vendredi 29 novembre 2013

Le Fils de Sobek - Rick Riordan.


Du même auteur :











Quatrième de couverture :

La rencontre de Percy Jackson et de Carter Kane.

« Oui, c’est vrai, je l’ai fait ! Mes fans me le demandent depuis des années, alors j’ai décidé de me lancer ! Jetons Percy et Carter dans un grand dilemme gréco-égyptien et voyons voir ce que cela donne, me suis-je dit !
Je me suis tellement amusé à écrire cette nouvelle ! »
Rick Riordan.

Mon avis :

Une rencontre entre Percy Jackson et Carter Kane, les fans l'ont rêvé, Rick Riordan l'a fait !
J'en rêvais moi-aussi en lisant le premier tome des Chroniques de Kane, et pas seulement parce qu'une rencontre entre les deux héros de Rick Riordan me tentait beaucoup, mais aussi parce qu'une éventuelle rencontre entre les deux héros semblait bien possible, avec les références et clins d’œil à la saga Percy Jackson dans La Pyramide Rouge, notamment quand Carter tombe sur un livre de Percy Jackson en fouillant une bibliothèque ou lorsqu'Amos mentionne à Carter et Sadie que, de l'autre côté de Manhattan se trouvaient d'autres dieux et d'autres problèmes, et que c'était pourquoi les magiciens et dieux égyptiens n'intervenaient jamais de ce côté de la ville. J'ignore si l'auteur s'est amusé à écrire d'autres références à Percy Jackson dans les tomes suivants, mais ceux posés dans le premier tome donnent envie de découvrir ce que pourrait donner la possibilité d'une rencontre entre les héros des deux sagas.


Le dieu Sobek.

Après lecture de l'histoire, il y a une remarque qui me vient immédiatement aux lèvres : c'est trop COURT ! Le fils de Sobek est en effet une nouvelle, et non un roman ; or, c'est plutôt un roman qu'il faudrait écrire avec Carter et Percy, bien que je comprenne que l'auteur ait fait une nouvelle : c'est court, a choisi de ne pas prendre en compte de tout, pour mieux laisser les fans sur leur faim, et nous laisse la possibilité d'une nouvelle rencontre (qui se fera dans un futur plus ou moins proche, j'espère), je suppose que c'est déjà heureux qu'il ait écrit une rencontre entre Percy et Carter, même s'il a choisi de ne pas tout dévoiler, de ne pas tout déballer d'un coup, surtout qu'à l'origine, ils ne devaient pas se rencontrer : les demi-dieux grecs et les magiciens égyptiens ne sont pas supposer se rencontrer et interférer dans les affaires de l'autre, donc entre Percy et Carter, c'était déjà un peu la rencontre la plus improbable qui soit pour eux mais c'est ça qui est séduisant : la rencontre entre deux univers différents, deux personnages différents : Percy, la tête brûlée qui n'a pas la langue dans sa poche, mais attachant par son humour désopilant et son courage et sa loyauté sans limite et Carter, plus réfléchi et prudent mais non pas dénué de courage et de loyauté quand il le faut.



Et la rencontre est à la hauteur de mes espérances, il était évident que la rencontre se ferait quand l'un interférerait, même accidentellement, dans les affaires de l'autre, qu'elle se fasse dans l'action, en plein combat, en combattant un crocodile géant, sorti tout droit de la magie de Sobek, divinité égyptienne mi-homme mi-crocodile. S'ajoute à cela l'ignorance de ce qu'est l'autre, de ne pas savoir si l'autre est un ami ou un ennemi considérant le fait qu'il semble parler de choses inconnues et qu'il a des pouvoirs que ne parvient pas à identifier l'autre... bien que Carter finit par deviner un peu ce qu'il se passe, sans jamais oser trop demander ou aller trop loin. Ainsi, leur rencontre était à la hauteur de mes espérances, le tout combiné avec l'ignorance de ce qu'est l'autre et leur humour à tous les deux (pour ne donner qu'un exemple, Carter raconte que : "Ce n'était déjà pas marrant de me faire avaler par un crocodile géant, mais devoir en plus me farcir un m'as-tu-vu et son épée étincelante... Un vrai cauchemar !"), et le fait que ce soit uniquement Carter et Percy est très appréciable (ne le prenez pas mal, j'aime bien Sadie et Annabeth, mais je pense que c'était mieux que, pour une première rencontre, ce soit d'abord les deux garçons... la combinaison de l'humour de Percy et des sarcasmes de Sadie auraient été un peu trop explosif pour une nouvelle et pour la première rencontre... même si une rencontre Carter/Annabeth est alléchante, vu que les deux sont de vrais cerveaux et dictionnaires de connaissances, même Percy l'a remarqué !)

