dimanche 31 mars 2013

Le retour du Général - Benoît Duteurtre.



L'auteur :



Né en 1960, Benoît Duteurtre est un romancier français, mais également critique littéraire et animateur radio, qui s'est également illustré dans la production et l'animation d'une émission de radio.










Quatrième de couverture :

Le général de Gaulle est de retour. Après un appel à la résistance, prononcé lors d'un piratage télévisuel, il se lance dans une ultime bataille pour la "grandeur de la France". Toujours vaillant sous son képi à deux étoiles, ce revenant passionne l'opinion. A-t-il vécu cent vingt ans ? S'est-il fait congeler ? S'agit-il d'un imposteur ? Ce Général, un rien foutraque, vit avec son temps : il prône la relance de l'agriculture française par la marijuana, l'ajout d'une fête musulmane au calendrier, mais ranime surtout avec ferveur les idéaux de la vieille Europe...


Mon avis :


Il suffit de regarder mes archives ou de bien connaître mon blog pour voir qu'il y a ici chroniqué des livres sur le général de Gaulle. Ce grand homme que je n'ai pas connu, sinon via des documentaires et ouvrages, fait pourtant naître en moi depuis trois bonnes années déjà un respect et une admiration profonde. J'ai souvent du, je le crois, exaspérer mes lecteurs lorsque j'ai parlé de quelques livres sur De Gaulle sur ce blog, puis j'ai connu une période de calme un bon moment et, il y a quelques semaines, j'ai récidivé. Honnêtement,  lorsque j'ai entendu parler de ce livre sur internet, je n'ai pas pu résister, il fallait que je me le procure et le découvre !

Il faut dire que ce livre propose un concept plutôt original : imaginez notre France actuelle (le livre se situe en 2010 mais il faut dire que si peu ont changé en trois ans, on reconnaît bien notre société en lisant le roman), avec tous ses travers : la crise économique, un nationalisme qui se perd de plus en plus, avec l'uniformisation de toutes les sociétés, la destruction de l'environnement... et, dans tout ce désordre, un revenant surgit d'entre les morts pour annoncer son grand retour en France et pas n'importe qui : l'illustre général de Gaulle ! Après un appel à la résistance prononcé lors d'un piratage télévisuel, le général  surprend les foules et annonce son intention de redresser la France qui est en plein naufrage. Comme il fallait s'y attendre, ce discours médiatique ne manque pas de stupéfier la France... et le monde avec ! Comment cet individu peut être le général de Gaulle, pourtant décédé en 1970 ? S'agit-il d'un imposteur puisque le général est mort ? Mais s'il s'agit vraiment de la bonne personne, comment a-t-il pu survivre à l'âge canonique de 120 ans ? A-t-il mis en scène sa mort ? S'est-il fait congeler pour revenir à la vie comme le héros d'Hibernatus, le film de Louis De Funès ? S'agit-il d'un imposteur, d'une effroyable plaisanterie ? Certains doutes, le monde entier hurle à l'arnaque mais pourtant, les Français ne peuvent s'empêcher d'être attiré par ce revenant et ses idées de sauver la France, et, à la surprise générale, se rallie au grand personnage... bouleversant complètement l'ordre de l'Europe, du monde... mais surtout de la France !

L'idée générale me plaît beaucoup, et m'amuse aussi puisque j'ai souvent plaisanté et même discuté avec ma mère sur la question "que ferait De Gaulle s'il revenait et voyait la France d'aujourd'hui ?", ce à quoi on finit toujours par répondre qu'il retournerait aussi sec dans sa tombe tellement la France était méconnaissable car cet illustre général avait une "certaine idée de la France". Mais l'idée du général qui revient d'entre les morts pour sauver la France, la redresser m'est très séduisante, et je voudrais presque vivre les mêmes évènements du roman (sauf la fin ceci dit qui montre un futur qui fait peur, honnêtement), avec De Gaulle qui sauve la France et l'améliore, qui vit avec son temps, a changé ses moeurs (il souhaite se rapprocher de la jeunesse, accepte l'homosexualité, désire rajouter quelques fêtes juives et musulmanes au calendrier) mais pas ses valeurs, souhaitant plus que tout une France qui s'occupe d'elle, une France plus nationaliste, faisant retrouver aux Français le plaisir et la fierté d'être Français, mettant en valeur les particularités de la France, qui relance le commerce et l'agriculture française pour des produits français : finis les produits étrangers, on limite les directives européennes qui veulent empêcher les différences entre pays, améliorons l'éducation, retrouvons l'Europe d'avant et la France avec ses valeurs ! Bref, la France avant avant que "tout fout l'camp !".

