dimanche 30 septembre 2012

Les vacances de Jésus et Bouddha (T.1 et 2) - Hikaru Nakamura.

L'auteur :
 

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Hikaru Nakamura, née le 21 avril 1984, est une auteur de manga japonaise connue pour les oeuvres suivantes : Saint Young Men (Les vacances de Jésus et Bouddha) et Arakawa under the Bridge.
 
Emprunt bibliothèque fac.
/ ! \ Challenge Mythologies du monde / ! \




Quatrième de couverture :
 

La divine colocation de Jésus et Bouddha.

Après avoir oeuvré au bonheur de l'humanité pendant 2 000 ans, les deux amis décident de prendre quelques vacances en louant un petit appartement sur Terre. Ils vont découvrir un mode de vie bien éloigné du paradis et vous offrir un regard inédit sur notre quotidien. Vous apprendrez ce que ressent Jésus quand on le prend pour Johnny Depp, ou ce que pense Bouddha de ces statues à son effigie, qui ont tant de succès dans les magazines de décoration...


Mon avis :
 

Je suis tombée sur ces deux tomes à la bibliothèque de la fac, d'ailleurs j'ai été assez surprise d'apprendre l'existence d'un manga parodiant un peu Jésus Christ et Bouddha, mais ensuite je suis devenue curieuse et j'ai emporté ces deux tomes chez moi. Ca remonte à deux bonnes semaines et je me suis enfin décidée à lire ces tomes aujourd'hui. Que voulez-vous, il me fallait bien un moyen de rire, de me divertir après le dernier épisode de Doctor Who (sérieusement, Moffat affectionne les épisodes qui déchirent le coeur, les longues chutes au ralenti et les adieux déchirants dans des cimetières !). Mission accomplie car j'ai souvent souri pendant ma lecture !


Car ce manga est avant tout un manga humoristique dans lequel nous suivons deux figures divines bien connues : Bouddha et Jésus Christ, qui ont décidé de s'accorder un peu de vacances sur Terre. Les tomes nous présentent quelques aventures avec ce duo surprenant et original qui se retrouvent souvent dans des situations dérisoires et qui se terminent toujours avec une chute toujours plus drôle que la précédente. Ils apprennent à vivre comme nous, simples mortels, tout en s'adaptant à nos moeurs, technologies... ce qui donne parfois lieu à des péripéties plus ou moins drôles sans pour autant tourner Jésus et Bouddha en dérision. Jésus et Bouddha forment ici un duo comique totalement inattendu, original, venant de deux religions différentes, mais qui fonctionne !


D'un côté, prenez notre Messie internationnal, qui est souvent pris par Johnny Depp, qui s'enthousiasme assez facilement, mais qui n'aime pas fêter son anniversaire (le 25 décembre, jour de Noël !), dont les stigmates sur son front s'ouvrent quand il est angoissé, qui garde sa couronne d'épines sur la tête car les Archanges y ont mis une puce GPS pour pouvoir mieux suivre Jésus sur Terre, un Jésus avec un humour pas toujours convaincant (Par exemple, il tend un plat de nourriture à Bouddha, du knorr, en disant : "Ceci est mon knorr" et Bouddha de répliquer qu'il a un humour pas terrible, Jésus répond que pourtant, les Archanges avaient bien ris à sa plaisanterie, ce à quoi Bouddha répond que c'était connu que les anges n'ont aucun sens de l'humour !), un Jésus qui parle souvent de Dieu en le nommant affectueusement 'Papa', Jésus qui, aussi, ne sait pas nager ! Ce qui donne lieu à des situations plutôt comiques à la piscine (comme faire se couper l'eau en deux, comme Moïse l'avait fait), et aux Anges/Archanges de rappliquer à chaque fois qu'ils pensent que Jésus est en danger (L'un des meilleurs moments doit être quand Saint Michel appelle Bouddha sur son téléphone portable pour demander des nouvelles car il s'inquiètait xD). Oui, je crois que Jésus n'a pas fini d'inquièter les Anges !