Ainsi, ce mélange mythologie grecque/mythologie égyptienne via le mélange des deux univers est alléchant, on en a eu qu'un bref aperçu de ce que ça peut donner et diantre, que ça donne envie ! Ce qui donne encore plus l'envie d'espérer que Rick Riordan n'en a pas fini avec ces deux-là et qu'il fera une nouvelle rencontre un jour (si possible après avoir fini sa saga Les Héros de l'Olympe que je dois découvrir d'ailleurs), avec nos deux garçons qui découvrent à peine qui est l'autre, qu'il y a d'autres dieux avec d'autres problèmes, d'autres monstres et d'autres conflits, et l'acte de Carter en fin de nouvelle laisse entendre que lui et Percy pourraient se revoir. Ils viennent à peine de se rencontrer, de faire connaissance et de découvrir qui est l'autre (combattre des monstres grecs ou égyptiens laisse rarement le temps pour discuter) et de sympathiser, ce serait dommage d'en rester là, mais pour une première rencontre, ce fut intéressant, l'auteur a su ne pas trop dévoiler en une nouvelle et rendre l'histoire intéressante, drôle et divertissante, je dirais même : j'en veux plus !!


Extrait :

Cette conversation commençait à me donner mal à la tête. Elle me rappelait un séjour en Ecosse où mon père - un célèbre égyptologue, devait donner une conférence. J'avais tenté de communiquer avec les gens du coin mais environ toutes les trois phrases, leur anglais se muait en une langue étrange et incompréhensible. Prononciation, vocabulaire, tout était différent. Je ressentais la même chose en écoutant Percy : lui et moi parlions presque la même langue - magie, monstres etc - mais pas avec les mêmes mots.

Ce billet est une participation au :


jeudi 28 novembre 2013

Challenge Nothomb.


Organisé par Chinouk, ce challenge propose à qui le souhaite de découvrir ou redécouvrir les romans d'Amélie Nothomb et ce, pendant une durée d'un an, jusqu'au 31 décembre 2014, et propose également quatre niveaux de lecture :

- Le niveau Mercure : lire un à cinq romans de l'auteur.
- Le niveau Catilinaire : lire cinq à dix romans de l'auteur.
- Le niveau Kobe : lire dix à quinze romans de l'auteur.
- Le niveau Rinri : lire les 22 romans de l'auteur.

Il y a possibilité de s'inscrire sur le topic sur Livraddict ou directement sur le blog de l'auteur du challenge. Pour ma part, je pense prendre le niveau Mercure qui me paraît déjà bien, mais je sais que j'aurais toujours la possibilité de changer de niveau en cours de route.

Bien que ne me considérant pas "fan" d'Amélie Nothomb, j'ai pourtant lu sept romans de la dame au grand chapeau sans avoir été déçue, et toujours dans ma découverte de ses romans dès que je suis d'humeur et que j'ai le temps. J'aime retrouver dans ses romans des personnages aux prénoms étranges, des références culturelles, le genre d'histoire courte et pas prise de tête, son ironie, son humour noir que l'on retrouve parfois, des histoires dérangeantes ou troublantes ou même étranges, sinon originales mais toujours décalées et satiriques. Voici d'ailleurs les romans que j'ai lu et chroniqué ici, pour les curieux :


Et mes participations au challenge : Le fait du prince. / Journal d'Hirondelle. / ...

jeudi 14 novembre 2013

Les chroniques de Kane (T.1) La pyramide rouge - Rick Riordan.