Tout ceci à la surprise générale des Français, mais surtout du gouvernement qui ne saura réagir face aux manifestations, à une société chamboulée par cette résurrection gaulliste, les pauvres se laissent totalement dépasser mais le meilleur doit être les réactions de l'Europe et du monde. L'Europe est, elle-aussi, chamboulée par ce soudain retour et souhaite rétablir l'ordre tandis que d'autres pays comme une partie de la Belgique et de l'Afrique se rallie à la France, celle qui se rapproche du général. N'oublions pas non plus les tentatives des Etats-Unis et de l'Europe pour faire tomber ce qu'ils pensent être un imposteur et de faire revenir les Français à la raison. Les Français, cependant, refusent d'être "ramenés à la raison" et sont nombreux à accueillir joyeusement leur sauveur.

En lisant quelques critiques, je me suis aperçue que le roman n'a pas toujours eu l'effet voulu, qu'il faisait sourire mais sans plus. Moi je fais parti de ceux qui ont adoré ce roman que j'ai dévoré en une semaine tellement j'étais plongée dedans. Rien que d'imaginer le général de Gaulle revenir d'entre les morts, toujours accompagné de sa fidèle épouse, pour sauver la France et la réformer, ce qui cause un joyeux bordel en France et dans le monde mais plus que ça, c'est un portrait (parfois malheureusement) réaliste de notre société, de notre pays qui privilégie la mondialisation, qui perd de son patriotisme (patriotisme qui ne reste d'ailleurs, comme le fera remarquer l'auteur, dans les stades du football français), avec des jeunes qui placent quelques mots d'anglais dans leurs conversations pour faire branché et moderne, une société qui délaisse les petites entreprises, commerces et entreprises artisanales pour le grand commerce. Dans ce roman qui fait souvent sourire par son humour ou son réalisme se cache des réflexions économiques, sociales et culturelles sur la situation actuelle de notre société, et qui nous offre un aperçu de ce qu'elle pourrait devenir si on ne fait pas attention...

Parmi les personnages, outre notre grand homme qui redonne ici aux Français fierté et esprit de résistance, j'ai beaucoup aimé et ai adoré suivre la famille Zeggaï avec Mustapha - français d'origine algérienne avec qui j'ai pu m'identifier car je partage avec lui l'amour de l'histoire française (mais surtout celle de la seconde guerre mondiale) et l'admiration du grand monsieur mais aussi par ses valeurs chéries qui se perdent, hélas - sa femme Alba, leur fils "Momo" qui subit une véritable évolution au cours du roman... et comment oublier la collègue de Mustapha que j'ai bien aimé avec son franc parler.

Malgré un début déconcertant (concernant une polémique sur l'oeuf mayonnaise... maintenant je serais incapable de voir les oeufs durs à la mayonnaise que je mange à chaque entrée au restaurant universitaire de la même façon !) et un avant dernier chapitre décevant que je me suis dépêchée de finir parce que je ne pouvais pas supporter les dialogues de jeunes parlant comme ils écrivent des textos, je me suis tout de même régalée lors de la lecture de ce roman. Drôle, réaliste, avec une intrigue originale, je me suis plongée avec plaisir dans ce roman et je le quitte avec regret.



