dimanche 28 avril 2013

Le Livre de la Jungle / Le Second Livre de la Jungle - Rudyard Kipling.




L'auteur :

Rudyard Kipling (30 décembre 1865 - 18 janvier 1936), est un écrivain britannique qui s'est beaucoup illustré dans les romans dont les plus célèbres restent Kim et Le Livre de la Jungle. Il est également l'auteur de nombreuses poésies (Tu seras un homme, mon fils pour ne citer qu'un exemple) et nouvelles.


Lecture en ligne :
- Le Livre de la Jungle : VF. / VO.
- Le Second Livre de la Jungle : VO.

Emprunt médiathèque & emprunt bibliothèque fac.



Quatrième de couverture :

Recueilli et élevé par des loups, un jeune garçon fait l'apprentissage de la vie au milieu des animaux de la jungle. Guidé par la panthère Bagheera et par l'ours Baloo, le petit homme, maintenu dans l'ignorance du danger qui le guette, fera d'incroyables rencontres : de la troupe des singes Bandar log à la compagnie d'éléphants du vénérable Hathi. Son retour à la compagnie des hommes sera semé d'épreuves face au menaçant Shere khan et Kaa, le serpent hypnotiseur. Mowgli échappera-t-il aux pièges qui lui seront tendus ?

Mon avis :

Lus ce mois-ci, ces deux romans m'ont donné l'occasion de découvrir l'oeuvre d'origine, après avoir été nourrie aux Disney, et de voyager dans les jungles d'Inde en compagnie des animaux sauvages et du petit d'homme, Mowgli.  Comme beaucoup, je connaissais l'histoire adaptée par Disney et j'ai décidé de mettre le nez dans l'original, de revenir aux sources. C'est assez différent de l'adaptation que l'on connaît mais j'ai beaucoup aimé cette virée dans la jungle indienne.

Ces romans suivent à la fois une histoire, mais certaines parties peuvent à la fois faire partie de l'histoire ou en être indépendantes, certaines sont comme des nouvelles bien que l'on se situe toujours dans la jungle avec ses animaux sauvages typiques mais qui nous permettent de découvrir par différents aspects la vie de Mowgli, le petit d'homme trouvé dans la jungle. L'histoire commence un peu de la même façon que son adaptation chez Disney, Mowgli est alors un tout jeune bébé perdu dans la jungle, sans le moindre signe de ses parents. On soupçonne l'attaque du tigre boiteux, Shere Khan le redoutable. La chance sourit à Mowgli et lui permet d'être trouvé puis rapidement adopté par une famille de loups qui accueillent le petit d'homme comme s'il était un de leurs louveteaux. Mowgli échappe donc à une mort certaine et grandit dans la jungle en compagnie des loups, ainsi que du vieil et sage ours Baloo et la panthère Bagheera qui se sont acquis la tâche de protéger et d'éduquer le petit d'homme, car la jungle reste dangereuse pour quiconque ne la connaît pas et c'est à Mowgli que d'apprendre à vivre dans sa chère Jungle et de respecter ses lois. Mais l'ombre menaçante de Shere Khan gronde car le tigre s'est juré d'attraper un jour Mowgli et de le tuer car il est une proie et qu'un enfant d'homme n'a pas sa place dans la jungle...

Ce qui m'a beaucoup intéressé était l'éducation de Mowgli par Baloo et Bagheera. Baloo, en fier et strict professeur, apprend à Mowgli la vie sociale du monde des animaux de la Jungle et les lois de la Jungle auxquelles ils sont tous soumis. Il lui apprend les différents langages des animaux, comment saluer certaines espèces afin de ne pas les froisser, comment chasser ou cueillir des fruits, comment grimper aux arbres, comment bien reproduire le cri d'un animal, quels aliments sont comestibles et comment les repérer, comment nager, comment se défendre dans la Jungle... Baloo est ici un professeur dévoué mais qui n'hésitera pas à coller des claques à Mowgli si celui-ci ne se conduit pas en élève docile et motivé, au grand désarroi de Bagheera qui reproche à Baloo sa brutalité et en le priant de ne pas trop faire mal à son "petit frère". Baloo est ici un vieux professeur strict et Bagheera fait un peu mère poule qui s’offusque dès que Baloo punit son cher élève. Mais ces deux personnages sont attachants et tous deux sont très attachés à leur petit d'homme. On est donc très loin du nounours qui chante "Il en faut peu pour être heureux" !

Image tirée de l'adaptation de Disney, sortie pour la 1ère fois en 1967, avec l'ours Baloo, Mowgli et la panthère Bagheera.