Du même auteur :


- Le fils de Sobek. (à venir)









Quatrième de couverture :

Les pharaons ne sont pas tous morts. Et les dieux d'Egypte non plus !
C'est ce que Sadie et Carter Kane découvrent, en apprenant qu'ils sont eux-mêmes les descendants de puissants magiciens. C'est sur eux que repose la responsabilité d'empêcher Seth, le dieu du Chaos, de revenir sur Terre. Ils ne seront pas seuls pour accomplir leur mission : la déesse Isis et son fils Horus vont leur prêter main forte !

Mon avis :

Je vous avais déjà parlé un peu de Rick Riordan sur ce blog il y a environ deux ans, après avoir dévoré sa saga Percy Jackson qui était un délicieux mélange de mythologie grecque et de notre monde moderne, saupoudré d'humour, enrobé d'action à la ricaine avec un zeste de drame et de romance. Le tout donnant une sympathique saga jeunesse qui a le mérite d'être divertissante et de nous offrir une histoire qui se laisse lire... ou dévorer. Férue de mythologie, j'ai rapidement succombé à Percy Jackson et ai placé Rick Riordan sur la liste des auteurs-pas-encore-en-phase-d'être-un-de-mes-auteurs-préférés-mais-est-prometteur-et-donc-susceptibles-d'être-mon-prochain-auteur-chouchou. Ces derniers temps, son écriture et ses romans mélangeant la mythologie et la littérature jeunesse me manquaient beaucoup, ainsi j'ai pris le seul livre de lui qui était dans ma PAL.

Carter et Sadie Kane sont frère et sœur, pourtant, rien ne le laisse paraître. Tant par la différence physique qu'au niveau du tempérament ou du mode de vie. Orphelins très tôt de leur mère, les grands-parents maternels obtiennent la garde de Sadie - 12 ans, une rebelle aux cheveux blonds et au franc parler - qui passe sa vie en Angleterre pour ne voir son père et son frère que deux fois par an ; tandis que Carter - 14 ans, afro-américain, passionné d'Egypte et de mythologie égyptienne, calme et sérieux - reste auprès de son père, Julius Kane, égyptologue de renom, qui voyage à travers le monde, de pays en pays. Alors que Julius et Carter se rendent en Angleterre pour voir Sadie, à l'occasion de noël, et qu'il les emmène au Bristish Museum, Julius tente une expérience peu orthodoxe et énigmatique sur la Pierre de Rosette et relâche involontairement des individus peu ordinaires... avant de disparaître de façon très étrange !



Carter Kane.

Comme certains d'entre vous peuvent le savoir, je suis une férue de mythologie. Ma préférée depuis l'école primaire, c'est la mythologie grecque, mais le crush, avant, c'était la mythologie égyptienne et les romans/livres/documents sur l'Egypte Ancienne en général, ainsi j'ai été ravie que Rick Riordan s'essaye à la mythologue égyptienne, un peu de la même façon qu'avec Percy Jackson et si pour ce premier tome, je n'ai pas rencontré le coup de cœur que j'ai eu pour Percy Jackson, j'ai passé un très bon moment et ai englouti le roman en peu de temps. Ici, le roman est narré par deux personnages : Sadie et Carter, avec un changement de narrateur tous les deux chapitres. J'ai bien aimé ce procédé, les deux personnages ont une voix forte, qui sont attachants et ont plein de ressources ; même si j'avoue que ma préférence va à Carter qui est beaucoup plus calme, plus réfléchi et crédible que sa sœur qui, elle, est une vraie bombe à retardement, qui fait tout d'instinct et qui a son franc-parler. 


