté ancien de ce mythe s'accorde avec cette modernité, ce récit très actuel.

Cette œuvre m'a parfois laissé perplexe, mais elle est intéressante à lire. Antigone se rebelle contre la passivité de la vie,le temps qui passe et qui tue la passion de la vie, elle se rebelle contre les codes et les lois ; elle se réveille en enfant au début de l’œuvre et meurt en tant que femme, en ayant défendu ses idéaux jusqu'au bout. Le contexte historique dans lequel a été écrite cette œuvre est aussi important à discerner. L'auteur décrit aussi bien les sentiments humains. 

Extrait :

CREON

[…] Marie-toi vite, Antigone, sois heureuse. La vie n'est pas celle que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-là. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu'on grignote assis au soleil. Ils te diront tous le contraire parce qu'ils ont besoin de ta force et de ton élan. Ne les écoute pas. Ne m'écoute pas quand je ferais mon prochain discours devant le tombeau d'Etéocle. Ce ne sera pas vrai. Rien n'est vrai que ce qu'on ne dit pas...

Ce billet est une participation aux :


samedi 23 août 2014

L'Iliade - Homère.


L'auteur :

Homère, (du grec ancien Ὅμηρος / Hómêros), est le plus ancien poète qui nous soit connu. Aède (poète) de la fin du VIIIe siècle av JC, on lui reconnaît la paternité de L'Iliade et L'Odyssée, deux longs poèmes appartenant au genre de l'épopée, et qui ont longtemps été transmis par voie orale, de génération en génération. Le mystère plane encore aujourd'hui autour d'Homère : on ignore sa ville natale, sa date de naissance, sa date de mort, la paternité de ses œuvres, jusqu'à son existence même puisqu'il est difficile de savoir avec certitude si Homère fut un une personnalité historique ou plusieurs auteurs autour d'une seule identité construite ! Néanmoins, la place d'Homère dans la littérature grecque et même antique reste majeure, et qu'il est le principal représentant du genre épique, et qu'il a traversé les siècles de par ses deux œuvres magistrales.

Emprunt bibliothèque fac.


Quatrième de couverture :

Prélude, chant 1 - "Chante, déesse, la colère d'Achille, le fils de Pelée ; détestable colère, qui aux Achéens valut des souffrances sans nombre et jeta en pâture à Hadès tant d'âmes fières de héros, tandis que de ces héros mêmes elle faisait la proie des chiens et de tous les oiseaux du ciel - pour l'achèvement du dessein de Zeus. Pars du jour où une querelle tout d'abord divisa le fils d'Atrée, protecteur de son peuple, et le divin Achille."

Mon avis :

Alors, L'Iliade. Toute une histoire. Je connaissais les grandes lignes de l'histoire sans l'avoir lu et après l'avoir souvent croisé en cours. J'ai lu quelques critiques sur ce livre, et à leur lecture et au vu de certaines adaptations de l’œuvre, Hector me paraissait être le chouchou de beaucoup, et Achille vu comme une petite brute. Au final, et même si j'ai eu du mal à entrer dans le livre (mais ça, c'est ma faute, lire le premier chapitre, puis m'en désintéresser, tenter une nouvelle lecture alors que je n'étais plus d'humeur, puis comme pour L'appel du coucou, je me suis forcée à lire 50-100 pages tous les jours puis j'ai fini par m'attacher à l'histoire, son écriture et ses personnages), j'ai fait une excellente découverte et j'ai été surprise par l'écriture et certains personnages !



Achille pansant Patrocle,
kylix, 500 av JC.
Tout d'abord, L'Iliade, qu'est-ce que ça raconte ? On connaît tous, au moins, l'origine de la guerre: La déesse de la discorde, n'ayant pas été invitée au mariage de Pélée et Thétis (les parents d'Achille), décide de se venger en donnant à Pâris, prince de Troie, une pomme d'or qu'il devait donner « à la plus belle ». Trois déesses, Héra, Athéna et Aphrodite, se disputent la pomme et proposent à Pâris de le bénir avec ce qu'il souhaite s'il offrait la pomme à l'une d'entre elles. Pâris choisit Aphrodite et pour le remercier, la déesse lui offre l'amour d'Hélène, la plus belle femme du monde grec. Problème : Hélène est mariée au roi de Sparte, Ménélas. Cela n'a pas l'air de gêner Pâris plus que ça puisqu'il kidnappe la belle et l'emmène à Troie. Furieux, Ménélas et les grecs déclarent la guerre et décide d’assiéger Sparte. La guerre dure depuis dix ans lorsque commence le récit de L'Iliade et elle ne s'annonce pas bien pour les Grecs. En effet, obligé de rendre une femme qu'il a kidnappé d'un temple, Agamemnon – frère de Ménélas – décide de ravir à Achille une femme qu'il s'était approprié. Achille, obligé d'obéir, laisse donc partir la belle Briséis mais décide, en représailles, de ne plus prendre part au combat. C'est ainsi qu'il se retire du combat, suivi de son peuple, les Myrmidons, et son ami Patrocle. Grosse erreur que ce fut pour Agamemnon car Achille, fils d'une déesse et béni par les dieux, était le héros des Grecs et leur soldat le plus fort. Du côté des Troyens, le héros, c'est Hector, prince de Troie et frère de Pâris, béni par le dieu Apollon qui l'aide à sortir indemne des combats.