Nous suivons ainsi plusieurs épisodes de la vie de Mowgli : son arrivée dans le clan des loups, son éducation par Baloo, son enlèvement par les singes et Baloo et Bagheera qui doivent demander l'aide de Kaa le vieux python aveugle pour retrouver Mowgli et l'arracher des pattes des singes, la revanche de Mowgli sur Shere Khan, Mowgli dans le village des hommes jusqu'à l'exclusion de Mowgli du village des hommes car ceux-ci le rejettent car ils le craignent et ne le considèrent pas comme l'un des leurs ; Mowgli ayant grandit dans la jungle, il ne peut pas se défaire d'elle ou cesser de parler aux animaux comme si c'étaient ses frères, ainsi il n'a pas la même vision des choses, pas la même mentalité que les hommes du village. On le voit pendant la lecture, Mowgli est parfois interloqué par les mœurs et traditions des humains qu'il considère comme étonnantes, sinon idiotes, il le dira plus d'une fois d'ailleurs. Cet enfant sauvage, ami des animaux de la jungle comme les loups, n'a pas sa place parmi les hommes. Il parle la langue des Loups et commande l'un d'eux, et les hommes ne le comprennent pas et par conséquent, ont peur de lui et le rejettent.

Toutes les histoires, cependant, ne suivent pas forcément Mowgli, je me rappelle dans le second tomes quelques histoires consacrées aux légendes sur la Jungle, aux histoires que se racontent les animaux de la Jungle sur la Jungle elle-même et les premiers animaux qui y ont vécu. Ces animaux qui vivaient en parfaite harmonie, en se contentant de manger des fruits et boire l'eau de la rivière, herbivores et carnivores s'entendaient à merveille. Il n'y avait qu'un animal pour chaque espèce et le tigre, par exemple, n'avait pas de rayures noires. Tout a changé le jour où le Tigre goûta de la chaire d'un des animaux et y pris goût. Il devint alors carnivore et commença à chasser, obtint ses rayures pour les meurtres qu'il commettait et gagna la crainte, voire parfois la haine, des autres animaux de la Jungle. J'ai beaucoup aimé ces histoires qui nous permettaient d'en savoir plus sur la Jungle, sur ce que les animaux pensaient être la Genèse de leur Jungle, les histoires sur la Jungle qu'ils se partageaient... à travers elle, j'ai appris à mieux connaître la Jungle et ses animaux. Les Loups sont divisés en clans et lorsque le chef d'un clan commence à devenir moins compétant à la chasse à cause de son âge et laisse échapper son gibier, c'est le signe que l'on doit changer de chef. Les singes sont un peuple assez méprisés par la Jungle qui aiment le bruit et font tout pour se faire remarquer et choisissant souvent de la faire de façon brutale et bruyante, c'est un peuple qui ne sait jamais ce qui veut, qui ne sait pas se gouverner ou s'entreprendre car ils peuvent penser A à un moment donner puis penser B cinq minutes après en ayant tout oublié de la résolution A, et qui sont incapables d'avoir une politique, des lois ou leurs propres langages et qui se contentent de répéter, de copier ceux des autres, et qui ne suivent pas les lois de la Jungle.

On retrouve aussi quelques personnages qu'a repris l'adaptation Disney, bien-sûr : le python Kaa qui est redouté par tous, malgré sa mauvaise vue ; le vieil et sage ours Baloo ; la panthère Bagheera ; le redoutable Shere Khan, tigre boiteux chasseur d'homme ; on n'a malheureusement pas de Louis, le roi des singes qui veut "être un homme comme nous, faire comme nous" et maîtriser le feu, ni de patrouille des éléphants mais des éléphants, dont Hathi, sont présents, il n'est juste pas le colonel d'une patrouille d'éléphants qu'il dirige comme un militaire. Si l'histoire de Mowgli est intéressante, j'ai apprécié le fait qu'il ne soit pas le personnage principal de l'histoire et que l'on découvre un peu plus la vie dans la Jungle et les différents animaux qui la peuplent et pratiquement chaque histoire est suivie d'une chanson, d'un poème, ce qui nous montre que Rudyard Kipling est aussi bien poète que conteur.