Carter est plus crédible dans le sens où Sadie croit rapidement en l'existence de divinités égyptiennes et trouve tout cela logique alors que Carter, malgré toutes les choses étranges qui se sont déroulées, a du mal à y croire et prendre cela au sérieux et met plus de temps à y croire. Tout comme je trouve incroyable que Sadie - en plus de croire rapidement que les dieux d'Egypte existent et qu'il existe aussi des magiciens égyptiens - a un pouvoir plus conséquent et qu'elle semble plus importante que son frère. J'imagine que je suis frustrée car on accorde un peu moins d'importance à Carter qui a moins de facilité à manier ses pouvoirs. Cependant, j'ai beaucoup aimé l'évolution de leur relation : au départ, ce sont des étrangers l'un pour l'autre, autant dire qu'ils s'entendent aussi bien que chat et chien et que Sadie ne peut pas s'empêcher de balancer des piques désagréables à son frère, mais au fur et à mesure qu'on avance dans le roman, ils doivent travailler en équipe et apprennent peu à peu à se faire confiance, à lire sur le visage de l'autre, à s'inquiéter pour l'autre, même à deviner les intentions de l'autre et au final, même s'ils s'envoient toujours des piques de temps en temps, il y a un lien qui existe entre eux et une entente qu'il n'y avait pas avant. J'ai aussi apprécié le fait que l'un comme l'autre est persuadé que c'est l'autre qui a eu la meilleure vie : Carter aurait aimé une vie tranquille, sans avoir à bouger partout dans le monde, il aurait voulu avoir des racines dans un lieu, avoir des amis, aller à l'école, être comme les jeunes de son âge, réagir comme un jeune de son âge au lieu de devoir être mature avant l'heure ; Sadie, elle, aurait aimé passer toute l'année avec son père, voyager dans le monde, découvrir des pays, s'échapper de Londres où elle est vue comme hors-norme.

La mythologie égyptienne est bien exploitée : ni trop peu, ni pas assez. Nous avons l'occasion de rencontrer des dieux tels qu'Isis, déesse magicienne, son fils Horus, dieu de la guerre et un peu imbu de sa personne mais assez attachant dans un sens, Thot, dieu nerd, inventeur du langage et de l'écriture, Bastet, déesse chat très protectrice de ses deux chatons (à savoir Carter et Sadie) et amatrice d'armes tranchantes, Seth, dieu du chaos avec une personnalité intéressante et juste hilarante par moment ("Maintenant, faites un vœu !" et pouf ! Osiris out !), Anubis, dieu des morts, présenté sous les traits d'un jeune homme séduisant et ténébreux, et encore d'autres présents ou mentionnés comme Geb, Nout, Apophis, Osiris, Nephtys, Sekhmet, Sobek... On fait la connaissance de plusieurs divinités, dont certaines intéressantes, avec une histoire et des liens familiaux intéressants à exploiter, notamment entre Isis, Horus et Seth. J'ai aussi eu le plaisir de lire deux scènes de la mythologie égyptienne sous la plume de l'auteur, notamment celle où Seth piège Osiris dans un sarcophage.

Comme pour ses autres romans, Rick Riordan a une écriture très vivante, très dynamique. L'action démarre dès les premières pages et ne faiblit pas tout au long de l'intrigue, on a même un peu trop d'action, presque à chaque chapitre il se passe quelque chose et les personnages doivent fuir ou se battre, je suppose que c'est typiquement américain de saupoudrer une histoire d'une tonne d'action ? J'aurais voulu un peu moins d'action, même si je dois avouer qu'on ne s'ennuie pas. Suspense et rebondissements sont au programme, avec quelques petites révélations. Le dénouement est plutôt satisfaisant, bien que je commencer à me douter qu'un certain personnage se serait pas le grand méchant loup de la série. Néanmoins, je crois pouvoir affirmer que Rick Riordan fait preuve d'un certain génie lorsqu'il s'agit de raconter des histoires reprenant les mythologies anciennes et de les mélanger à notre monde moderne et d'en faire une histoire drôle, dynamique, riche en détails amusants et intéressants, bien construite, avec plein de rebondissements, de révélations et retournements de situation !