Puis on a Bouddha, un Bouddha assez complexé par ses grandes oreilles, un Bouddha timide, près de ses sous, qui essaye de s'habituer aux excentricités de Jésus et à son grand enthousiasme, il est le plus calme et sérieux des deux. Et, bien entendu, l'auteur ne peut pas présenter Jésus et Bouddha comme personnages principaux sans passer à côté des religions qu'ils incarnent. Nous avons, en effet, plusieurs références au christianisme et hindouisme mais parfois remaniés à la sauce de l'auteur (je pense notamment au baptême de Jésus qui ne s'est pas passé comme nous le racontent les Evangiles ;) )


On a un humour un peu bête, qui reste lèger mais on prend tout de même du plaisir à suivre les deux protagonistes qui prennent des vacances sur Terre, voir comment ils réagissent à nos habitudes, notre technologie... et comment et de quelle façon ils s'adaptent à notre monde. Voilà l'idée originale et un peu osée (prendre les deux figures principales des religions chrétienne et indoue pour les adapter dans un manga à vocation humoristique, il fallait le faire ! Ca me rappelle un peu le manga Axis Power Hetalia où l'auteur personnifiait les pays du monde dans des sketchs humoristiques) de l'auteur mais qui fonctionne ! Alors certes, c'est parfois désopilant, idiot, avec des quiproquos, des blagues et jeux de mots débiles, mais cette série est fraîche, tordante, originale, divertissante. Ca va parfois dans le grand n'importe quoi, mais moi je me régale...



vendredi 28 septembre 2012

Acide sulfurique - Amélie Nothomb.



Articles connexes :

- Mercure.
- Antéchrista.
- Les catilinaires.
- Hygiène de l'assassin.
- Cosmétique de l'ennemi.



Emprunt médiathèque.







Quatrième de couverture :
 

"Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus : il leur en fallut le spectacle."


Mon avis :


J'ai décidé de renouer avec Amélie Nothomb, ça faisait un petit boût de temps que je n'avais plus rien lu d'elle, ça me manquait. Son écriture et les univers qu'elle aborde me manquaient, je la lis avec un délice assez pervers dans le sens où ce qu'elle écrit parfois est terrible, effrayant, malsain mais parfois juste et terriblement génial, elle a une telle façon d'aborder certains sujets avec une plume qui me plaît ; je crois vraiment qu'elle fait parti des auteurs que j'affectionne, sans faire parti de mes préférés, je ne suis pas déçue par ce qu'elle fait et c'est avec plaisir que je commençe un de ses livres.


Acide sulfurique, c'est un petit monstre littéraire. C'est une plongée dans l'univers de la téléréalité et ses perversités, et c'est par cette plongée dans la téléréalité qu'on observe le reflet de la société. Encore une fois, Amélie Nothomb a fait fort ! C'est sans doute le livre d'elle le plus osé, malsain et dérangeant que j'aie jamais lu ! Il ne peut laisser le lecteur indifférent, et il y a de quoi car elle imagine ce vers quoi peut s'orienter la télé-réalité : l'horreur. Regarder des reality shows, c'est encore innocent ; certes, parfois ça dégénère avec des violences verbales ou physiques, mais si ça allait bien plus loin que l'on imaginait au départ dans le futur ? Qui peut dire si le concept de télé-réalité va changer, pour le meilleur ou pour le pire, avec le temps ? Et si l'auteur nous avertissait des dangers de la télé-réalité avec ce roman ?


Car dans ce court roman, des protagonistes ont souhaité viser haut, créer un nouveau concept de télé-réalité qui fera grimper les audiences à un record jamais atteint ! Concentration est né. On recherche des candidats au hasard, à l'issue de rafles, on les enferme dans des camions, des trains qui partent en destination du "plateau" de Concentration qui est en réalité un camp de travail. On privilégera des candidats jeunes, pour mieux les briser, pour mieux attiser la curiosité du public. Dès leur arrivée, les candidats reçoivent un tatouage en forme de matricule et sont "priés" de mettre les vêtements appropriés à l'émission : blouse pour les femmes et pyjama pour les hommes. Leur fonction est de travailler du matin au soir tout en recevant coups et insultes des kapos, personnes chargées de les surveiller. Un seul repas peu ragoûtant leur sera permi, ils dormiront dans des barraquements miteux et chaque semaine, un candidat sera désigné pour quitter définitivement l'émission ; ce qui est un euphémisme pour dire que le candidat élu est choisi pour partir à la mort...