Ces histoires se lisent vite et sans difficultés, j'ignore si c'est grâce à la traduction ou au style de Kipling, mais je n'ai eu aucune difficulté de compréhension et l'écriture est fluide, poétique même. Nous avons de jolies descriptions soignées, souvent poétiques sur la Jungle, ce qui est très dépaysant, exotique et ce qui nous montre peut-être aussi que Kipling sait de quoi il parle, pour avoir vécu un moment en Inde. Le point de vue est également... je ne dirais pas original ou unique mais avoir des animaux ou un enfant qui n'a pas grandit en coutoyant l'espèce humaine, ça change. Ils n'ont pas les mêmes valeurs, la même vision des choses. On les trouvera même ici plus humains et attachants que les hommes du village. Si je devais m'annoncer déçue sur une chose, ce serait sur la revanche de Mowgli sur Shere Khan que j'ai trouvée trop précipitée d'une certaine façon et que la fin de Shere Khan n'était pas aussi digne, aussi grande que je l'aurais cru. A part cela, j'ai beaucoup aimé me plonger dans la Jungle indienne et faire la connaissance de Mowgli et des animaux sauvages, j'ai passé un agréable moment en leur compagnie.



- A gauche une photographie de l'auteur, Rudyard Kipling
A droite, la couverture du Second Livre de la Jungle -


Extrait :

En ces jours-là, Baloo lui enseignait la Loi de la Jungle. Le grand Ours brun, vieux et grave, se réjouissait d'un élève à l'intelligence si prompte ; car les jeunes loups ne veulent apprendre de la Loi de la Jungle que ce qui concerne leur Clan et leur tribu, et décampent dès qu'ils peuvent répéter le refrain de chasse [...] Quelquefois Bagheera, la Panthère Noire, venait en flânant au travers de la Jungle, voir ce que devenait son favori, et restait à ronronner, la tête contre un arbre, pendant que Mowgli récitait à Baloo la leçon du jour. L'enfant savait grimper presque aussi bien qu'il savait nager, et nager presque aussi bien qu'il savait courir ; aussi Baloo, le Docteur de la Loi, lui apprenait-il les Lois des Bois et des Eaux : à distinguer une branche pourrie d'une branche saine ; à parler poliment aux abeilles sauvages quand il rencontrait par surprise un de leurs essaims à cinquante pieds au-dessus du sol ; les paroles à dire à Mang, la Chauve-Souris, quand il la dérangeait dans les branches au milieu du jour ; et la façon d'avertir les serpents d'eau dans les mares avant de plonger au milieu d'eux. Dans la Jungle, personne n'aime à être dérangé, et on y est toujours prêt à se jeter sur l'intrus.

La chasse de Kaa.

jeudi 25 avril 2013

Murena (T.1 à 3) - Jean Dufaux et Philippe Delaby.


Les auteurs :


Jean Dufaux est un scénariste belge de bande dessinée, né en 1949, qui s'est consacré au Journal de Tintin, et fut scénariste d'un album de la série Blake et Mortimer, mais c'est avec Murena qu'il est reconnu du public et de la critique.

Philippe Delaby, né en 1961, est un dessinateur belge de bande dessinée qui s'est d'abord lancé dans le domaine de la bande dessinée avec des illustrations pour Le Journal de Tintin avant de dessiner de courtes histoires. C'est avec la série historique Murena qu'il gagne un certain succès.


Emprunt médiathèque.




Quatrième de couverture :

"Il était d'un naturel féroce et sanguinaire qui se trahissait dans les moindres choses comme dans les grandes... Dans tous les combats de gladiateurs donnés par lui ou quelqu'un d'autre, il faisait égorger même ceux qui tombaient par hasard pour observer leur visage quand ils expiraient." - Suétone, Claude XXXIV.


Mon avis :


M'intéressant de près à la Rome Antique depuis quelques temps (surtout grâce à Madame V, une de mes professeurs à la fac), je me suis dite que je ne devais pas négliger cette bande-dessinée déjà bien connue dans la blogosphère, et que j'avais déjà eu l'occasion de voir chroniqué sur l'ancien blog de Grazyel, ainsi comme d'autres avant moi, je me suis jetée à l'eau.

Je n'ai lu pour le moment que les trois premiers tomes, sur huit déjà publiés, empruntés à la médiathèque mais il se passe déjà bien des choses dans ces trois tomes. Nous commençons la lecture avec l'empereur Claude qui prépare doucement sa succession, hésitant entre Lucius Domitius (qui deviendra plus tard Néron), fils d'Agrippine, qu'il a adopté après son remariage avec Agrippine, et entre son propre fils, Britannicus, qu'il regrette d'avoir souvent délaissé au profit de Néron. Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'Agrippine l'a épousé dans l'espoir de voir son fils sur le trône et qu'elle entend bien exercer le pouvoir elle-aussi... Se dressent alors des complots qui se trament derrière le dos de l'empereur...