On notera bien-sûr qu'il utilise à peu près la même recette que dans Percy Jackson, cependant, j'ai plaisir à voir qu'il n'a pas cherché à renouveler et de céder à la facilité en faisant la même chose que pour ses autres romans, par exemple ici, il n'y a pas d'enfants demi-dieu, né d'un(e) mortel(le) et d'une divinité. Ça fonctionne chez Percy Jackson car les dieux grecs sont connus pour faire des gosses à droite à gauche, et qu'ils ont déjà engendré des demi-dieux, ce qui n'est pas le cas dans la mythologie égyptienne où ici on aura plutôt des magiciens utilisant de la magie comme pratiquée dans l'ancienne Egypte avec quelques modifications, et des magiciens qui sont parfois des hôtes à des dieux. Donc, ça a beau ressembler un peu à Percy Jackson, je pense qu'on sent quand même un travail de recherche avec de bonnes références, et une passion de l'auteur pour la mythologie. Sinon, ce fut une lecture bien satisfaisante et je lirai sans peine la suite un jour (... dès que le tome deux sortira en version poche !)


Extrait :

Il faut te dire que papa n'a le droit de la voir [Sadie] que deux jours par an, un en été, un en hiver. Tout ça parce que nos grands-parents le détestent. Quand maman - leur fille - est morte, ils ont engagé une bataille judiciaire contre lui. Après avoir usé six avocats, deux explications à coups de poing et une agression à la spatule qui aurait pu être fatale (crois-moi, mieux vaut ne pas connaître les détails), ils ont obtenus le droit de garder Sadie. Elle avait six ans, moi huit. Ils ne pouvaient pas nous élever tous les deux - enfin, c'est ce qu'ils ont raconté. Aussi, à elle la vie tranquille en Angleterre pendant que je faisais le tour du monde avec papa. Donc, on voyait Sadie deux fois par an, et ça m'allait très bien comme ça.

1. L'aiguille de la mort.

Ce billet est une participation au challenge :


Broderies - Marjane Satrapi.

Broderies, de Marjane Satrapi.


En marge de Persépolis, à la fois dans la forme et dans le sujet, Marjane Satrapi profite de la collection Côtelette pour réunir des anecdotes vraies de femmes Iraniennes. Chez les Satrapi, lors des fêtes de famille, le ventre bien rempli et les hommes à la sieste, les femmes se réunissent autour d'un samovar pour pratiquer la "ventilation du cœur " : c'est à qui racontera l'histoire la plus croustillante, et l'on comprendra bientôt le sens ambigu du terme Broderies.





Cela fait déjà un petit bout de temps que j'ai fait connaissance avec les œuvres de Marjane Satrapi et leurs adaptations, et je ressortais toujours de chaque rencontre avec un avis positif. Sans me considérer comme une fan, je prends plaisir à lire les BD concoctées par l'auteur. En ce moment à la fac, manque de temps pour pouvoir lire un roman digne de ce nom, je me rabats sur les mangas et BD qui ont l'avantage de me faire passer un moment de divertissement et de ne pas m'accaparer beaucoup de temps de lecture. Ainsi, quand j'ai eu la surprise de découvrir une BD signée Marjane Satrapi à la bibliothèque de la fac, je n'ai pas hésité.