Ca ne vous rappelle pas quelque chose de sinistrement connu ? Des prisonniers dans un camp de travail portant blouse ou pyjama, désignés par leur matricule tatouée et non leur nom, devant travailler avec acharnement du matin au soir pour n'avoir pour repas qu'une maigre pitance et pour rejoindre un barraquement comme chambre, et certains d'entre eux sélectionnés pour partir à la mort, c'est que trop familier avec les camps de concentration de la Seconde Guerre Mondiale, avec les Nazis. C'est pour ça que j'ai dit que l'auteur a fait fort, que c'était osé. Je crois même qu'à l'époque de sa parution, ce bouquin a été rejeté par les critiques et a fait polémique, c'est compréhensible même si c'est un livre terrible et génial à la fois. Reprendre le concept des camps de concentration pour en faire un reality show où les candidats sont torturés et plus c'est violent, plus l'audimat augmente. C'est malsain, pervers.


Et les producteurs ne sont pas les seuls responsables car ils font participer le public : ils ont beau rajouter des horreurs pour faire grimper l'audimat, les gens regardent tout de même, même ceux à qui ça dégoûtent vont regarder l'émission chez leurs voisins pour déclarer ensuite être contents de ne pas avoir de télévision car l'émission les dégoûtent. De plus, le public peut voter pour le candidat qui sera éliminé et donc envoyé à la mort. C'est aussi le public qui est responsable, car en regardant l'émission, il y a de l'audimat et tant qu'il y en aura, les producteurs continueront l'émission.


Parmi les prisonniers, nous en avons quelques-uns : il y a ZHF 911, une vieille dame odieuse, qui ne parle aux autres candidats que pour les blesser, et qui hurle à la lune chaque nuit, et que les producteurs gardent parce qu'elle est cruelle ; il y a PFX 150, une jeune fille douce et silencieuse ; il y a EPJ 327, Pietro Livi de son vrai nom, qui est professeur ; il y a CKZ 114, de son nom Pannonique, jeune étudiante en paléontologie qui est douce, calme, silencieuse, très belle. Pannonique est l'un des personnages principaux avec la kapo Zdena qui a voulu faire parti de l'émission, ce qu'elle fait en tant que kapo, pour vivre, exister, se prouver qu'elle avait de la valeur ; elle représente ici l'autorité dont elle abuse cruellement. Obsédée par Pannonique, elle est d'abord jalouse de sa beauté et résout cette jalousie en insultant et battant Pannonique. Elle cherche ensuite à connaître son vrai nom puisqu'elle ne la connaît que par son matricule. Elle fera tout pour savoir son prénom car c'est pour elle la clé. Connaître le prénom d'une personne, c'est le clis d'une serrure qui s'ouvre.


Puis, avec le temps, le bourreau vient à s'attacher à sa victime, lui glissant en cachette dans sa blouse du chocolat, elle fait semblant de la maltraîter, continue de l'insulter pour que les autres kapos ne soient pas suspicieux, elle est fascinée par Pannonique, veut qu'elle se donne à elle, qu'elle s'offre, et elle fera tout pour que Pannonique ne soit pas envoyée à la mort, et tentera l'impossible pour elle : la faire évader. Le public est aussi fasciné par Pannonique ; d'abord elle était comme une Madone réservée, qui souffrait en silence, elle est ensuite perçue comme le Christ, comme une personne bonne, humble, qui se révolte contre Concentration. Elle fascine aussi les autres prisonniers qui voient en elle leur sauveuse. Et puisqu'ils la respectent tant et l'aiment, leur moral remonte un peu et s'empêchent de devenir des bêtes. Tout au long du roman, Pannonique a le rôle d'une sauveuse. Se prenant d'abord pour Dieu, elle fini par se sentir comme Simon de Cyrène avant de devenir comme Jésus Christ. Ces références sont dans le roman et j'ai trouvé que ça illustrait bien le rôle de Pannonique.