J'étais quelque peu réticente au début à cause des dessins qui ne m'attiraient guère et qui n'étaient pas mon genre, mais au final, au fur et à mesure que je m'avançais dans l'histoire, je me suis habituée aux dessins, leur trouvant même quelque chose de beau. D'ailleurs, il faut remarquer qu'ils sont très réalistes et réussis et qu'ils nous donnent des décors magnifiques sur la Rome de l'Antiquité et qui donnent des visages aux grands personnages de l'histoire romaine, les personnages sont vraiment bien esquissés mais il faut s'habituer aux scènes de violence et de nudité car du sexe, de la violence, du sang et des meurtres, en veux-tu en voilà ! Mais tel était le lot de la vie quotidienne des Romains : sans pathos, elle nous est montrée avec un quotidien dur, violent, ne serait-ce que pour les esclaves, les gladiateurs et la vie politique qui regorge de complots et de meurtres. Tous les coups étaient permis pour le pouvoir ou la gloire, la fortune, cette chère Agrippine en est le parfait exemple !

J'ai fait une véritable plongée dans la Rome antique et je ne souhaite qu'une chose : emprunter les tomes suivants pour y replonger. Je n'y aurais pas cru au départ mais ces BD se lisent vite et bien et qu'est-ce que c'est d'un passionnant ! Et ce n'est pas parce que je suis une passionnée d'Histoire que je dis ça, c'est aussi parce que je pense que cette BD pourrait intéresser d'autres personnes : les dessins sont réalistes et réussis, l'histoire est intéressante et on ne manque certainement pas de rebondissements (du sexe, de l'action, des complots, du sang, des trahisons... ce n'est certainement pas ça qui manque), c'est une plongée dans la Rome antique et dans la politique de l'époque sans être assommant, c'est d'ailleurs très bien documenté, les auteurs ont fait un très beau travail de recherche, on le sent, bref l'Histoire avec un grand H est respectée (et dans les cas où les auteurs s'éloignent de la vérité, ils nous l'expliquent dans le glossaire) et chaque tome nous réserve à la fin un glossaire expliquant certains mots de vocabulaire ou certains éléments, et une bibliographie nous renseignant sur les sources des auteurs. De plus, je trouve les couvertures intéressantes et plutôt attrayantes et j'apprécie même le fait que chaque quatrième de couverture ne soit pas un résumé de la BD mais plutôt des extraits tirés de lettres des protagonistes ou d’œuvres des auteurs de l'époque qui parlaient des protagonistes en question.

Donc, on suit l'empereur Claude et tous les complots mis en place pour se débarrasser des proches gênants de l'empereur pour faire monter Néron sur le trône, puis Néron, son évolution, d'abord en jeune garçon puis en empereur ; il reste d'abord un empereur relativement satisfaisant pour le peuple lors des premières années de son règne, mais dès le début, on découvre qu'il y a quelque chose qui cloche chez lui, il n'a pas l'instinct mauvais hein, et il reste plutôt sage, mais on commence déjà à voir venir sa fascination pour le feu il commence un peu à faire comme maman, c'est-à-dire comploter, se débarrasser des gêneurs et prendre goût au meurtre. Nous suivons d'autres personnages : la "meilleure de toutes les mères", alias la perfide et rusée Agrippine, prête à tout pour mettre son fils sur le trône et pour garder le pouvoir avec elle (son fils est enfin empereur ? c'est biiiiieeeen ; garder malgré tout le pouvoir et rester puissante et dangereuse ? c'est miiiiieeeeux !), le jeune Britannicus, fils de Claude, et son esclave ; la "sorcière" Locuste qui prépare philtres et poisons pour Agrippine ; l'amante de Claude et son fils Pallas, Poppée Sabina qui pourrait très bien être quelqu'un de dangereux pour Agrippine car elle semble elle-aussi miser sur Néron et vouloir le pouvoir, et encore d'autres personnages... bref, autant dire qu'on suit bien l'avancée des personnages et qu'on les saisit mieux, eux, leur rôle, ce qu'ils vont devenir et comment ils vont finir.

Le titre de la BD étant Murena, je m'attends à ce que ce personnage soit mieux développé et entre mieux dans l'Histoire pour les tomes suivants car si Murena fait bien parti de l'histoire, son rôle reste mineur et effacé par rapport à Néron, Agrippine et les autres. Cependant, sans que ce soit un coup de cœur, je reste bien emballée par rapport à cette série, elle m'inspire beaucoup, elle m'apprend des choses intéressante et malgré la présence de violence et sang, ce n'est pas une série si saignante que ça, les dessins sont explicites certes mais on entre pas dans le détail ou dans la violence pure et dure même si, connaissant la réputation de Néron, il ne va pas finir en enfant de chœur au furet à mesure qu'on avancera dans son règne. Bref, bref, bref, je m'arrêterai là pour aujourd'hui, de peur de trop révéler l'histoire, tout ce que je peux dire c'est que c'était une belle découverte et que je ne rechignerai pas à lire la suite.