- Et comme je ne peux pas résister, voici une photographie du général de Gaulle 
du temps où il était réfugié à Londres durant la Seconde Guerre Mondiale. 
Il est ici certes plus jeune qu'il ne l'est dans le roman, 
mais  il faut avouer qu'il a la grande classe, ce monsieur ! -


Extrait :

Ainsi s'allongeait le catalogue des mesures qui, jour après jour, gâchaient ma vie pour assurer ma sécurité. La semaine précédente, un contrôleur m'avait empêché de grimper dans un train prêt à partir, parce qu'une nouvelle règle interdisait de s'avancer sur le quai après l'affichage d'un certain signal. Il avait ajouté avec une moue désagréable : "C'est pour votre sécurité." J'avais alors compris que la poésie des vieux films en noir et blanc, où l'on attrapait la dernière voiture en marche, appartenait à un monde révolu. Près des guichets automatiques de la SNCF, une patrouille de police déambulait avec un chien méchant pour assurer elle-aussi ma sécurité.

1. L'oeuf mayonnaise.

jeudi 28 mars 2013

Lettres à nos mères - Collectif et Jean-Pierre Guéno.





Du même auteur :







Quatrième de couverture :

"Ma petite Maman
Vous êtes une adorable Maman. J'ai eu un plaisir de gosse à ouvrir le paquet. J'en ai sorti des trésors..."
Antoine de Saint-Exupéry à sa mère, Marie.

Quinze trésors, quinze lettres, quinze moments uniques d'amour et d'émotion, écrits avec leur coeur par des grands personnages de l'histoire ou par des anonymes. Un livre bijou dédié à toutes les mamans du monde, pour dire à celles qui nous ont donné le jour que nous continuons à vivre par elles et pour elles...


Mon avis :


Alors là, je triche un peu parce qu'il s'agit d'une relecture et que j'avais déjà fait la chronique de ce livre sur mon ancien blog et que je n'avais pas choisi de reprendre cette chronique sur ce blog. Cependant, vous l'aurez remarqué, je poste de moins en moins sur ce blog, les mises à jour sont moins nombreuses qu'avant et que je suis pas aussi présente que je le souhaiterai sur ce blog ; pas que mon intérêt envers ce blog se soit fané mais j'ai moins le temps de me consacrer à ce blog et aussi moins de temps à la lecture, ce qui ralenti un peu la vie de ce blog, donc j'ai triché et je me suis dit au lieu de rien poster, mieux vaut poster quelque chose même si c'est la reprise d'un ancien article... D'ailleurs, si j'étais un peu plus logique, j'aurais posté cette chronique le jour de la fête des mères ! Enfin, ce qui est fait est fait...

Ce livre, c'est une ode à toutes les mamans du monde, c'est un livre beau comme tout, joliment présenté et décoré, avec de magnifiques photographies de lettres et de personnes (enfants ou adultes) avec ou sans leur maman. Nous avons ici quelques belles lettres dans ce recueil, bien que certaines soient d'intérêt varié : certaines sont très touchantes, d'autres jolies, d'autres font sourire tant elles sont mignonnes. Elles sont plus ou moins émouvantes selon les lettres ce sont toutes des lettres agréables à lire où toutes les mamans sont à l'honneur ! Des mots d'adultes ou d'enfants envers celles qui leur ont donné la vie. Ils parlent avec leurs mots à eux la vie, ses moments inoubliables, ses drames, ses séparations, ses moments de tendresse... que ces protagonistes soient célèbres ou pas !

De lettres d'anonymes, de "monsieur et madame tout le monde", de gens sans notoriété aux lettres de personnalités célèbres : Saint-Exupéry, Marie-Antoinette, Honoré de Balzac, Jean Moulin, Colette, la comtesse de Ségur... ce sont des lettres joliment présentées, accompagnées de photographies, celles des protagonistes, de la lettre originale, avec aussi des notices biographiques afin de nous renseigner sur l'auteur et expéditeur de la lettre (qu'ils aient été célèbres ou non). C'est magnifique de découvrir la beauté du langage, des mots, de la stylistique et c'est presque triste de se dire que des lettres comme ça, ça se fait de plus en plus rare depuis la révolution de l'email et des téléphones portables qui ont pratiquement remplacé la lettre (anecdote à part, j'ai remarqué ce changement parce qu'auparavant, lorsque je voulais communiquer avec des amies n'habitant pas à côté, on s'envoyait des lettres qu'on s'amusait à décorer. Fini maintenant tout ça ! A présent, c'est les sms et mail !). Bref, un très joli recueil pour conclure.