C'est vraiment le personnage du roman, même si ma sympathie pour elle s'était un peu refroidie quand elle a voulu se prendre pour Dieu à vouloir sauver tout le monde sans qu'elle puisse le faire, mais c'est vraiment le personnage. Digne, silencieuse, humble, veut le bien des prisonniers. Elle est respectée par le public et devient un véritable objet médiatique. Certains la critiquant, d'autres l'admirant pour son courage, sa grandeur d'âme. C'est vraiment une femme forte et igénue, les privilèges qu'elle reçoit de la kapo, elle les partage avec les autres, c'est vraiment elle qui va se rebeller contre le système. C'est elle qui va se rebeller alors que les autres n'osent résister sous peine d'être horriblement punis. Bref, Pannonique n'est pas comme les autres prisonniers et la kapo Zdena n'est pas insensible à son charme. J'ai d'ailleurs trouvé leur "relation" fascinante et ambigüe à souhait !


Ce roman m'a vraiment retourné, interpellé, ça fait froid dans le dos, c'est cruel parfois, malsain ; après tout, regarder des reality shows, n'est-ce pas un peu du voyeurisme ? C'est à cause des téléspectateurs que la télé-réalité existe et en refermant ce livre, on ne peut pas s'empêcher de reconsidérer le concept de télé-réalité et à se demander, même si je doute qu'une émission comme Concentration existera un jour (les populations ont longtemps été traumatisées après la seconde guerre mondiale, et les horreurs de cette guerre ont laissé des cicatrices, elles ont laissé un impact important encore aujourd'hui), on ne peut s'empêcher de se demander jusque où ira la télévision ? Je porte vraiment un autre regard sur la télé-réalité après Acide sulfurique.


Bon après, j'aurais aimé en savoir plus sur certains candidats, dont le professeur et pour la fin... j'avoue que je ne savais pas à quoi m'attendre exactement et je ne saurais dire si cette fin m'a déçue ou pas, à vrai dire, je ne savais pas dans quelle direction allait s'orienter ce roman mais ma foi, je ne suis pas déçue de la tournure des évènements. C'était vraiment un roman court mais qui donne à réfléchir, qui ne laisse pas indifférent. Après, ce roman a aussi son aspect divertissant (il y a quand même un peu d'humour !) et l'écriture d'Amélie Nothomb reste plaisante : fluide, agréable, incisive, elle maîtrise bien l'humour et l'ironie et c'est toujours un plaisir de la lire.



Amélie Nothomb.


Extrait :
 

ZHF 911 était une vieille. Il était singulier que les organisateurs n'aient pas encore éliminé cette femme, comme ils tuaient d'office toute personne âgée. Il était néanmoins aisé de deviner pourquoi ils la gardaient : parce qu'elle était ignoble.

C'était une fée Carabosse au visage silloné des mille rides de la perversité. La bouche exprimait le mal tant par sa forme plissée - le pli caractéristique des lèvres mauvaises - que par les mots qui en sortaient : elle trouvait toujours en chaque personne la faille qui lui permettait de la blesser. Ses nuisances n'étaient que verbales : elle était une preuve des puissances maléfiques du langage.


Deuxième partie.

mercredi 19 septembre 2012

Melancholia.

Melancholia,
film réalisé par Lars von Trier.
2h10min.
Sorti en 2011.



Avec : Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland, Alexander Skarsgard, John Hurt, Cameron Spurr...