- Couvertures des tomes 2 et 3 : De sable et de sang & La meilleure des mères 
(le titre du tome un étant La pourpre et l'or) -


Ce billet est une participation au :



jeudi 18 avril 2013

Barbe bleue - Amélie Nothomb.



Du même auteur :




Emprunt médiathèque.







Quatrième de couverture :

"La colocataire est la femme idéale." - Amélie Nothomb.


Mon avis :


Parmi les derniers Amélie Nothomb, aucun ne me tentait, c'est pourquoi lorsque j'emprunte un de ses ouvrages à la médiathèque, je choisi en général ceux moins récents, cependant, son dernier sorti en 2012 me faisait envie, ne serait-ce qu'à cause du titre et le fait que ce roman s'annonçait comme une réécriture du conte du même nom. Une réécriture de Barbe Bleue à la sauce Nothomb, je demandais à voir et voir, j'ai fait !

Dans ce nouveau roman, nous suivons Saturnine, jeune femme belge, la petite vingtaine, à la recherche d'un logement, voire même d'une colocation. Elle tombe rapidement sur une annonce bien alléchante : dans une magnifique demeure à Paris, une chambre de 40 m² avec salle de bain, accès à une cuisine équipée, disponible pour une colocation et le tout pour 500 euros de loyer avec chauffeur et domestique à son service ! C'est l'offre inespérée pour Saturnine qui a déjà visité beaucoup de logements, de lieux infects de 25 m² sans salle d'eau et à 1000 euros le mois. Il n'y a rien d'étonnant à découvrir qu'elle n'est pas la seule candidate. Contre toute attente, elle est retenue et obtient sa chambre le jour même. Cependant, certaines candidates mettent au courant Saturnine de la triste réputation du propriétaire des lieux, un espagnol aisé et reclus du monde du nom d'Elemirio Nibal y Milcar, qui aurait déjà eu huit colocataires, toutes des femmes, et qui ont toutes disparu au cour de ces dernières années. Pour tout le monde, il est clair qu'Elemirio les as tuées et que Saturnine sera sa prochaine victime si elle ne fait pas attention.Contre toute attente, Saturnine se moque de la réputation du propriétaire et entend habiter ce logement. Refusant de croire à ces rumeurs, elle refuse de laisser passer une pareille aubaine !

Un Amélie Nothomb, comme toujours, avec de nombreux débats et conversations entre les personnages principaux, des répliques tranchantes, amusantes parfois, déconcertantes et originales. L'auteur nous montre une nouvelle fois qu'elle sait maîtriser l'art du dialogue et je me suis délectée de certaines répliques ou certaines conversations, surtout lorsqu'elles étaient sur les thèmes de l'art ("le rôle de l'art est de compléter la nature et le rôle de la nature est d'imiter l'art", p. 129), du beau, de la foi, des relations humaines, ce qui peut permettre au lecteur de réfléchir sur les relations humaines, sur la perception de l'art et même la mort (même si j'avoue, comme d'autres lecteurs, si les conversations sur l'or ou le champagne étaient intéressantes, je ne me suis pas enflammée, ça donne au texte un aspect presque aristocratique auquel on ne peut pas s'identifier) ! L'auteur nous parle aussi du secret, la nature de l'homme à avoir des secrets, le besoin d'en avoir et de les préserver, les conserver, parce que trahir, découvrir ce secret si précieux est un acte impardonnable.

Les mots sont plus que les mots, ce sont des armes, ils sont plein de passion, de conviction. C'est un combat entre les deux personnages principaux et on se demande qui aura le dernier mot, et c'est dans ces conversations que les personnages sont à leur sommet, ils sont forts, terribles. Les mots sont une arme, ils marquent l'esprit, ils sont à la base de l'échange, de la réflexion, et ils font ici avancer le récit vers un rebondissement, nous permettent d'en savoir plus sur l'étrange et mystérieux don Elemirio, ils changent un peu les rapports entre Elemirio et Saturnine, leur relation évolue dans un sens qu'on ne parvient toujours pas à bien saisir et au final, on se demande jusqu'à quel point elle va évoluer, à quelle base, comment va se finir leur relation en même temps que le roman ? 