Extrait :


Maman,

Si je devais compter mon âge depuis que tu m'as quitté, j'aurais quatorze ans...
Tu es partie ; j'ai senti ce vide énorme que rien ne peut plus remplir, et que j'avais créé dans toi lorsque tu m'avais donné la vie. Tu m'as rendu le vide que je t'avais laissé : mais je ne peux rien en faire. A présent, je vais pieds nus sur un trottoir unique, sur un trottoir immense qui me sépare à jamais de la rue. Entre nous, il y a ce goudron noir qui colle aux orteils, qui fond sous le soleil, qui freine mes traces comme pour les empêcher de se reproduire. Je n'ai plus de racines. Un arbre peut-il vivre sans racines ? Il ne peut que dormir, couché, le pied posé sur un oreiller de sciure. Un arbre, c'est encore trop gros. La fleur est plus fragile. [...]

De Jean-Pierre à sa mère Jeanne.
2006.

lundi 18 mars 2013

Crimes à l'Antique - Jean-Yves Boriaud.



L'auteur :




Professeur de langue et de littérature latines à l'université de Nantes, Jean-Yves Boriaud est un spécialiste de le Rome impériale et de la Renaissance italienne. Il est également connu en tant qu'auteur pour avoir publié une biographie de Galilée, une Histoire de Rome et pour avoir traduit de nombreux textes humanistes.





Quatrième de couverture :

Sans être obligatoirement des maniaques de la décapitation, les Romains ne reculaient guère devant les manifestations spectaculaires de cruauté. Les crimes faisaient même partie intégrante de l'imaginaire latin, et les historiens de Rome ne se sont pas fait faute de raconter dans le détail ceux qu'ils pensaient assez exemplaires pour édifier leur lecteur, ou lui inspirer une terreur salutaire.

Du mythe fratricide de Remus et Romulus à l'assassinat de César, en passant par la mort de Messaline, l'histoire de l'Antiquité s'est construite autour de ces crimes réels ou imaginaires. Jean-Yves Boraud s'est penché sur les travaux des écrivains, historiens et moralistes de l'époque pour éclairer le rôle de ce "fantasme criminel" si fondateur.

Mon avis :

Je me suis faite plaisir il y a quelques semaines en m'achetant quelques livres, dont certains figuraient dans ma wish-list, et je suis tombée sur ce titre un peu par hasard, que je me suis décidée à prendre car le sujet était bien tentant et qu'il m'a donné l'occasion de me rappeler mes cours d'historiographie, à la fac, de Monsieur J. et sa façon très vivante, très passionnée et divertissante de nous lire en classe les écrits des historiens romains, plus particulièrement ceux de Tacite lorsqu'il racontait les déboires de Néron.

Ce livre de 150 pages environ (j'ai l'édition de France Loisirs, d'ailleurs veuillez m'excuser pour la mauvaise qualité de l'image, c'était la seule de disponible sur l'édition que je possède) nous retrace les quelques grands crimes qui ont pris part dans la Rome antique, qu'ils aient fait parti de l'imaginaire ou de l'histoire des Romains, le crime faisant partie intégrante de l'imaginaire latin et les grands historiens de l'époque ne se gênant nullement pour raconter les déboires de leurs dirigeants et les crimes qui en ont résulté, et certains d'entre eux étaient inoubliables, presque exemplaires avec des personnages de renoms que l'on connaît bien, ne serait-ce que de nom : César, Caligula, Néron, Britannicus, Pompée, Cicéron... ainsi que les quelques exemples dans la mythologie, parfois empruntée à celle des Grecs.