/ ! \ ATTENTION, BILLET REMPLI DE SPOILERS ! NE LISEZ PAS SI VOUS N'AVEZ JAMAIS VU LE FILM ET QUE VOUS SOUHAITERIEZ LE FAIRE UN JOUR / ! \




Synopsis :

A l'occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la sœur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre...
UNE BELLE HISTOIRE SUR LA FIN DU MONDE.


Mon avis :


J'ai entendu parler de ce film étrange pour la première fois, non pas à l'occasion du Festival de Cannes l'été dernier, mais sur la toile. Je trouvais le titre et la couverture très jolis et attirants, et pourtant, en lisant le synopsis, ça ne me disait rien, je n'étais pas attirée, d'autant plus que j'avais du mal à me faire une idée générale de ce que pouvais bien raconter le film !Néanmoins, je me suis dis que si, un beau jour, j'avais l'occasion de tomber dessus (à la médiathèque ou dans un vidéo-club), je le visionnerais par simple curiosité ; puis figurait dans ce film Kirsten Dunst, une actrice que j’apprécie beaucoup et que j'ai eu l'occasion de "rencontrer" dans des films que j'aime beaucoup : JumanjiEntretien avec un vampireMarie-Antoinette et à la rigueur Spider-ManFigure aussi dans la casting Charlotte Gainsbourg, mais à l'instar de ma mère, je ne suis pas très familière avec cette actrice, voir ce film était une occasion pour moi de la découvrir, et je dois dire que les deux actrices ont admirablement joué !



Alors, Melancholia, c'est un film qui se divise en deux parties. La première partie se centre sur Justine, tout juste mariée à Michael, et en route vers la demeure de sa sœur, Claire, chez qui est donnée la réception de son mariage. C'est alors qu'elle remarque dans le ciel une étrange étoile rouge. Elle a à peine le temps d'y penser, elle est déjà en retard pour la réception, la famille et les amis attendent ! Il faut dîner, danser, couper le gâteau, écouter les discours des invités... tout un beau mariage bien orchestré qui étouffe une Justine qui peine à s'échapper de ses invités, au grand désarroi de sa sœur aînée, ClaireLa seconde partie est, quant à elle, consacrée à Claire, quelques jours après le mariage de JustineDans sa grande et belle demeure en pleine nature, Claire ne peut s'empêcher de s'angoisser pour sa sœur  et au sujet de cette étrange et belle planète nommée Melancholia qui se dirige peu à peu vers la Terre. John, son mari, se veut optimiste : scientifique passionné, il assure que Melancholia ne fera que passer près de la Terre et continuer ainsi sa route ; après tout, elle est bien passée près de Vénus et Mercure sans entrer en collision avec elles, pourquoi diable s’inquiéter et écouter les autres scientifiques, porteurs de mauvaises nouvelles, juste bons à inquiéter la population avec leurs messages erronés annonciateurs de malheurs ? En science, il y a toujours une marge d'erreur à considérer, selon John qui prépare joyeusement télescope et autres appareils pour pouvoir observer le merveilleux spectacle qu'offre l’avancée de MelancholiaMais Claire ne peut s'empêcher de s’inquiéter et redoute avec angoisse le jour du passage de Melancholia...



Ce film se centre sur deux sœurs : Claire et Justine, qui sont à la fois proches (Claire qui s'occupe d'une Justine fragile, qui la défend contre les critiques de son mari, qui l'aime, la protège) mais si lointaines, elles ont deux tempéraments opposés et pourtant, on sait si peu de choses sur elles et leur famille. Justine semble être la sœur la plus fragile, c'est la cadette rongée par un mal profond et obscur, on la sent dépressive, mélancolique tout au long de son mariage. Un mariage si bien orchestré dont elle retarde chaque étape de son propre chef. La première partie laisse vraiment une impression de spleen, de mélancolie, de dépression. Justine a l'air d'être une mariée rayonnante, qui aime son mari, qui sourit à la vie, accueille ses invités, plaisante mais au fur et à mesure que la réception avance, on s'aperçoit du contraire. Les yeux dans le vague, l'allure dépressive, on la sent mal à l'aise, comme si elle n'était pas à sa place, qu'on la forçait dans ce rôle de jeune mariée heureuse et épanouie. Je l'ai senti comme ça. D'ailleurs, l'une des images de l'intro nous montre une Justine en robe de mariée, sublime, mais flottant sur l'eau, tenant toujours son bouquet, semblant se laisser emporter par les flots, avec indifférence. Ça m'a un peu rappelé les nombreux tableaux reprenant la mort par noyade d'Ophélie, dans Hamlet : la jeune Ophélie, son corps flottant sur l'eau, avec des fleurs autour d'elle.