C'est une étrange relation basée sur des échanges verbaux, des repas, des combats d'idées et des oppositions. Malgré ses oppositions au personnage, Saturnine se laisse entraîner par l'enchaînement de pensées et de paroles de l'Espagnol alors qu'elle tente de comprendre pourquoi et comment il en est arrivé là, ses motivations, le devenir des anciennes colocataires... bref, elle tente de décortiquer sa psychologie, ce que j'ai trouvé intéressant et comme les révélations n'arrivent que tardivement dans le texte, on a nous-aussi tout le loisir de peaufiner quelques théories, quelques hypothèses...

J'ai été étonnée mais amusée de trouver quelques belgicisme (petit clin d’œil de l'auteur qui est belge, comme son héroïne ?), cependant, tous ces beaux discours ne peuvent pas forcément plaire et peuvent représenter un bémol car certaines discussions théologiques sont interminables et, selon le thème de la discussion, ça ne peut toujours plaire. J'imagine également que le snobisme des personnages peut agacer : ils boivent du champagne, dégustent homard, caviar, porte des vêtements en velours et avec des couleurs attrayantes, Saturnine découvre tout cela... et y prend goût ! Cela peut se comprendre... J'ai aimé l'héroïne. Saturnine est une jeune femme téméraire, loin d'être facilement effrayée et paranoïaque et ce, peu importe ce qu'on peut lui dire sur la funeste réputation de "son" Espagnol et peu importe ce que peut dire Don Elemirio. Il est difficile de l'impressionner. Plus que tout, j'ai aimé les réparties de Saturnine et de Don Elemirio, le fait que leurs raisonnements reposent parfois sur une logique juste mais dont la morale est absente. Don Elemirio n'est pas en reste, homme riche et reclus du monde, qui a vu passer en huit ans huit colocataires, toutes des femmes dont il a été l'amant et qui ont disparu après avoir violé l'interdit. Un aristocrate espagnol qui, malgré tout, attire, manifeste de l'intérêt auprès des femmes, un intérêt morbide ou avide peut-être... toujours est-il que ce personnage mystérieux attise la curiosité du lecteur qui a envie d'en savoir plus sur cet étrange personnage.

Le roman est également centré sur le mystère de la chambre noire. Qu'est-ce donc ? Eh bien, notre Espagnol est un photographe à ses heures perdues, et il a notamment pris en photo ses anciennes colocataires. Ces photos sont entreposées dans la chambre noire et il est interdit à Saturnine d'y pénétrer. "Si vous y pénétriez, je le saurais, et il vous en cuirait" avait dit don Elemirio, qui finira par ajouter que les anciennes colocataires ont bravé cet interdit, et qu'elles ont disparu juste après. Ainsi, tout au long du roman, on a évidemment ces fameuses interrogations auxquelles on échappe pas : qu'y-a-t-il exactement dans la chambre noire et Saturnine va-t-elle y pénétrer ? Pour ma part, je trouve que le mystère a bien été entretenu et que je n'ai pas été déçue de ce que j'ai découvert dans ma lecture, même si je ne suis pas tombée sur ce que je m'imaginais.

Bref, loufoque, absurde, morbide, pervers, décalé, original, intéressant. Les mots ne manquent pas pour qualifier le dernier Nothomb, j'ai pris plaisir à le découvrir, à suivre Saturnine, ses discussions avec l'Espagnol, baigner dans ce climat d'étrangeté. J'ai aimé ce Barbe Bleue revisité dans nos temps modernes et dont la morale (ou même les événements) de l'histoire n'est pas forcément celle qu'on attend. L'auteur parvient à nous surprendre avec ses idées et la chute de l'histoire, bien qu'inattendue, était bien trouvée. Le texte est fluide et se lit vite et bien. Enfin voilà, loin d'être enthousiaste sur ce roman, j'ai tout de même passé un excellent moment de lecture.


Extrait :


Tomber amoureux est le phénomène le plus mystérieux de l'univers. Ceux qui aiment au premier regard vivent la version la moins inexplicable du miracle : s'ils n'aimaient pas auparavant, c'était parce qu'ils ignoraient la présence de l'autre.

Le coup de foudre à retardement est le plus gigantesque défi à la raison. Don Elemirio s'éprit de Saturnine quand il la découvrit sensible à l'alliage du jaune et de l'or. On peut comprendre l'irritation de la jeune femme : l'aimer pour cela ? Pour le coup, l'Espagnol n'y était pour rien. Les causalités amoureuses sont byzantines.

jeudi 4 avril 2013

Le liseur - Bernhard Schlink.




L'auteur :



Né en 1944, Bernhard Schlink a étudié le droit et enseigne le droit public et la philosophie du droit à Berlin. Il est également un écrivain allemand, ayant débuté sa carrière d'écrivain avec des romans policiers, mais c'est Le Liseur (Der Voleser en version originale), roman partiellement autobiographique, qui devient l'un, si ce n'est le, de ses romans les plus connus, devenant rapidement un best seller traduit en 37 langues et ayant fait l'objet d'une adaptation cinématographique avec Ralph Fiennes et Kate Winslet.