Évidemment, sans Achille, la guerre est un fiasco pour les Grecs et leurs alliés qui se font écraser à plate couture. Alors que les Troyens gagnent du terrain, les Grecs tentent de persuader Achille de revenir au combat mais rien n'y fait... Il faudra un coup du sort funeste pour persuader Achille de reprendre les armes... je m'arrête là, parce que je n'ai pas envie de raconter tout le livre et risquer de « spoiler » (même si c'est une histoire vieille comme le monde et que beaucoup, s'ils sont intéressés par la mythologie, devraient connaître ^^). Aussi, L'Iliade prend fin avant la fin de la guerre de Troie, donc si vous voulez lire cette œuvre, ne vous attendez pas à lire l'épisode du cheval de Troie, ni de voir beaucoup Ulysse qui, s'il fait bien parti du lot qui combattent contre les Troyens, n'est pas beaucoup présent et ne fait pas grand chose à part jouer les sages et se prendre des coups pendant les batailles... Non, ici, les héros de l'histoire, ce sont : Hector, Achille, Ajax, Patrocle majoritairement ainsi que les divinités qui sont omniprésentes. Il y a celles qui défendent les Grecs (Héra et Athéna, parce que Pâris ne leur a pas donné la pomme, donc les deux vengeresses veulent lui faire la peau, Poséidon aussi à un moment met en déroute les Troyens) et celles qui défendent les Troyens (Apollon, Aphrodite parce que elle, elle a eu la pomme), et Zeus dans tout ce bazar qui espère être neutre mais qui penche parfois en fonction d'un camp à la demande d'un personnage, même si la vérité c'est que tout est déjà prévu d'avance pour lui. Il sait qui va mourir, qui va faire quoi... donc s'il intervient, c'est pour s'assurer du bon déroulement des choses. Car tout est prévu d'avance !

Mais bon, autant dire que c'est un joyeux bordel et que, même si les hommes se battent, tout vient de la volonté des dieux. Au fur et à mesure que je lisais les combats, il me paraissait de plus en plus clair que c'étaient les dieux qui menaient la danse. L'un pouvait ramollir le courage d'un soldat, l'autre pouvait exciter un autre soldat à la bataille, ou lui souffler quoi faire, ou dévier un javelot de sa trajectoire d'un souffle. J'ai souvent eu l'image de dieux se servant des soldats comme de poupées avec lesquelles on joue à la guerre avec d'autres personnes et qui essayait de gagner. Les dieux se battent entre eux, et la guerre de Troie est leur champ de bataille. S'ils cherchent à faire gagner un camp, ce n'est pas pour les hommes, c'est pour eux-même. Héra et Athéna cherchent à se venger, Apollon et Aphrodite veulent protéger leurs chouchous, et Héra et Athéna ne manquent pas d'ardeur, et Héra est rusée et cruelle, capable de jouer des tours, pour tromper son mari qui veille à ce que tout se déroule comme prévu. Puis d'un côté, c'est amusant de les voir se disputer, c'est comme une dispute de famille mais en pire. Athéna fait pleurer Artémis qui va pleurer sur les genoux de papa, Athéna est furieuse parce qu'elle n'est plus la préférée de papa, Arès et Athéna se disputent comme frère et sœur, disputes conjugales entre Zeus et Héra... un joyeux capharnaüm chez cette famille très dysfonctionnelle!

Pour revenir aux mortels, arrogants et belliqueux comme les dieux, certains se révèlent
Couverture de l'édition
jeunesse, que  j'aime beaucoup.
être des êtres hors du commun (Hector, Achille, Patrocle...), ils ont des caractères et des qualités très humaines, mais il y a chez eux quelque chose de divin qui fait qu'ils dépassent les autres hommes, par leur force, leur ingéniosité... Patrocle, alors absent sinon discret pendant la première partie du livre, se révèle être un homme qui possède l'amitié et l'extrême confiance d'Achille, le seul que le héros grec voudra bien écouter, mais qui est aussi un combattant hors pair et très efficace [ il faut plusieurs divinités pour permettre à Hector de le tuer, c'est pour dire ! ], Achille s'est révélé être quelqu'un d'attachant, et de sensible, mais aussi redoutable. Hector m'a parfois semblé arrogant mais il est difficile de rester de marbre quand on voit quel brillant chef de guerre il fait, et son attachement à sa famille, malgré les bêtises de Pâris. Ah, en revanche, aucune sympathie pour Pâris, surtout au début du livre... et je déplore le peu de présence d'Ulysse, mais il se rattrape dans l'Odyssée, et malgré leurs défauts j'ai bien aimé Ménélas et Agamemnon, ainsi que ce pauvre roi Priam, ainsi qu'Andromaque. Hélène m'a laissé parfaitement indifférente.