Kirsten Dunst 
a joué à merveille son personnage, elle était tout simplement sublime ! J'ai bien ressenti toute la mélancolie, le malaise que pouvait éprouver ce personnage, sans savoir ce qui la perturbait. On savait que quelque chose n'allait pas chez Justine, sans savoir quoi. Elle a tout pour être  heureuse pourtant : un beau mari, tendre, gentil et compréhensif (joué par l'acteur qui incarne le beau vampire-viking Eric Northman dans la série tv True Blood, miam !), un beau mariage, il y a tous les éléments réunis pour une belle réception dans un superbe château, une nuit magnifique, et elle a reçue une belle promotion dans l'agence de publicité dans laquelle elle travaille. Et pourtant... dans cette partie, on sent, tout au long de la réception, comme une certaine lourdeur, un certain malaise. Mais enfin, dans cette partie, on apprend à connaître un peu les personnages secondaires : la mère un peu amère, aigrie, qui a eu un mariage raté ; Jack, le patron de Justine, assez calculateur ; le père, un peu du genre coureur, foufou, plaisantin, il m'a un peu fait penser à Monsieur D, un de mes professeurs de la fac, un peu par l'apparence mais aussi pour sa manie de plaisanter, faire le farceur ; Claire, la sœur aînée qui semble être sévère, à cheval sur les règles mais qui tient vraiment à sa sœur ; John, le mari de Claire, le scientifique passionné qui a peu de patience avec la famille de Claire...



Dans la première partie, Claire semble être quelqu'un de plus fort tandis que Justine était la sœur fragile, mais plus on avance dans la seconde partie, plus on a l'impression que finalement, c'est l'inverse ; comme une alternance. Claire est déchirée entre son envie de voir guérir sa sœur et sa peur de voir Melancholia ravager la Terre, ça lui donne pas mal de crises d'angoisse, devant souvent prendre des calmants tandis que Justine reste sereine face à cette atmosphère de fin du monde. D'ailleurs, Claire doit bien être la seule à vraiment bien paniquer devant cette fin de la Terre, elle est très bouleversante, et c'est très compréhensible, car son mari est optimiste et sûr que rien ne leur arrivera, et si Justine et le fils de Claire sont conscient que ça va arriver, ils restent très passifs. Il y a un sacré changement entre les deux sœurs  il y a eu alternance des caractères entre les deux parties : dans la seconde partie, c'est Claire qui ressent le malaise, qui perd pied tandis que Justine est apaisée.


Claire est bien la seule à paniquer, pleurer, angoisser, montrer tout son désarroi, bref, qui est la plus réaliste car, en pleine fin du monde, ce serait pandémonium ! le chaos, la panique totale ! Et, dans ce film qui nous montre la collision inévitable entre la Terre et une autre planète, il n'y a que Claire et sa famille qui sont présents. Claire, son mari, son fils, et sa sœur. Personne d'autre. On est loin de la foule paniquée, des médias publiant mille et uns messages de catastrophe dans les journaux, la politique et la religion ne s'en mêlent pas. La famille est retirée en pleine campagne. Ici, point de chutes de  météorites, de feu tombant du ciel, de météo inquiétante juste... des animaux qui, ressentant la fin, paniquent, un peu de neige qui tombe et Melancholia se rapprochant dangereusement. Même la collision se fait sans... feu, c'est comme si Melancholia absorbait la Terre. C'est... agréable, différent. On voit qu'on est vraiment loin des traditionnels films sur la fin du monde/l'apocalypse que peuvent produire les productions américaines !