Quatrième de couverture :

A quinze ans, Michaël fait la connaissance d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours et lui fait la lecture à haute voix. Cette Hanna, mystérieuse, disparaît du jour au lendemain. Il la revoit une fois, des années plus tard. Sept ans plus tard, Michaël assiste au procès de cinq criminelles parmi lesquelles il reconnaît Hanna. Il se met alors, pour comprendre, à écrire leur histoire, et son histoire à lui.


Mon avis :


Il se peut que ma critique ne soit pas aussi structurée que je le voudrais, j'ai lu ce roman il y a un petit moment déjà et il est fort probable que j'ai oublié certaines choses que je voulais dire à ce sujet. Sinon, une fois n'est pas coutume, j'ai fait un peu de découpage avec la quatrième de couverture qui, dans son intégralité, révélait les trois quart du livre bien que pour moi, ce ne fut pas une surprise de découvrir ce roman ou de lire son résumé car j'ai vu et revu le film il y a plusieurs mois, néanmoins malgré cela, j'ai beaucoup aimé cette lecture qui me donne envie de revoir le film.

Michaël est un jeune étudiant de quinze ans lorsqu'il fait la connaissance d'une femme de 35 ans, il est malade et elle prend, l'espace de quelques instants, soin de lui. Cette femme, jamais Michaël ne l'oubliera, et très vite elle hante son esprit et, une fois guérit, Michaël ne tarde pas à aller à sa rencontre pour la remercier mais très vite, ces visites prennent une autre allure alors que cette femme, cette Hanna, se rend compte qu'elle l'attire, qu'il la désire. Le temps de plusieurs mois, ils deviennent amants et leurs rendez-vous prennent une forme de rituels. A chacun de leurs rendez-vous, il lui fait la lecture, lui lit quelques pages avant ou après l'acte. Mais un jour, Hanna disparaît sans laisser de trace.

Résumé quelque peu vague il est vrai mais je ne vois pas comment résumer cet ouvrage. C'est tant de chose. C'est l'histoire d'un jeune garçon qui vit sa première histoire d'amour avec une femme de 35 ans, une femme parmi tant d'autres sans doute mais qui pourtant le marquera à vie, même lorsqu'il deviendra un homme. C'est l'histoire d'une initiation amoureuse, Michaël se découvre à travers Hanna, il découvre l'amour et le plaisir et Hanna découvre quelques pages de grands classiques comme l'Odyssée d'Homère, que lui lit Michaël et en redemande, elle découvre la lecture, partage ses impressions. C'est aussi une histoire qui fait remonter à la seconde guerre mondiale, une histoire sur les choix, la culpabilité, les responsabilités, le pardon, la rédemption, c'est... c'est assez difficile à expliquer comme cela, mais ce n'est pas juste une histoire d'amour, c'est bien plus que cela.



Bien-sûr, comme je connais le film, découvrir les événements du livre ne fut pas une surprise mais ce fut tout de même intéressant de découvrir le livre, surtout qu'il permet de mieux se pencher sur la vie et la famille de Michaël, et sur les scènes du procès. Ce livre était sans doute moins exceptionnel par rapport au film et avoir vu le film d'abord enlève toute la magie, et... disons qu'il n'y a pas la même magie, les mêmes émotions que dans le livre mais il est certain que c'est un livre qui marque sous certains aspects, que c'est rapide à lire, c'est plus qu'une histoire d'amour, c'est un ouvrage plein de réflexion et emprunt de l'histoire, celle de l'Allemagne quelques années après la seconde guerre mondiale, avec la jeune génération honteuse de celle qui a participé d'une façon ou d'une autre à la guerre, c'est une période de procès aussi, contre ceux qui ont commis des crimes pendant la période du Troisième Reich.