D'habitude, dans la période antique, c'est surtout la Grèce qui m'intéresse le plus (et même la Gaule en quelques occasions), et il y a de quoi ! C'est une civilisation que je trouve fascinante et qui est riche, mais depuis quelques temps, c'est surtout Rome qui est dans ma tête et je me dis souvent que c'est une époque intéressante et riche elle-aussi mais à laquelle je n'accorde pas suffisamment d'attention, je serais tentée de découvrir un peu plus Rome et son histoire (il y a d'ailleurs la série Rome, dont ma professeur de Méthodologie d'histoire antique nous avait déjà parlé, et la série de bande-dessinée Murena dont les personnages historiques sont à peu près les même que j'ai étudié, et lu dans cet ouvrage, qui me tentent beaucoup...). Pour cet ouvrage, même si ce ne fut pas une lecture bien extraordinaire, ce fut une lecture bien instructive et intéressante que les passionnés ou étudiants (ou les deux) en Histoire pourraient aimer, même s'il faut également apprécier, je crois, tout ce qui rentre dans le domaine du crime puisque c'est là le sujet de cet ouvrage et que, apparemment, à cette époque, il y avait beaucoup de cela : ça tue, ça empoisonne, ça complote, ça meurt beaucoup, ça fait des coups dans le dos, surtout dans le domaine de la politique mais j'imagine qu'il fallait bien qu'il se divertissent à l'époque !

L'auteur nous met déjà dans le ton dès le début et nous raconte la place du crime à cette époque et, si possible, des condamnations qui en résultent et qui ne sont pas moindre (par exemple, quelqu'un accusé de parricide ou de fratricide - si je me souviens bien - sera condamné à être enfermé dans un grand sac avec un singe, un chien et une vipère, et jeté dans un fleuve !), et commence cette grande histoire des crimes de l'Antiquité romaine en se penchant sur les crimes de la mythologie. L'exemple le plus connu étant le meurtre de Remus par Romulus, les deux mythiques fondateurs de Rome qui ont, durant leur enfance, été élevés par une louve, bien que les versions concernant le meurtre de Remus sont parfois diverses... puis, l'auteur passe aux crimes dits "primordiaux" : quelques exemples de crimes, comme le meurtre d'un frère, d'une soeur, d'un roi, d'un parent... en utilisant comme protagonistes à illustrer comme exemples des personnes notoires ou mythologiques.

Viennent ensuite les meurtres politiques où l'auteur nous raconte les plus célèbres ou spectaculaires : l'assassinat de Pompée, célèbre général romain et rival de César qui fut assassiné sous les ordres de ce dernier ; le meurtre de Jules César, raconté par de nombreux auteurs, assassiné de la main de ses sénateurs et de Brutus, son fils adoptif ; la mort de Cicéron par ses ennemis, qui a choqué l'opinion publique. On aborde ensuite le chapitre des meurtres dynastiques pendant la période des empereurs de la famille des Julio-Claudiens, en commençant par l'assassinat de Caligula, l'empereur fou qui a pourtant bien débuté sa "carrière" mais qui s'est dégradé peu à peu en se mettant à délaisser et assassiner ses alliés, en nourrissant une forte haine contre le Sénat et qui, malgré une passion pour le chant et la danse, et une santé fragile et une maladie mentale, aurait donné toutes les raisons de l'assassiner.

On continue avec le meurtre de Messaline, épouse adultère de l'empereur Claude, sa conduite scandaleuse et son dévergondage sans borne qui ont provoqué sa perte et causé son exécution. Puis, l'assassinat de son mari, empoisonné après divers complot misant à mettre Néron sur le trône en passant par le meurtre d'un concurrent potentiel de Néron au trône : le jeune Britannicus, fils de Claude et Messaline, empoisonné et éclipsé par Néron qui, pour ne pas perdre la main, finira par assassiner ce sacré personnage rusé et robuste qu'est sa mère, Agrippine, (qui l'a aidé et usé de nombreux complots pour le mettre sur le trône mais qui, au goût de Néron et une de ses maîtresses, devenait trop envahissante) pour enfin terminer sur la fin de l'odieux personnage. L'auteur revient ensuite sur les grands crimes de l'imaginaire et de la mythologie, en reprenant parfois la mythologie grecque puisque des auteurs latins, comme Sénèque, ont repris le mythe de Médée et Jason, ainsi que l'histoire de la famille Atride, une famille royale marquée par le meurtre, l'inceste, le parricide, l'infanticide (et, je crois me rappeler  de cannibalisme).