Je ne sais vraiment que penser exactement de ce film. C'est sans doute l'un des films les plus étranges que j'aie jamais vu, original dans sa conception de  la fin du monde, comment elle est abordée. Il n'y a aucune action, le film se déroule de manière lente mais le film joue de cela, c'était fait exprès ; ce n'est certainement pas un coup de cœur mais pas une déception non plus. C'est un film magnifique dans l'ensemble, lourd, assez mélancolique, donc fidèle à son titre. Nous avons une fin et une scène d'intro magnifiques, à couper le souffle ! On est loin des films hollywoodiens sur la fin du monde et c'est un changement agréable ! Une fin sublime, pas violente, qui nous rappelle les scènes de l'introduction. Le film est étrange, angoissant, mais je ne vais pas le nier : c'est beau, c'est intriguant, ce film nous donne des réponses sur les personnages comme il élève des questions (Justine et son étrange maladie, Justine et ce qui semble être, en fin de compte, un mariage arrangé mais pourquoi ? comment ?). Avec une belle soundtrack qui prend aux tripes ! Dans une atmosphère en huis-clos : tout le monde semble ignorant de la situation, au début, la famille est coupée du monde, dans leur beau château (magnifique château ! Il s'agit du château de Tjolöholm, qui se trouve en Suède), isolé en pleine nature.



Sans tomber dans le pathos, ça reste assez bouleversant, choquant ; sans avoir eu de réaction particulière, j'ai quand même été scotchée au film, j'ai ressenti le malaise, comme un sentiment dérangeant tout au long du film tandis que Melancholia s'approche, que les personnages soient eux-même atteints de mélancolie. Les images sont splendides ; comme les personnages, on est hypnotisé par Melancholia, on la contemple avec prudence, émerveillement et angoisse. Ce n'est pas un film qui peut plaire à tout le monde tant c'est particulier. C'est lent, c'est étrange mais original, c'est beau, c'est déroutant, ce film donne (au niveau des personnages) des réponses autant qu'il donne des questions sans réponse. D'autant plus, il ne faut vraiment pas être déprimé pour voir ce film, mieux vaut être en forme sinon on en ressort déprimé ou endormi ! Ça a failli m'arriver, mais tout ce que j'ai eu, c'était la migraine ! Mais finalement, j'ai suffisamment accroché pour terminer ce film, le continuer car j'avais envie de découvrir la suite et fin. Bref, ce film n'est pas un coup de cœur, mais je n'ai pas été déçue. C'est un film étrange et beau à la fois, j'aurais du mal à l'oublier ! Vraiment prenant ! Néanmoins, comme dit précédemment, ce n'est pas un film qui peut plaire à tous...



Justine (Kirsten Dunst) et Claire (Charlotte Gainsbourg) dans le jardin de cette dernière.

Extrait/Citation :


CLAIRE : J'ai peur de cette stupide planète.
JOHN : "Cette stupide planète". Cette magnifique planète, tu veux dire. Au début, elle était noire. Maintenant, elle est bleue. Elle masque Antarès et se cache derrière le soleil. Chérie, ce sera l'expérience la plus étonnante de notre vie ! Elle sera là dans cinq jours et ne nous heurtera pas. Elle n'a pas heurté Mercure, comme prévu. Ni Vénus, comme prévu aussi. Et elle ne heurtera pas la Terre, on le sait. Regarde-moi : fais confiance aux scientifiques.
CLAIRE : Ils disent qu'elle nous heurtera.
JOHN : Non, c'est faux, pas les vrais scientifiques ! Les prophètes de malheurs, pour attirer l'attention ! Les vrais scientifiques sont unanimes. Melancholia passera tout près de nous. Ce sera un spectacle superbe. Je voudrais qu'on le regarde ensemble, au télescope... s'il-te-plaît...
CLAIRE : ... Non, je ne préfère pas
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