Car Le Liseur fait également référence aux événements de la seconde guerre mondiale, particulièrement du côté allemand, et plus précisément sur les gardiennes de camps de concentration mais malgré cela, ce livre n'est pas exactement un livre sur la seconde guerre mondiale, malgré le fond historique, c'est plutôt une réflexion sur la justice, sur la culpabilité, sur la difficulté de "se réparer". C'est aussi le récit d'une initiation à l'amour, au plaisir, l'histoire d'un premier amour, un amour qui marque à vie et qui laisse des répercussions sur la vie entière de Michaël qui, malgré tout, se souviendra toujours d'Hanna qui a marqué sa vie à tout jamais, d'une façon ou d'une autre. C'est aussi à propos des choix à prendre, qu'ils soient bons ou mauvais, qui peuvent avoir des conséquences désastreuses pour les autres comme pour soi-même, l'histoire d'Hanna et son "honteux petit secret" en est le parfait exemple. A cause de ce qu'elle a et qu'elle s'efforce de cacher, elle fera des choix qui aura des conséquences fâcheuses pas seulement pour elle mais pour les autres. Il y a ce côté très philosophique dans ce roman qui m'a beaucoup plu. C'est réfléchir sur soi-même, sur les autres, sur les choix qu'on peut faire, c'est essayer de comprendre les autres. L'auteur enseigne la philosophie, et cela se ressent dans ce roman, il s'y connaît et les interrogations, la philosophie présente dans cet ouvrage a été intéressant à découvrir.

Sans doute moins magique que l'adaptation cinématographique, ce récit reste pourtant puissant, fort, violent, avec des réflexions intéressante et une histoire d'amour peu habituelle mais forte car Hanna est en Michaël et jamais il ne s'en remettra. J'aurais d'ailleurs aimé avoir un peu le point de vue d'Hanna mais le récit est du point de vue de Michaël uniquement, et pour avoir certaines scènes sous le regard d'Hanna, il reste le film. L'histoire est donc intéressante, à couper le souffle, et l'intrigue est bien menée, la façon d'écrire de l'auteur (enfin, plus la traduction en fait) permet bien de rendre compte les diverses émotions des personnages. La romance entre Michaël et Hanna est bien menée également, malgré la différence d'âge, c'est mené naturellement, sans que ce soit vulgaire ou romantique à l'extrême et ce, même après les procès et que Michaël passe à l'âge adulte. La place de la lecture est intéressante et touchante ici, la littérature qui fait parti des rituels du couple, qui fait parti des choses qui les lient.

C'est une histoire d'amour peu ordinaire, déjà au départ elle peut gêner à cause de la différence d'âge : Michaël a 15 ans et Hanna en a 35, elle peut donc paraître malsaine mais l'écriture de l'auteur emmène au-delà des préjugés, surtout qu'on a du mal à cerner le personnage d'Hanna, tantôt froide et dure, elle peut devenir touchante et faible, je me visualisais très bien Kate Winslet dans le rôle d'Hanna. Elle est froide, mystérieuse mais elle sait se montrer touchante face à celui qu'elle nomme "garçon", elle est presque inaccessible mais elle sait nous émouvoir. Les sentiments sont très bien décrits aussi, même les "non-sentiments" lorsque Michaël est "anesthésié" de tout sentiment après la fuite d'Hanna, plus jamais il ne sera le même après ce premier amour. Sa relation avec elle l'a changé, il devient plus instruit, plus sûr et confiant autour des autres et en connaîtra plus jamais une intimité et un amour semblable à ceux qu'il avait avec Hanna avec d'autres filles. Il ne parviendra jamais à l'oublier et ce, même après les événements après le procès.

J'ai encore tant d'autres choses à dire sur ce livre mais je préfère m'arrêter là et ne pas trop m'étendre là-dessus, ce serait dur d'en dire plus sans trop révéler du livre ou du secret d'Hanna, et puis il y a tant d'autres critiques sur le net sur ce livre qui parlent bien mieux que moi de ce livre. Tout ce que j'ai à retenir de ce livre est que ce fut une lecture intéressante par ses thèmes et son côté philosophique, rapide à lire, et puissant par son récit.





Image tirée de The Reader, l'adaptation cinématographique, 
avec Kate Winslet et David Cross (Michaël jeune), 
et Ralph Fienne (Michaël adulte) dans les rôles principaux.



Extrait :

C'était une auditrice attentive. Son rire, ses soupirs de dédain et ses exclamations indignées ou enthousiastes ne laissaient aucun doute : elle suivait l'action avec passion, et considérait les deux héroïnes comme de petites dindes. L'impatience qu'elle mettait parfois à me demander de continuer tenait à ce qu'elle espérait que ces personnages allaient enfin, nécessairement, arrêter leurs bêtises. "Non, mais ce n'est pas possible !". Quelquefois, j'avais moi-même très envie de poursuivre la lecture. Quand les jours allongèrent, je lus plus longtemps, pour être au lit avec elle au moment du crépuscule. Lorsqu'elle s'était endormie sur moi, que la scie dans la cour s'était tue, que le merle chantait et que, dans la cuisine, il ne restait plus que la couleur des objets que des tons de gris plus ou moins clairs ou sombres, j'étais parfaitement heureux.

9. (Première partie)