Bref, l'auteur nous présente donc une étude, un document historique instructif et intéressant sur les grands crimes de l'Antiquité romaine, et la mythologie greco-romaine, en appuyant son récit de nombreux extraits des écrits des historiens de l'époque qui ont, eux aussi, racontés ces grands crimes : Tacite, Suétone, Tite-Live, Plutarque, Sénèque... (c'est pourquoi j'ai aussi ajouté cet ouvrage dans la catégorie Littérature antique, à cause des nombreux extraits des oeuvres de ces grands auteurs et/ou historiens latins), dont certains que je "connaissais" plutôt bien pour les avoir étudié en Historiographie. J'ai trouvé plutôt agréable l'ajout de ces nombreux extraits, ainsi on lit ce qu'en pensaient ces auteurs latins, leurs mots, tirés de leurs oeuvres, ce qui peut donner envie de les découvrir (Monsieur J. a d'ailleurs encouragé ma classe plus d'une fois à découvrir la Vie des Douze César écrit par Suétone, qui raconte la vie de 12 empereurs romains mais pas exactement de façon élogieuse car il met l'accent sur leurs défauts et méfaits), surtout qu'il peut être intéressant de découvrir le regard de ces auteurs contemporains aux évènements qu'ils racontent, ainsi que la place de la Providence dans ces récits : nombreux sont les récits qui racontent qu'il y aurait eu des signes funestes d'un meurtre, que ce soit des rêves étranges d'une divinité, de quelques signes comme un vol d'oiseau ou un vase qui se brise, ou des prédictions d'oracle...

Bien sûr après, dans ce livre, il faut s'y retrouver parmi tous ces personnages et les liens entre eux, sous peine d'être perdu dans le récit mais malgré tout, ce fut un ouvrage bien instructif et qui m'a fait découvrir ou redécouvrir des personnalités antiques intéressantes, malgré leurs défauts et (ô combien nombreux) méfaits, pour certains (ah mais je suis en admiration devant Agrippine, c'était peut-être une garce mais une femme rudement rusée, intelligente et forte ! Un sacré colosse ! Et il est difficile de rester de marbre face à Néron et tout ce qu'il a pu commettre comme horreurs... si tout ce qu'on dit sur lui est vrai).





- Mort de César, par Vincenzo Camuccini (1798), l'un des nombreux exemples de représentation de l'assassinat de Jules César dans l'art -



Extrait :


Agrippine est un être de passion, prêt, pour conserver le pouvoir, aux excès et aux revirements les plus imprudents... et les plus impudents.


4. Les Julio-Claudiens : les meurtres dynastiques.  (La mort d'un concurrent potentiel : l'assassinat de Britannicus)


Ce billet est une participation aux :







mardi 5 mars 2013

Angélique (T.5) Ombres et Lumières - Anne Golon.





Du même auteur :







Emprunt médiathèque.






Quatrième de couverture :

Mars 1661. Accusé de sorcellerie, le comte Joffrey de Peyrac a péri sur le bûcher. En quelques heures, Angélique a tout perdu : son mari, sa fortune, son nom et ses enfants. Seule, abandonnée de tous, condamnée à se cacher, la "Marquise des Anges" trouve refuge au sein de la Cour des Miracles. Nulles ténèbres plus profondes que cet empire de la gueuserie, nulle protection plus dangereuse que celle du bandit Calembredaine, qui veille étroitement sur sa conquête...

Mais on ne remonte pas des bas-fonds aussi vite qu'on y est tombé. A moins, lui enseigne le vieillard Magister, d'avoir "quelque chose à sauver". Ce qu'en un instant les flammes lui ont ravi, Angélique entreprend de le reconquérir avec ses propres armes : le courage, la séduction, la ruse, l'intelligence... En manquera-t-elle pour s'extraire de la misère, reprendre ses droits de mère et faire d'une humble rôtisserie le quartier général de sa réhabilitation ? Tant d'obstacles l'attendent encore sur ce chemin...