A l'instar des deux BD chroniquées ici, Marjane nous livre un peu plus de sa famille à travers le crayon. De Persépolis, on se souviendra bien-sûr de la grand-mère de Marjane et de son caractère si particulier mais qui la rendait attachante, un personnage difficile à oublier que nous retrouvons ici en compagnie de sa petite-fille, Marjane, et d'autres femmes de la famille qui, après un dîner de famille, s'accordent un moment à elle. C'est le moment privilégié du samovar où les femmes de la famille boivent du thé longuement préparé tout en papotant. Papoter n'est cependant pas le mot adéquat, plutôt  assister à une séance de ventilation du cœur, joliment nommé par la grand-mère qui affirme que : "parler derrière le dos des autres est le ventilateur du cœur". Ainsi, sept femmes se retrouvent après le dîner, laissant leurs hommes entre eux, pour ventiler, principalement sur les femmes de la famille et leurs déboires amoureux et sexuels.

Ainsi, la grand-mère racontera une anecdote amusante sur une ancienne amie qui, de leur jeunesse, est venue un jour la voir, désemparée, car elle était promise en mariage et qu'elle avait perdu sa virginité avec un amant et qu'elle redoutait la réaction de son mari s'il venait à apprendre que la belle n'est pas aussi pure qu'il ne le pensait. La grand-mère lui offrit alors une astuce pour sauver la mise... On passe au récit d'une autre femme qui, malgré un mariage et quatre enfants, ne vit jamais un sexe et des organes masculins et Grand-Mère de rétorquer "Tu n'as rien raté !". Vient le récit d'une tante de Marjane qui a été forcée d'épouser, à l'âge de 13 ans, un homme de 56 ans son aîné... et qui a choisi de s'enfuir, la nuit de noce venue, chez sa tante aux idées plus modernes. Une autre femme parlera de ses amours avec des européens. Marjane parlera d'une amie qui, pour "libérer" son amant de l'emprise d'une mère trop encombrante, a utilisé des moyens peu orthodoxes... et d'autres histoires s'ajoutent à cela.

En plus d'apporter des éléments biographiques sur sa famille, l'auteur nous montre à travers ces histoires la place de la femme en Iran avec le poids des coutumes et de la société iranienne, leur émancipation progressive, entre conservateurs et modérés. Par chance, la famille de Marjane est plus libérée, moderne et non coincée dans les traditions conservatrices. Nous avons ici affaire à un groupe de femme aux expériences diverses et issues de différentes classes sociales, ce qui nous permet d'explorer leur condition : mariage arrangé, port du voile, virginité... mais qui nous éloigne des images des femmes en Occident que l'on perçoit comme cloîtrées, battues et exploitées.

Comme d'habitude, la présence de la grand-mère est très appréciée. C'est une femme de caractère, opiomane, qui s'est mariée trois fois, qui respecte son mari mais n'a pas peur de lui demander d'aller voir ailleurs si elle y est. J'aime son franc parlé, sa façon de voir et prendre la vie, c'est un personnage hors-norme et je regrette qu'on sache peu de choses de sa vie. J'aime beaucoup aussi le personnage de la mère de Marjane, qui me séduit par sa modernité dans un pays qui ne l'est pas forcément. Elles détonnent dans une société traditionaliste.

Cet ouvrage est une petite source de divertissement, une agréable bouffée d'air et un parfait exutoire pour les femmes en mal d'amour, sans tabou et avec humour, avec des thèmes comme le mariage, la sexualité, la virginité, la liberté. L'auteur nous offre des histoires divertissantes mais touchantes, racontées sans mièvrerie. L'auteur va droit au but dans une BD où le décors reste simple, naturel, mais le décors n'a pas d'importance ici, l'essentiel reste l'humain et surtout les femmes qui nous livrent leurs expériences et leur façon d'envisager l'amour, le mariage et la fidélité. C'est assez provocateur et féministe... autant dire que les hommes n'ont pas toujours le beau rôle dans cette BD , gentiment étiquetés et justement critiqués, même si je dois saluer le mot de la fin dite par le grand-père après s'être "gentiment" fait rabrouer par sa femme : "Quand le serpent vieillit, la grenouille l'enc*le".

Petit extrait : "Le mariage, c'est comme à la roulette : des fois on gagne, souvent on perd."