J'ai été agréablement surprise par l'écriture d'Homère au fur et à mesure de ma lecture car Homère a une écriture très imagée. Il peut parler des éléments (une tempête par exemple) ou d'animaux violents ou majestueux pour comparer, pour refléter l'intensité d'un combat, les gestes d'un personnage, la violence des combats, la mort... c'est très intéressant et poétique à la fois, ce qui devait être très bien rendu à l'oral, et je me demande si je vais retrouver cette même écriture imagée dans L'Odyssée. Voici d'ailleurs un exemple :


Comme l'eau de la mer, enflée par les vents qui soufflent avec véhémence du milieu des nuées, assiège une nef rapide et la couvre tout entière d'écume, tandis que le vent frémit dans la voile et que les matelots sont épouvantés, parce que la mort est proche ; de même le cœur des Achéens se rompait dans leurs poitrines.
(Chant XVI)

Il est d'autant plus intéressant de voir que de nombreux personnages sont suivis par un qualificatif : Héra aux bras blancs, l'ingénieux Ulysse, Athéné aux yeux de chouette, Achille aux pieds agiles, Diomède le dompteur de chevaux, Hélène à la chevelure dorée... J'ai été donc charmée par l'écriture, en même temps que l'histoire. Pourtant, Dieu sait à quel point ce livre a exigé de moi une bonne dose de concentration et de patience, surtout quand Homère nous raconte la (longue) généalogie d'un personnage, et les combats sont nombreux aussi.


Ce qui est logique car l'Iliade, ça parle de la guerre et pas n'importe laquelle, la guerre de Troie, mais pas que ! L'Iliade ne se limite pas qu'à raconter des batailles, car c'est aussi une histoire de soldats et des codes d'honneurs de la guerre et des règles à respecter : par exemple, quand un soldat en tue un autre, il prend son armure et ses armes comme trophées, mais il laisse le corps tranquille pour permettre aux camarades du défunt d'emporter le corps pour lui réserver les funérailles qu'il mérite car le respect aux morts et les funérailles sont très important dans le monde grec. Ne serait-ce que pour permettre au défunt d'entrer en un seul morceau dans le monde des morts, mais aussi parce que les Grecs organisent des fêtes, des jeux et des banquets en l'honneur du défunt [ exemple des funérailles de Patrocle ], mais le deuil est aussi assez spectaculaire : on s'arrache les cheveux, on pleure, on hurle, on se tape la poitrine... comme cela se faisait dans l'Antiquité grecque. Ce livre, c'est donc un moyen de comprendre un peu les mœurs du monde grec, même si ici c'est à la guerre et dans la mort, et aussi un peu la religion car les divinités sont omniprésentes et que les hommes les respectent et les craignent et font de nombreux sacrifices et offrandes. C'est donc aussi une histoire d'hommes (et femmes aussi) qui aiment et qui souffrent à cause de la guerre, qui sont confrontés à la perte d'un être cher [ Achille vis à vis de Patrocle, Priam et Andromaque pour Hector... ] Une véritable épopée tragique dans laquelle la destinée des hommes est tracée dès le début...

En résumé : Il m'a fallu beaucoup de patience et de concentration pour avancer dans cette épopée et l'apprécier, cette histoire s'est révélée être une véritable épopée tragique mais intéressante, avec des personnages et des héros hors du commun, qui aiment, qui combattent, qui souffrent. L'écriture d'Homère est très imagée et très appréciable, et nous permet, à travers son histoire, de nous révéler un peu du monde grec. Après, j'essaierai de voir vers quelle oeuvre me tourner pour lire la fin de la guerre de Troie, ainsi que l'épisode du cheval. Je terminerais mon avis avec cette citation que j'ai trouvé et qui, je trouve, résume bien l'oeuvre : "Pour vaincre à la guerre, il faut savoir tuer. Quant aux dieux, qu’ils prennent plutôt pitié des hommes et les laissent vivre en paix."

Extrait :

[...] La noire nuée de la douleur enveloppa Achille, et il saisit de ses deux mains la poussière du foyer et la répandit sur sa tête, et il en souilla sa belle face ; et la noire poussière souilla sa tunique nektaréenne ; et, lui même, étendu tout entier dans la poussière, gisait, et des deux mains arrachait sa chevelure. Et les femmes, que lui et Patrocle avaient prises, hurlaient violemment, affligées dans leur cœur ; et toutes, hors des tentes, entouraient le belliqueux Achille, et elles se frappaient la poitrine, et leurs genoux étaient rompus. Antiloche aussi gémissait, répandant des larmes, et tenait les mains d'Achille qui sanglotait dans son noble cœur.
Et le Nestôride craignait qu'il se tranchât la gorge avec l'airain.

Chant XVIII.


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