Mon avis : 


J'ai récemment fait une plongée dans l'univers d'Angélique après être tombée un soir sur quelques extraits d'un des films, j'ai beau connaître ces films pratiquement par coeur, je ne m'en lasse pas et ces extraits vus il y a quelques temps m'ont montré à quel point Angélique me manquait. J'ai beau râler un peu parce que je trouve que, dans les livres, Angélique fait un peu trop wonder-woman et qu'il y a toujours une flopée de personnages qui font l'éloge de la beauté d'Angélique, Angélique c'est un peu une vieille copine que j'aime retrouver de temps en temps..., hélas, avec mon temps de nouveau occupé pleinement par la fac, je vais devoir patienter un moment avant de me jeter sur le tome six...

Le tome précédent avait laissé Angélique dans une bien mauvaise posture (et attention, parce que là, je vais spoiler), en effet, accusé de sorcellerie, son mari le comte Joffrey de Peyrac a péri sur le bûcher et avec lui, sa fortune et le prestige de son nom et sa réputation. Angélique se retrouve veuve, ruinée et séparée de ses enfants après avoir tout perdu. Plus rien ne lui reste, pas même l'espoir d'un renouveau, d'une seconde chance. Désespérée, elle a rejoint les gueux de la Cour des Miracles où leur chef n'est autre qu'une figure bien familière : Nicolas Calembredaine, son ami d'enfance (rencontré dans le tome un). Contre ses faveurs, Angélique se retrouve sous la protection de Nicolas et ses gueux à la tour de Nesle et apprend à vivre avec cette étrange famille pauvre mais unie. Commence alors pour Angélique une longue descente aux enfers dans les bas-fonds de la capitale où elle se joint à une bande de miséreux pour survivre...

Comme je n'avais plus trop de souvenirs sur le film reprenant le roman, j'ai découvert ce tome. Comme toujours, nous suivons Angélique qui a rejoint une bande de gueux, mené par son ancien ami d'enfance, pour survivre après avoir tout perdu. Parmi ceux qui ont connu la jeune femme et son mari, on croit que c'est la fin pour les de Peyrac, et pourtant Angélique tente de survivre, après s'être cloîtrée dans un état de déchéance. Elle apprend à survivre dans la rue tandis que le lecteur fait connaissance de cette joyeuse bande de gueux qui hantent les rues et campagnes de Paris : La Polak, ancienne prostituée qui fut l'amante de Calembredaine avant qu'Angélique "prenne" sa place mais qui saura passer à côté de sa jalousie pour devenir une compagne loyale qui apprendra à Angélique comment se défendre ; le nain Baracole, et d'autres dont j'ai fini par oublier le nom... mais, suite à quelques problèmes avec une autre bande de gueux, Angélique se réveille et essaye de sortir de sa situation en récupérant ses enfants et en trouvant un travail chez une modeste auberge nommée le Coq Hardi, qu'elle parviendra plus tard à faire prospérer avant de projeter ses ambitions dans un tout autre terrain... en effet, la mode du chocolat faisant son entrée dans le royaume de France, Angélique s'intéresse à cet étrange met avant de vouloir se faire un métier dans la fabrication et le commerce du chocolat, dans l'espoir de faire fortune et d'assurer l'avenir de ses enfants.

Ce n'était qu'un résumé, car il se passe pas mal de choses dans ce roman, surtout pour Angélique qu'on découvre pauvre et mélancolique en début de roman pour être parvenue à un état stable, presque à l'abri du besoin, déterminée et ambitieuse, lancée dans le commerce du chocolat à boire. Elle fait toujours autant tourner la tête des hommes, se fait embrasser plusieurs fois, ce qui peut être agaçant d'une certaine manière, le fait qu'elle attire pratiquement (bon, ok, parfois sans le vouloir car elle est d'une très grande beauté) tous les hommes qui font des éloges sur sa beauté. Mais ce n'est que moi qui râle parce que Angélique reste une femme forte, ce qui est toujours mieux qu'une demoiselle en détresse, car même si elle était cloîtrée dans le désespoir et la mélancolie, elle parvient à se réveiller et à faire en sorte de sortir de la pauvreté, de redevenir une mère pour ses enfants et en entrant dans la vie active pour les préserver du besoin, et malgré le fait que je râle parce que c'est un aimant à hommes, je me suis attachée à cette petite, elle m'est devenue de plus en plus sympathique et c'est un plaisir de la suivre.

Outre les péripéties d'Angélique, ce qui m'a grandement intéressée dans ce roman était l'aspect historique. Déjà, loin des beautés et merveilles de la cour et noblesse françaises, nous faisons un véritable plongeon dans le Paris du XVIIe siècle, mais attention, pas le Paris vu et connu par les nobles ou autres personnes aisées, mais par les "petites gens" : les gueux, les démunis, les commerçants, les paysans... bref, le Tiers-Etat. Les différentes rues, les différents quartiers, les auberges, magasins, établissements, les fleuves, la campagne... très bien retranscrits et d'une façon fidèle, je le suppose car à moins d'avoir vécu à cette époque, on est jamais totalement sûr mais je pense que l'auteur s'est très bien renseignée et documentée sur le sujet car ses descriptions du Paris de cette époque sont détaillées, riches et intéressantes !

Cependant, nous ne restons pas éloigné des évènements de la cour à Versailles car de nombreux évènements historiques prennent place dans ce roman : la mort du cardinal Mazarin, proche ministre de Louis XIV, qui entraîne la décision du souverain de régner de façon absolue et sans ministres, les péripéties de Louis XIV et sa maîtresse, la naissance progressive du château de Versailles, l'arrestation de Nicolas Fouquet par le roi, la grossesse de la reine puis la naissance du dauphin royal qui déclenche festivités et enthousiasme général dans tout le royaume..., donc nous restons bien dans le roman historique, sans que l'aspect historique fasse uniquement office de décors car, comme les tomes précédents, Angélique et l'intrigue restent, d'une certaine manière, liées à certains évènements et personnages historiques.

J'ai aussi pris beaucoup de plaisir à suivre les autres personnages : de la joyeuse bande des gueux de Paris, au Poète Crotté qui écrit des poèmes caricaturaux sur les nobles et l'entourage du roi, jusqu'au vieil aubergiste grognon du Coq Hardi qui se prendra d'affection pour Angélique, allant la considérer comme sa fille. Enfin bref, je n'ai finalement pas grand chose à dire sur ce roman (j'ai surtout résumé ce roman que le commenter en fin de compte...), ce fut une agréable lecture, comme d'habitude, suivre Angélique reste un plaisir et les détails historiques sont un délice ! Il me tarde de retrouver Angélique pour la suite, mais ce ne sera pas pour tout de suite...





- Photographie tirée du film Merveilleuse Angélique, qui reprend le tome dont j'ai fait la chronique, avec ici Giuliano Gemma dans le rôle de Nicolas Calembredaine, et Michèle Mercier dans le rôle d'Angélique. -



Extrait :

Barde disait qu'Angélique préférait Florimond et ne se préoccupait pas de son cadet. Angélique ripostait que précisément on n'avait pas besoin  de se préoccuper de Cantor. Toute l'attitude de Cantor signifiait clairement qu'il voulait, avant toute chose, avoir la paix, tandis que Florimond avait besoin de beaucoup de soins et d'attentions.

Entre Angélique et Cantor, le contact s'établissait sans mots et sans gestes. Il étaient de la même race. Elle le contemplait, admirait sa chair rose et potelée, et aussi la valeur rare de ce tout-petit qui n'avait pas encore un an et qui, depuis sa naissance - et même avant sa naissance, songeait-elle -, avait lutté pour vivre, avait refusé opiniâtrement la mort qui, si souvent, avait menacé sa frêle existence.

Cantor était sa force et Florimond sa fragilité. Ils représentaient les deux pôles de son âme.

Chapitre quinzième. (Deuxième partie : La rôtisserie du Coq Hardi)


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